
Un mois après l’élimination des Verts au Mondial américain deux projets de jumelage ont émergé confirmant la qualité des relations entre les communautés des deux pays. Tipaza se rapproche de Kansas City par l’entremise d’Alger, et Lawrence travaille avec Biskra, porté par des citoyens et des universitaires.
Lawrence, ville universitaire du Kansas d’un peu moins de 100 000 habitants, avait été retenue en février pour accueillir la sélection algérienne pendant la Coupe du monde 2026. Les Verts s’y sont entraînés à Rock Chalk Park, complexe sportif de l’Université du Kansas, avant de rejoindre les villes où se disputaient leurs rencontres. Mais l’étape technique s’est transformée en rencontre entre une équipe, ses supporters et une ville américaine peu habituée à figurer dans l’actualité algérienne.
Plusieurs centaines de personnes ont accueilli la délégation à son arrivée le 7 juin. Vladimir Petković a raconté quelques jours plus tard les « frissons » ressentis ce soir-là devant les « 500 à 600 personnes » massées devant l’hôtel. Une séance d’entraînement ouverte au public a prolongé l’enthousiasme, et l’artiste local Stan Herd a réalisé sur un terrain de la ville une représentation monumentale du drapeau algérien, que des centaines d’habitants et de supporters vêtus de vert, de blanc et de rouge sont venus transformer en étendard humain le 26 juin. L’élimination des Fennecs, battus 2-0 par la Suisse le 2 juillet à Vancouver en seizièmes de finale, n’a pas rompu le lien.
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Tipaza-Kansas City d’un côté, Biskra-Lawrence de l’autre
Le 12 juillet, Abdelmadjid Tebboune a chargé Ahmed Attaf, Saïd Sayoud et Walid Sadi de préparer un accord de jumelage entre Tipaza et Kansas City. La présidence a présenté la décision comme un geste de reconnaissance après l’accueil réservé à la délégation et aux supporters algériens. Quelques semaines plus tard, le chef de l’État annonçait son intention d’inviter des responsables locaux du Kansas et une centaine de ses habitants pour un séjour en Algérie pris en charge par l’État.
Un autre rapprochement se construisait pendant ce temps à Lawrence. Le 8 juillet, Sister Cities Lawrence s’est réuni au Watkins Museum of History pour examiner un jumelage avec Biskra, ville du Sud algérien et porte du Sahara. Le projet n’en est qu’à ses débuts, mais une première étape est déjà de créer dans la ville un groupe de citoyens baptisé « Friends of Biskra ».
Les deux démarches n’ont ni la même origine ni le même moteur. Celle qui vise Kansas City part du sommet de l’État algérien. Celle qui vise Biskra part d’une association, de citoyens et de liens universitaires, et concerne la ville qui a réellement vécu plusieurs semaines au contact quotidien de la sélection. Mais les deux montrent qu’un lien fort s’est créé pendant le Mondial.
Un Algérien de Sacramento derrière l’idée
Saadi El Mehdi Zemmouri, Algérien installé à Sacramento, en Californie, a contacté les responsables de Lawrence pendant la Coupe du monde. Son père, Noureddine Zemmouri, est professeur d’architecture à l’Université Mohamed-Khider de Biskra, où il dirige un laboratoire consacré notamment aux questions architecturales et urbaines. L’idée était de profiter de l’engouement autour des Verts pour construire quelque chose de durable.
Bill Keel, président de Sister Cities Lawrence et professeur émérite d’études germaniques à l’Université du Kansas, a accepté d’examiner la proposition, rejoint par des représentants de KU International Affairs. Le maire Brad Finkeldei a de son côté indiqué avoir échangé sur l’intérêt de ce type de relations avec l’ambassadeur d’Algérie aux États-Unis et avec un ancien ambassadeur américain en Algérie.
La diaspora algérienne a entretenu le lien après le départ des joueurs. Le 1er août, les Algerian Ladies of Kansas ont organisé au Granada Theater, sur Massachusetts Street, une soirée gratuite pour remercier les habitants, avec couscous, rechta, dolma, bourek, pâtisseries et musique chaâbie, kabyle et raï.
Biskra et le Kansas ont des problèmes communs
Lors de la réunion du 8 juillet, Joe Potts, responsable des partenariats stratégiques et de l’innovation à KU International Affairs, et Noureddine Zemmouri ont évoqué plusieurs pistes de coopération : agriculture en région aride, gestion des aquifères et des ressources hydriques, urbanisme oasien, architecture durable. Un accord universitaire ou une déclaration d’intention pourrait précéder un éventuel jumelage institutionnel.
Dans l’ouest du Kansas, l’agriculture dépend largement de l’eau des Hautes Plaines, dont l’Ogallala constitue la partie essentielle, et dont la baisse des niveaux inquiète scientifiques et agriculteurs depuis des années. À Biskra, où l’agriculture irriguée et la culture du palmier-dattier occupent une place centrale, la pression sur les ressources hydriques et la salinisation des sols sont documentées depuis longtemps. Ainsi, la gestion de l’eau s’impose comme un axe d’échange naturel et concret entre les deux territoires.
Le précédent Elkader-Mascara
Les États-Unis et l’Algérie disposent déjà d’un exemple de coopération locale de longue durée. Elkader, petite ville de l’Iowa d’environ 1 200 habitants, porte le nom de l’émir Abdelkader depuis 1846. En 1984, elle s’est officiellement jumelée avec Mascara, ville natale de l’émir. La relation a connu des périodes de sommeil avant d’être relancée dans les années 2000, notamment sous l’impulsion de Kathy Garms et de l’Abdelkader Education Project.Elle a prouvé sa valeur en 2008 : lorsqu’une crue a dévasté une partie d’Elkader, l’Algérie a envoyé 150 000 dollars d’aide aux sinistrés.
C’est ce modèle que Bill Keel oppose aux jumelages purement symboliques. Un jumelage ne fonctionne selon lui que si des habitants s’en emparent, étudiants, familles d’accueil, enseignants et bénévoles capables de maintenir les échanges pendant des années. Lawrence entretient ce type de relation avec Eutin, en Allemagne, et Hiratsuka, au Japon.
Cet engouement citoyen s’inscrit toutefois dans un contexte diplomatique complexe. Le 1ᵉʳ août, Donald Trump a une nouvelle fois réaffirmé la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, désignant le plan d’autonomie marocain comme l’unique base d’une solution « juste et durable ». Pour autant, les relations entre Alger et Washington dprogressent avec des coopérations économiques, universitaires, sécuritaires et culturelles. Washington s’est parallèlement impliqué dans la relance des discussions sur le conflit, à travers des rencontres qui ont associé depuis le début de l’année le Maroc, l’Algérie, le Front Polisario et la Mauritanie, avec un rôle important du conseiller américain Massad Boulos et de l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU, Staffan de Mistura.
Rapprochement Algérie – États-Unis
Les relations algéro-américaines ne se résument pas à ce dossier. Les coopérations économiques, universitaires, sécuritaires et culturelles se poursuivent, et l’ambassade américaine mettait en avant au printemps de nouveaux programmes dans l’enseignement supérieur, le patrimoine et les échanges économiques.
Si Alger privilégie l’axe Tipaza – Kansas City, à Lawrence, ce sont des citoyens qui poussent pour un rapprochement avec Biskra. Les signaaux à surveiller seront la constitution effective du groupe « Friends of Biskra », et la réponse des responsables du Kansas à l’invitation de Tebboune.




