Incendies au Maghreb : six morts en Algérie, la Tunisie et le Maroc sous pression


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Incendies au Maroc
Le Maroc lutte contre les incendies (illustration)

Six morts en Algérie, près de 4 400 hectares de forêts détruits en Tunisie, 310 départs de feu recensés au Maroc depuis janvier. La vague de chaleur qui frappe le Maghreb depuis la mi-juillet met les services de secours des trois pays du Maghreb sous tension. 

Les chiffres évoluent presque d’heure en heure, au rythme des départs de feu et des reprises attisées par le vent. Depuis le début du mois de juillet, l’Algérie, la Tunisie et le Maroc affrontent simultanément une poussée d’incendies alimentée par des températures dépassant localement les 47 °C, avec des pointes signalées jusqu’à 49 °C. Ces trois situations nationales sont liées par un hiver et un printemps pluvieux qui ont favorisé une végétation herbacée abondante, que les vagues de chaleur de l’été ont transformée en combustible.

L’Algérie paie le bilan humain le plus lourd

C’est en Algérie que la crise est la plus meurtrière. Le ministère de l’Intérieur a publié le 21 juillet un premier bilan officiel faisant état de six décès dans les incendies ayant frappé plusieurs wilayas depuis le début de l’été. Plus d’une centaine de personnes ont par ailleurs été hospitalisées, selon les autorités. Des instructions ont été adressées aux walis pour procéder à un inventaire complet des pertes, afin de permettre l’indemnisation des familles et des exploitants touchés.

D’après les statistiques de la Protection civile, 1 437 incendies sont recensés depuis le 1er juillet, dont 465 feux de forêt répartis sur 35 wilayas et 972 feux de cultures agricoles et d’arbres sur 47 wilayas. Sur une période plus longue, la comparaison annuelle est éloquente avec 3 719 départs de feu depuis le 1er mai, contre 1 501 pendant la même période de 2025. Le nombre d’incendies a donc plus que doublé en un an.

Les wilayas d’Annaba, Guelma, Skikda, Souk Ahras et Bouira figurent parmi les zones les plus exposées. À Seraïdi, sur les hauteurs d’Annaba, des habitants ont été évacués devant la progression des flammes. Selon les premières déclarations du ministre de l’Intérieur Saïd Sayoud, 150 maisons sont endommagées. Plus de 19 000 agents de la Protection civile ont été mobilisés, avec l’appui de l’Armée nationale populaire et de moyens aériens.

L’Algérie reste marquée par les incendies meurtriers de 2021 et 2023. Les capacités de réponse se sont améliorées avec le renforcement de la flotte aérienne et la multiplication des unités spécialisées, mais la dispersion géographique de dizaines de foyers simultanés continue d’éparpiller les moyens disponibles.

En Tunisie, 4 400 hectares brûlés depuis le 1er mai

La situation s’est brutalement dégradée en Tunisie à partir du 10 juillet. Entre le 1er mai et le 23 juillet, environ 4 400 hectares de superficies forestières ont été ravagés, contre 2 705 hectares durant la même période de 2025, selon le directeur général des forêts au ministère de l’Agriculture, Mohamed Naoufel Ben Haha. Le décompte porte sur 75 incendies en forêt et 108 dans les maquis, touchant les gouvernorats de Zaghouan, Bizerte, Béja, Jendouba, Le Kef et Siliana. Aucun décès n’a été signalé.

Six incendies majeurs concentrés en une quinzaine de jours expliquent l’essentiel de ces destructions. Le plus important a touché la forêt de Jebel Chahda, dans le gouvernorat de Zaghouan, où environ 905 hectares ont été endommagés.

Les essences touchées sont principalement des chênes-lièges et des pins d’Alep, dont dépendent économiquement les populations riveraines. Le patrimoine forestier tunisien couvre environ un million d’hectares et génère quelque 900 millions de dinars par an de revenus directs et indirects, selon la Direction générale des forêts. Sur les dix dernières années, près de 70 000 hectares ont brûlé, soit une moyenne annuelle proche de 7 000 hectares. La restauration d’un écosystème incendié demande au minimum deux ans, rappelle Mohamed Naoufel Ben Haha, qui cite l’exemple de la forêt de Boukornine, ravagée en 2021.

Au Maroc, davantage de départs de feu, mais moins de surfaces détruites

Le Maroc présente un bilan plus contrasté. Du 1er janvier au 20 juillet, l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) a recensé 310 incendies ayant parcouru 1 850 hectares, soit une moyenne de 5,9 hectares par sinistre. Cette superficie se répartit entre 832 hectares de formations forestières arborées (45 %) et environ 1 018 hectares d’essences secondaires et de formations herbacées (55 %). Le nombre de départs de feu progresse de 32 % par rapport à la moyenne décennale, tandis que les surfaces brûlées reculent de 30 %, passant de 2 660 à 1 850 hectares.

L’ANEF attribue la hausse des départs aux précipitations hivernales abondantes, qui ont favorisé une végétation herbacée dense, rapidement desséchée par les vagues de chaleur de fin mai et de début juillet.

La semaine du 13 au 19 juillet a néanmoins constitué un sérieux avertissement, avec 20 incendies et 670 hectares parcourus. Les feux de Taroudant (Inaouene) et d’El Haouz (Ijoukak) totalisent à eux seuls 403 hectares. L’incendie d’Afourar, dans la province d’Azilal, a parcouru 85 hectares. Souss-Massa demeure la région la plus touchée en superficie avec 600 hectares, devant Béni Mellal-Khénifra (410 hectares) et Marrakech-Safi (environ 205 hectares).

L’agence souligne que le Maroc affiche le plus faible taux de surface incendiée rapportée à sa superficie forestière du bassin méditerranéen. Les données de l’Office européen chargé du suivi des feux de forêt (EFFIS) font état de 104 476 hectares parcourus en Espagne, 42 178 en France, 29 224 au Portugal et 20 291 en Italie.

Une saison des feux qui ne fait que commencer

La chaleur ne déclenche pas mécaniquement les incendies. Les imprudences, mégots, barbecues, travaux agricoles, brûlages mal contrôlés et actes volontaires restent à l’origine de de la majorité des départs, tandis que la foudre sèche joue un rôle marginal. Mais une végétation desséchée, un air surchauffé et un vent soutenu suffisent à faire progresser un front de flammes plus vite que les équipes au sol ne peuvent le canaliser.

Les pays du Maghreb investissent dans la prévention. La Tunisie mise sur l’intelligence artificielle pour ses dispositifs d’alerte précoce, avec des partenariats en cours auprès de start-up, et programme l’acquisition de Canadairs. L’Algérie a renforcé sa flotte aérienne et ses unités spécialisées. Le Maroc s’appuie sur un bulletin de risque fondé sur des modèles prédictifs. La coopération régionale demeure en revanche limitée, alors que les massifs reliant l’est algérien au nord-ouest tunisien forment un continuum où les feux ignorent les frontières.

Les bilans actuels ne constituent qu’une étape. L’ANEF rappelle que les mois d’août et de septembre restent des périodes à très haut risque, du fait de la persistance de conditions chaudes et sèches, et appelle campeurs, apiculteurs et éleveurs à limiter au strict minimum l’usage du feu.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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