
Les 28 et 29 octobre 2026, Moscou doit accueillir le troisième sommet Russie-Afrique, avec des délégations venues de plusieurs dizaines de pays du continent. Un peu plus d’un mois avant ce rendez-vous, la capitale russe vient pourtant de subir l’une des plus importantes attaques de drones signalées contre sa région depuis le début de la guerre en Ukraine. Trois personnes ont été tuées, une raffinerie touchée et plus de 400 vols perturbés. À cinq semaines du sommet, la sécurité de la ville hôte s’impose donc comme une donnée concrète du rendez-vous africain de Moscou.
Dans la nuit du 19 au 20 septembre, Moscou et sa région ont été visées par une attaque de grande ampleur. Les autorités russes ont fait état de plusieurs centaines de drones dirigés vers la capitale. Certains ont atteint un immeuble résidentiel et la raffinerie de Moscou. Trois personnes ont été tuées dans la région.
L’épisode survient alors que la Russie prépare son principal rendez-vous diplomatique avec l’Afrique de l’année. Le troisième sommet Russie-Afrique doit se tenir dans la capitale les 28 et 29 octobre, avec des responsables politiques, des diplomates, des délégations économiques et des journalistes venus de plusieurs pays du continent.
Personne ne peut prévoir si Moscou sera visée pendant le sommet. Mais les frappes de septembre montrent qu’une attaque peut désormais perturber simultanément des infrastructures énergétiques, les aéroports et les déplacements dans la métropole.
Une attaque d’ampleur contre Moscou
Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, a présenté l’offensive du 20 septembre comme la plus importante jamais enregistrée contre la capitale. Selon ses déclarations rapportées par Reuters, plus de 1 600 drones auraient été abattus en Russie depuis le 19 septembre, dont 450 qui se dirigeaient vers Moscou.
Ces chiffres sont ceux des autorités russes. Ils n’ont pas pu être vérifiés indépendamment dans leur totalité.
Plusieurs appareils ont néanmoins franchi le dispositif de défense. Un immeuble résidentiel a été touché et, dans le district de Ramenskoïe, 400 personnes, dont 70 enfants, ont été évacuées d’un bâtiment de 21 étages. Le gouverneur de la région, Andreï Vorobiov, a annoncé trois morts.
La raffinerie de Moscou, située à Kapotnia et exploitée par Gazprom Neft, a également été atteinte. Le site avait traité 11,6 millions de tonnes de brut en 2024, avec notamment 2,9 millions de tonnes d’essence et 3,2 millions de tonnes de diesel produites.
L’installation avait déjà subi deux frappes en juin. Reuters rapportait alors, en citant deux sources du secteur, que les réparations pourraient prendre au moins six mois. Après l’attaque du 20 septembre, trois sources industrielles ont indiqué que les deux principales unités de distillation avaient pris feu et que le traitement du brut avait de nouveau été interrompu.
Cette pression ne concerne pas uniquement Moscou. Le 15 septembre, Reuters estimait que trois des six principales raffineries russes produisant du diesel avaient fortement réduit ou interrompu leur activité après des attaques de drones. Ces six sites représentent environ la moitié de la production russe de diesel.
Plus de 400 vols perturbés
Les conséquences de l’attaque ont rapidement touché le trafic aérien. Les quatre principaux aéroports de Moscou, Cheremetievo, Vnoukovo, Domodedovo et Joukovski, ont été soumis à des restrictions temporaires. Plus de 400 vols ont été retardés ou annulés dans la journée du 20 septembre. Certains appareils ont également été déroutés vers d’autres villes.
Ce type de perturbation s’est déjà produit à plusieurs reprises en 2026. En juillet, les autorités russes avaient fait état d’environ 400 drones lancés contre Moscou et sa région au cours d’une seule nuit, avec plusieurs blessés et de nouvelles restrictions aériennes.
Pour un sommet international, ces perturbations comptent autant que la sécurité du lieu de réunion. Une délégation officielle repose sur un calendrier serré, des créneaux aériens précis, des convois sécurisés et une coordination permanente entre services diplomatiques et équipes de protection.
Un aéroport fermé temporairement peut retarder l’arrivée d’un chef d’État et bouleverser un programme officiel.
Plus de trente pays africains annoncés
Le troisième sommet Russie-Afrique doit se tenir à Moscou les 28 et 29 octobre. Il sera accompagné d’un forum économique et humanitaire consacré notamment au commerce, aux investissements, à l’énergie, aux systèmes de paiement, au numérique et à la sécurité alimentaire.
À la mi-juillet, Anatoly Bashkin, directeur du département Afrique subsaharienne du ministère russe des Affaires étrangères, affirmait que plus de 30 pays africains avaient confirmé leur participation.
Selon les pays, les délégations peuvent être conduites par un président, un Premier ministre, un ministre ou un autre représentant. La liste définitive et le niveau de représentation n’étaient pas encore publics au 22 septembre.
Certaines présences présidentielles ont été annoncées séparément. Moscou présente ce sommet comme un moment important de sa diplomatie africaine, après Sotchi en 2019 et Saint-Pétersbourg en 2023.
Le choix de la capitale russe donne cette fois une autre dimension à la rencontre. Les délégations seront accueillies au centre du pouvoir politique russe, mais aussi dans une ville désormais directement exposée aux effets de la guerre.
Une capitale moins protégée par la distance
Moscou avait déjà été visée par des drones en 2023, notamment autour du Kremlin. La nouveauté tient surtout à la fréquence des attaques et à leur impact sur le fonctionnement de la ville.
En 2026, les frappes ne se limitent plus à quelques cibles militaires ou symboliques. Des sites énergétiques, des bâtiments résidentiels et les réseaux de transport ont été touchés ou perturbés.
La distance qui séparait autrefois Moscou du front ukrainien protège donc moins la capitale qu’au début de la guerre. Les conséquences se mesurent désormais en fermetures temporaires d’aéroports, évacuations d’immeubles, interruptions de production et mobilisation répétée de la défense antiaérienne.
Pour les organisateurs du sommet, la difficulté ne se limite pas au bâtiment où se dérouleront les rencontres. Les hôtels, les axes routiers, les convois officiels, les aéroports et l’espace aérien font partie du même dispositif.
La Russie dispose de moyens importants pour protéger un événement international de cette ampleur. Mais sécuriser un site officiel ne suffit pas à empêcher les effets indirects d’une attaque menée à l’échelle d’une métropole de plus de 13 millions d’habitants.
La guerre en Ukraine rattrape l’agenda africain de Moscou
Depuis plusieurs années, Moscou cherche à renforcer ses relations avec les États africains dans les domaines militaire, énergétique, économique et diplomatique. Plusieurs gouvernements ont approfondi leurs liens avec la Russie, notamment au Sahel et en Afrique centrale.
Le sommet d’octobre doit servir à consolider cette présence et à mettre en avant la capacité russe à inscrire ses partenariats africains dans la durée.
La guerre en Ukraine pèse pourtant désormais jusque sur l’organisation de cette rencontre. Elle n’est plus seulement un sujet diplomatique susceptible d’apparaître dans les discussions. Ses conséquences touchent directement les transports, l’énergie et le fonctionnement quotidien de la capitale qui doit recevoir les délégations africaines.
À cinq semaines du sommet, aucune prévision sérieuse ne permet de savoir à quel rythme se poursuivront les frappes contre Moscou. La Russie devra donc organiser l’un de ses principaux rendez-vous avec l’Afrique dans une capitale où l’activité des drones est devenue une contrainte de sécurité à part entière.





