
À l’occasion du 69ème sommet ordinaire de la CEDEAO tenu ce dimanche 19 juillet 2026 à Freetown, en Sierra Leone, le Président guinéen Mamadi Doumbouya a pris la parole pour la première fois devant ses pairs ouest-africains. Dans un discours d’ouverture remarqué, le chef de l’État guinéen a plaidé pour un retour aux fondements économiques de l’organisation et dénoncé fermement la politique des sanctions appliquée par la CEDEAO ces dernières années.
Première participation de Doumbouya à un sommet de la CEDEAO
Ce 19 juillet 2026 marque la toute première participation du général Mamadi Doumbouya à une rencontre des dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. La Guinée sort d’une période de suspension de l’organisation, ce qui rendait cette prise de parole particulièrement attendue. Le Président guinéen a d’emblée placé son intervention sous le signe de ce qu’il a qualifié de « franchise » et de panafricanisme.
Devant l’assemblée des chefs d’État, Mamadi Doumbouya a déclaré : « C’est avec un profond sentiment de responsabilité, mais aussi de fraternité, que je prends la parole devant cette auguste assemblée. Ce que j’annonçais alors comme une conviction, je le reformule aujourd’hui comme un appel : celui du réalisme au service du bien-être de notre peuple. L’intégration africaine est la seule voie pour le développement et pour éviter les guerres entre nous ».
Un appel au retour aux fondements économiques de 1975
Le Président guinéen a convoqué l’histoire de la création de la CEDEAO pour rappeler la vocation initiale de l’organisation. Il a notamment évoqué la mémoire du président togolais Gnassingbé Eyadéma, l’un des pères fondateurs, pour souligner ce qu’il présente comme un glissement de l’organisation vers le politique au détriment de l’économique.
Mamadi Doumbouya a rappelé les circonstances de la fondation de l’institution : « Lorsque le 28 mai 1975, les 15 pères fondateurs de la CEDEAO se réunissaient au Nigeria, l’objectif pour eux était clair, très clair et simple. Économique et commercial. Face aux grands ensembles qui dominaient le monde, il s’agissait de créer un grand marché commun ouest-africain pour le développement et la paix. Parce qu’il y avait conscience que là où il y a le développement économique, il y a la paix ».
Une critique frontale de la politique des sanctions
Le volet le plus marquant du discours de Doumbouya a porté sur l’usage des sanctions économiques et diplomatiques par la CEDEAO. Le président guinéen a dénoncé leur impact sur les populations civiles, les qualifiant d’instrument inadapté et contre-productif. « Les sanctions ne sont pas la solution. Notre sous-région a trop souvent choisi la sanction comme premier réflexe quand elle devait être le dernier recours », a déclaré le chef de l’État guinéen devant ses pairs.
« Or, sans hypocrisie, l’expérience nous enseigne, sans exception, que la sanction frappe d’abord et surtout les enfants dans les salles de classe, les femmes dans les marchés, les hommes dans les champs et les ateliers. Elles privent les hôpitaux de médicaments de première nécessité. Elles vident les marchés de denrées indispensables. Elles suscitent et alimentent le trafic en tous genres. Elles pénalisent simplement les filles et fils de la terre de nos ancêtres », a-t-il poursuivi.
Des valeurs africaines invoquées contre l’exclusion
Pour appuyer sa position, le Président Doumbouya a également fait référence aux valeurs et traditions africaines, arguant qu’elles sont incompatibles avec les logiques punitives collectives. Il a soutenu que les coutumes locales « n’intègrent pas le principe de l’exclusion de l’enfant, encore moins l’idée d’affamer et de le combattre ».
Ce discours intervient dans un contexte où la CEDEAO cherche à redéfinir sa stratégie vis-à-vis des pays ayant connu des transitions militaires, notamment les membres de l’Alliance des États du Sahel. Le sommet de Freetown devait également statuer sur la désignation du nouveau président de la Commission de l’organisation pour la période 2026-2030, ainsi que sur la création d’une force régionale permanente.




