
Une carte mondiale de la NASA montrant l’Afrique centrale couverte de points rouges enflamme les réseaux sociaux. Si les images sont réelles, leur interprétation est largement trompeuse.
Depuis plusieurs jours, une carte du système FIRMS de la NASA circule massivement sur le web. De l’Angola à la République démocratique du Congo (RDC), une grande partie du continent africain semble dévorée par les flammes, bien plus que l’Europe ou le Canada. Mais la réalité du terrain est très différente de ce que suggère cette vue satellite.
Une carte des « points chauds », pas des mégafeux
L’outil FIRMS détecte les anomalies thermiques, c’est-à-dire les sources de chaleur à la surface du sol. Il ne distingue pas un incendie de forêt dévastateur d’un simple brûlage agricole.
Chaque point rouge correspond au centre d’un pixel satellite (de 375 mètres à 1 kilomètre de côté). Pour rendre ces données visibles à l’échelle de la planète, la NASA grossit artificiellement ces points. Résultat, lorsqu’une région compte de nombreux petits foyers dispersés, les points se chevauchement et donnent l’illusion visuelle d’un brasier continu.
Le calendrier annuel des brûlis agricoles
Cette concentration de feux n’a rien d’exceptionnel pour la saison. Entre juin et août, la saison sèche s’installe au sud de l’équateur. C’est la période traditionnelle du brûlage agricole et des feux de savane (en Angola, en Zambie et dans le sud de la RDC). Les agriculteurs utilisent le feu pour :
- Nettoyer les champs et éliminer les résidus végétaux.
- Fertiliser temporairement les sols grâce aux cendres.
- Renouveler les pâturages.
Une grande partie de ces points rouges correspond donc à des milliers de petits feux maîtrisés de quelques dizaines de mètres.
La forêt tropicale du bassin du Congo reste préservée
Dire que « l’Afrique centrale brûle » entretient une confusion majeure avec la grande forêt tropicale humide du bassin du Congo. or, les données montrent que les foyers sont concentrés dans les savanes et les zones agricoles périphériques. Le cœur de la forêt équatoriale (nord de la RDC, Gabon, République du Congo, Cameroun) est protégé par sa végétation dense et humide, très peu propice à la propagation des flammes.
Pour autant, ces multiples foyers ont des impacts environnementaux bien réels et corriger cette fausse impression ne signifie pas que la situation est sans risque. La répétition de milliers de feux simultanés pose de véritables problèmes :
- Dégradation de la qualité de l’air par l’émission massive de fumées.
- Appauvrissement et érosion des sols en cas de brûlis trop fréquents.
- Risque de débordement vers les lisières forestières asséchées par le changement climatique.
L’Afrique centrale ne fait donc pas face à un monstrueux incendie incontrôlé. Elle traverse sa saison habituelle de travaux agricoles et de gestion des savanes par le feu, dont les effets cumulés appellent à la vigilance, mais sans comparaison possible avec les mégafeux de forêt.




