
L’Algérie et l’Allemagne ont lancé DigiEnR, un projet de coopération destiné à accélérer la numérisation du réseau électrique algérien. Derrière ce chantier technique se joue un enjeu stratégique : permettre au pays d’intégrer davantage d’énergie solaire sans fragiliser son système électrique, tout en préparant une transition énergétique plus souveraine.
L’Algérie veut changer d’échelle dans les énergies renouvelables. Avec l’un des plus forts potentiels solaires au monde, le pays dispose d’un atout stratégique considérable. Mais produire davantage d’électricité verte ne suffit pas. Encore faut-il pouvoir l’injecter efficacement dans le réseau et la gérer en temps réel. Cela veut aussi dire éviter les pertes et maintenir l’équilibre entre production et consommation.
Le solaire algérien face au défi du réseau
C’est tout l’enjeu du projet algéro-allemand DigiEnR, lancé officiellement à Alger dans le cadre d’un atelier de planification dédié. L’accord de mise en œuvre a été signé entre le ministère de l’Énergie et des Énergies renouvelables et l’Agence allemande de coopération internationale, la GIZ. Derrière l’intitulé « Digitalisation pour l’intégration des énergies renouvelables » se trouve l’un des chantiers les moins visibles, mais les plus décisifs, de la transition énergétique algérienne. Il s’agit en effet de moderniser le réseau afin qu’il puisse accueillir une part croissante d’électricité issue du solaire.
Le véritable défi algérien est de transformer un système électrique historiquement pensé autour du gaz en un réseau capable d’absorber une production plus décentralisée, plus variable et plus difficile à prévoir. Justement, le projet DigiEnR porte sur la partie technique et numérique de la transition, celle qui conditionne la réussite des annonces de mégawatts.
La numérisation comme condition de la transition énergétique
Le projet s’inscrit dans l’ambitionde porter les capacités solaires algériennes à 15 000 MW d’ici 2035. Plusieurs projets sont déjà engagés, mais leur intégration suppose des compétences nouvelles car dans un réseau électrique, l’arrivée massive du solaire change la logique de production. L’électricité renouvelable dépend des conditions météo, de l’ensoleillement, des heures de pointe et des capacités du système à absorber ou à redistribuer l’énergie.
DigiEnR vise donc à renforcer les bases réglementaires, techniques et organisationnelles nécessaires à la modernisation du réseau, en particulier à moyenne et basse tension. La haute tension a déjà franchi une partie du chemin technique, mais les niveaux de distribution plus proches des usagers doivent encore être mieux préparés à l’intégration des énergies renouvelables.
Sonelgaz, acteur central du secteur, figure parmi les principaux partenaires techniques du projet, aux côtés de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz. L’objectif est de disposer d’un réseau plus intelligent, capable d’anticiper les besoins, de mieux gérer les flux, de sécuriser l’alimentation électrique et d’améliorer l’échange de données entre les institutions concernées.
Cette dimension numérique est essentielle. Sans outils de pilotage, l’intégration des renouvelables peut devenir une contrainte pour le réseau. Avec eux, elle peut au contraire devenir un levier de performance, de stabilité et d’efficacité énergétique.
Une coopération stratégique avec Berlin
Financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement et mis en œuvre par la GIZ, DigiEnR confirme l’importance de l’Algérie dans la politique énergétique méditerranéenne de Berlin. L’Allemagne voit dans le pays un partenaire clé, à la fois pour les renouvelables, l’efficacité énergétique et, à plus long terme, l’hydrogène vert. Une coopération essentielle alors que Berlin cherche à sécuriser de nouveaux partenariats énergétiques au sud de la Méditerranée.
L’Algérie, déjà fournisseur majeur de gaz, entend de son côté préserver son rôle énergétique tout en préparant l’après-hydrocarbures. La modernisation du réseau électrique devient ainsi un maillon indispensable entre le potentiel solaire du pays, ses ambitions industrielles et les projets futurs liés à l’hydrogène vert.
Pour Alger, il s’agit d’abord de réussir la transition énergétique sans fragiliser la sécurité d’approvisionnement. Il s’agit ensuite de développer une expertise nationale dans les métiers du réseau intelligent, de la cybersécurité énergétique, de la planification numérique et de la régulation. Le projet prévoit aussi des échanges entre administrations, entreprises publiques et acteurs techniques, ainsi que l’intégration de ces thématiques dans les dispositifs de formation de Sonelgaz.
En misant sur DigiEnR, l’Algérie veut faire de son potentiel solaire un outil de souveraineté. Alors, la numérisation du système électrique devient un enjeu industriel, technologique et diplomatique.




