
Annoncé pour l’été 2026, El Niño pourrait à nouveau dérégler les saisons, accentuer les fortes chaleurs et fragiliser les récoltes sur une partie du continent africain. Né dans le Pacifique, le phénomène peut pourtant bouleverser très vite les équilibres africains avec des sécheresses, des pluies erratiques, une augmentation des tensions sur l’eau, mais aussi des risques sanitaires et une pression accrue sur la sécurité alimentaire.
Un phénomène du Pacifique aux effets africains
Il naît à des milliers de kilomètres de l’Afrique, dans les eaux du Pacifique équatorial. Pourtant, lorsque El Niño s’installe, ses effets se font sentir jusque dans les champs du Sahel. Pour les pays africains, l’alerte est donc prise au sérieux. L’Organisation météorologique mondiale estime désormais à 80 % la probabilité d’un épisode El Niño entre juin et août 2026, avec de fortes chances qu’il se prolonge au moins jusqu’en novembre. L’événement pourrait être modéré, voire fort, même si l’OMM refuse d’utiliser l’expression de « super El Niño », qui ne correspond à aucune classification scientifique officielle.
El Niño correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface dans le centre et l’est du Pacifique équatorial. Ce dérèglement modifie la circulation atmosphérique mondiale et perturbe les régimes de pluie. Ainsi, certaines régions reçoivent trop d’eau, d’autres pas assez, tandis que les températures globales montent d’un cran. Le précédent épisode, en 2023-2024, a contribué à faire de 2024 l’année la plus chaude jamais enregistrée, dans un contexte déjà aggravé par le réchauffement climatique.
Fortes chaleurs, pluies déplacées, saisons brouillées
En Afrique, l’inquiétude vient moins d’un seul phénomène que de la superposition des vulnérabilités. Au nord du continent, des températures supérieures aux normales pèseraient sur des pays déjà confrontés aux canicules, au stress hydrique et aux incendies. Dans le Maghreb, où les sécheresses récentes ont durement frappé l’agriculture, même si le début d’annee 2026 marqué par de fortes pluies a ravivé l’espoir d’une bonne récolte, un nouvel épisode chaud pourrait remettre la pression sur les barrages et les nappes.
Dans la Corne de l’Afrique, la relation avec El Niño est moins linéaire. El Niño est souvent associé à davantage de pluies dans certaines zones, mais les prévisions régionales pour juin-septembre 2026 signalent au contraire un risque de précipitations inférieures à la normale sur une grande partie du nord de la région, notamment au Soudan du Sud, en Ouganda, en Éthiopie, à Djibouti, en Érythrée, au Soudan et dans l’ouest ou le littoral du Kenya. Cette saison des pluies est cruciale : elle représente plus de la moitié des précipitations annuelles dans plusieurs pays, et plus de 80 % au Soudan.
L’Afrique australe, elle, garde en mémoire les effets dévastateurs des précédents El Niño. Dans cette région, le phénomène est souvent synonyme de pluies déficitaires pendant la saison agricole d’été. Les cultures de maïs, les oléagineux, les pâturages et l’élevage peuvent être touchés de plein fouet si les pluies d’octobre à mars se décalent ou deviennent insuffisantes. Un seul cycle sec peut faire basculer les marchés, renchérir les denrées et fragiliser les ménages les plus pauvres.
L’agriculture africaine en première ligne
Sur un continent où une grande partie des cultures dépend encore directement des pluies, peu de choses suffisent à compromettre les semis. Un excès d’eau au mauvais moment noie les jeunes pousses alors qu’un déficit prolongé détruit les rendements.
Le Centre commun de recherche de la Commission européenne signalait déjà, au printemps 2026, des alertes agricoles liées aux futures conditions El Niño, avec une vigilance particulière sur l’Afrique de l’Est et les zones fragilisées par les conflits, les coûts des intrants et les sécheresses précédentes.
La crise ne s’arrête pas aux parcelles agricoles. Des récoltes insuffisantes accroissent la dépendance aux importations et exposent davantage aux fluctuations des prix mondiaux. Un manque de pâturages affaiblit les troupeaux, allonge les transhumances, parfois jusqu’à provoquer des tensions entre éleveurs et agriculteurs. Enfin, des niveaux bas dans les barrages fragilisent aussi la production hydroélectrique, aggravant les délestages ou alourdissant les coûts énergétiques dans des économies déjà sous pression. Sans parler des fortes tensions que cela va créer dans les zones frontalières, comme sur le barrage de la Renaissance entre l’Égypte et l’Éthiopie.
De la météo aux tensions sociales
L’Afrique contribue faiblement aux émissions mondiales de gaz à effet de serre, et pourtant elle reste l’un des continents les plus exposés aux chocs climatiques. El Niño n’est pas causé par le réchauffement climatique, mais le réchauffement en renforce les effets. Une atmosphère plus chaude retient davantage d’humidité, favorise des pluies plus violentes et rend les vagues de chaleur plus dangereuses. L’OMM souligne que le changement climatique peut amplifier les impacts d’El Niño, même s’il n’est pas établi qu’il en augmente directement la fréquence.
Les épisodes précédents ont montré qu’attendre les pertes agricoles, les inondations ou les pénuries d’eau coûte toujours plus cher qu’anticiper. Les gouvernements africains disposent aujourd’hui de meilleurs outils de prévision qu’il y a vingt ans. Le véritable enjeu est désormais la transmission de ces alertes jusqu’aux villages et aux services de santé. Car entre une alerte météo et une récolte compromise, il reste souvent très peu de temps pour agir.



