
Tandis qu’Emmanuel Macron fait le tour du Golfe pour obtenir du brut et du diesel, Paris aurait demandé à Alger des cargaisons supplémentaires de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Première destination du pétrole algérien en avril, la France peut espérer un geste sur le brut. Pour le GNL, Sonatrach sert d’abord ses clients sous contrat et un marché intérieur dont la demande bat des records.
Paris multiplie les appels du pied auprès des producteurs, et Alger figure sur la liste. Selon des sources citées le 19 octobre par la plateforme spécialisée Attaqa, basée à Washington, la France a demandé à l’Algérie d’augmenter au plus vite ses livraisons de pétrole et de GNL. La démarche est parallèle à la tournée qu’Emmanuel Macron effectue du 19 au 21 octobre au Koweït, aux Émirats arabes unis, à Bahreïn et au Qatar, où l’Élysée dit rechercher des volumes de diesel et de pétrole susceptibles de faire baisser les prix à la pompe.
L’impact des affrontements autour de Bab el-Mandeb
Ni Sonatrach ni le ministère algérien de l’Énergie n’ont répondu aux questions du média, et aucun volume ni calendrier n’a été évoqué en public, l’information restant donc à confirmer. Elle s’inscrit toutefois dans une stratégie assumée car le 26 septembre, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a réuni en visioconférence les ambassadeurs en poste dans les pays jugés stratégiques pour l’approvisionnement de la France, avec le brut, le GNL et les produits raffinés à l’ordre du jour.
Depuis février, le blocus du détroit d’Ormuz né de la crise entre Washington et Téhéran, puis les affrontements autour de Bab el-Mandeb, désorganisent les flux en provenance du Golfe. En France, le prix des carburants est devenu un sujet politique de premier plan, au point d’être au centre des revendications des grandes manifestations de ces derniers jours contre la vie chère.
Une route sans détroit
L’Algérie dispose d’un avantage que les monarchies du Golfe ne peuvent pas offrir aujourd’hui. En effet, ses cargaisons partent d’Arzew, de Skikda ou de Béjaïa et rejoignent les côtes françaises sans franchir le moindre passage maritime sous tension. La traversée de la Méditerranée se compte en jours, quand une partie des pétroliers du Golfe reste suspendue à la situation dans les détroits. Le Sahara Blend, brut léger et pauvre en soufre, est de son côté réputé facile à raffiner pour les installations européennes.
La France, premier client du brut algérien en avril
Les échanges pétroliers n’ont pas attendu la réconciliation politique pour progresser. D’après l’unité de recherche d’Attaqa, les expéditions de pétrole algérien vers la France ont atteint 138 000 barils par jour en avril 2026, contre 43 000 en mars et 121 000 en avril 2025, soit une hausse de 14 % sur un an. Ce mois-là, la France a absorbé près de 15 % des 903 000 barils exportés quotidiennement par l’Algérie, devant la Corée du Sud, l’Espagne, les États-Unis et l’Italie.
Sur les quatre premiers mois de l’année, la moyenne s’établit à 95 000 barils par jour, contre 92 000 un an plus tôt. Selon les sources d’Attaqa, Alger a la capacité d’accroître rapidement ses envois de brut vers la France. C’est sur ce produit que la demande française a le plus de chances d’aboutir.
Le gaz algérien sert d’abord les Algériens
Sur le gaz liquéfié, la marge de manœuvre de Sonatrach est beaucoup plus étroite, pour des raisons d’abord intérieures. Selon une étude publiée le 18 octobre, les exportations algériennes de GNL sont tombées à 1,57 million de tonnes au troisième trimestre, contre 2,14 millions un an plus tôt (-27 %). C’est leur plus bas niveau trimestriel depuis au moins 2013. Sur neuf mois, elles reculent de 13 %, à 6,02 millions de tonnes.
Le directeur de cette unité de recherche, Ahmed Chawki, pointe la baisse des volumes de gaz qui alimentent les usines de liquéfaction, à laquelle s’est ajoutée en août une maintenance programmée sur le complexe d’Arzew. Le facteur déterminant reste la demande nationale. Le gaz assure 99 % de la production d’électricité du pays, et les pics de consommation de juillet et d’août ont absorbé toute hausse de la production.
Pendant la canicule, Alger a donc servi en priorité ses foyers et ses entreprises, mais pendant l’hiver la quantité destinée à l’exportation devrait être plus élevée. Le gouvernement compte sur ses programmes solaires pour réduire à terme la part du gaz dans la production électrique et dégager des volumes exportables.
Une baisse qui ne vise pas Paris
Le détail par client écarte la lecture politique. La Turquie, premier acheteur, a augmenté ses enlèvements de 11 %, à 0,70 million de tonnes, et la Croatie les a plus que doublés. La France a reçu 0,39 million de tonnes contre 0,52 un an plus tôt (-25 %). L’Italie, partenaire énergétique privilégié d’Alger, a subi un recul plus marqué encore, à 0,20 million de tonnes contre 0,47. Les livraisons par gazoduc vers l’Europe sont restées stables, à 78 millions de mètres cubes par jour contre 77.
Le GNL algérien est en grande partie engagé dans des contrats de long terme, avec des calendriers de livraison fixés à l’avance. Pour répondre à Paris, Sonatrach devrait réaménager ses engagements auprès d’autres acheteurs ou dégager des volumes supplémentaires, ce que les sources d’Attaqa jugent difficile à court terme.
Un test pour le dégel
La sollicitation intervient à un moment particulier de la relation bilatérale. La crise s’était ouverte en juillet 2024, quand Emmanuel Macron avait inscrit le présent et l’avenir du Sahara occidental dans le cadre de la souveraineté marocaine. Elle avait culminé en avril 2025 avec l’expulsion réciproque d’une douzaine d’agents diplomatiques et consulaires et le rappel de l’ambassadeur Stéphane Romatet. Le dégel amorcé en février 2026 l’a ramené à Alger le 8 mai.
Deux ans après le début de la brouille, Paris se retrouve en position de demandeur. Alger peut répondre sur le pétrole sans rien céder sur le gaz, dont la gestion obéit à des contraintes techniques et contractuelles que les acheteurs européens connaissent bien. Aucun accord n’a été annoncé à ce stade.





