
Après l’accord préliminaire conclu entre Washington et Téhéran, les États-Unis veulent remettre le dossier du Sahara occidental au premier rang de leur agenda diplomatique. Mais aucun règlement durable ne pourra se construire contre Alger. La paix ne dépendra pas seulement de Rabat, du Front Polisario ou des chancelleries occidentales car elle repose aussi sur la capacité de l’ONU et de Washington à proposer une issue que l’Algérie puisse défendre comme une garantie pour les Sahraouis.
Le dossier du Sahara occidental revient plus vite que prévu sur la table américaine. L’accord préliminaire annoncé entre les États-Unis et l’Iran, destiné à réduire plusieurs mois de tensions militaires et à permettre la réouverture du détroit d’Ormuz, libère une partie de l’attention diplomatique de Washington. Les deux crises ne sont évidemment pas liées. Mais un Moyen-Orient momentanément moins explosif redonne de l’espace à une autre priorité stratégique, la stabilisation du Maghreb. C’est pourquoi Massad Boulos a souhaité relancer rapidement le processus.
Valuable discussion at the Oslo Forum on Western Sahara and the importance of sustained diplomacy to resolve this long-standing dispute. As we advance the work of UNSCR 2797, pragmatic dialogue, political will, and compromise remain essential to achieving a just, lasting, and… pic.twitter.com/cwnUQe9FwM
— U.S. Senior Advisor for Arab and African Affairs (@US_SrAdvisorAF) June 13, 2026
La MINURSO renouvellée jusqu’en octobre 2026
Depuis plusieurs mois, les États-Unis poussent à une sortie de crise autour d’un cadre désormais assumé avec une autonomie sahraouie sous souveraineté marocaine, inspirée du plan présenté par Rabat en 2007. Ce schéma, soutenu par plusieurs capitales occidentales, reste toutefois à préciser, à garantir et surtout à rendre politiquement acceptable pour l’ensemble des acteurs concernés. La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, a renouvelé le mandat de la MINURSO jusqu’en octobre 2026 et confirmé que l’autonomie était désormais considérée, par une partie croissante de la communauté internationale, comme une base réaliste de négociation. Le texte, porté par Washington, a été adopté par onze voix, avec les abstentions de la Chine, de la Russie et du Pakistan. L’Algérie, elle, n’a pas pris part au vote.
Pour Rabat, cette séquence représente une avancée diplomatique majeure mais reste insuffisante. Le Maroc estime avoir gagné la bataille du réalisme politique, au moment où l’option d’un référendum classique avec indépendance semble s’éloigner des équilibres diplomatiques actuels. Mais une avancée dans les chancelleries ne suffit pas à faire une paix. Le Sahara occidental ne se résume pas à un face-à-face entre le Maroc et le Front Polisario. Il engage aussi l’Algérie, sa sécurité, sa doctrine diplomatique et sa lecture constante du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
Alger, passage obligé d’un règlement durable
Officiellement, Alger rappelle qu’elle n’est pas partie au conflit, mais soutien d’une cause de décolonisation portée par le peuple sahraoui. Cette position, souvent contestée par Rabat, reste au cœur de la diplomatie algérienne. Elle permet à l’Algérie de présenter son engagement non comme une rivalité territoriale avec le Maroc, mais comme la défense d’un principe hérité des luttes anticoloniales africaines.
Dans les faits, aucune solution ne pourra se construire sans elle. Les camps de réfugiés sahraouis se trouvent à Tindouf, sur le territoire algérien. Le Front Polisario y dispose de son arrière-base politique, humaine et diplomatique. Surtout, la rivalité entre Alger et Rabat structure depuis des décennies l’équilibre stratégique du Maghreb. Imaginer une paix durable sans associer pleinement l’Algérie reviendrait à produire un texte diplomatique fragile, accepté à New York ou Washington, mais difficilement applicable sur le terrain et surtout en contradiction avec le droit international, donc empechant toute sécurité économique si chère au Président Trump.
Intégrer Alger
C’est pourquoi les initiatives américaines cherchent à intégrer Alger dans une architecture régionale de désescalade. Washington veut éviter que ce conflit continue de bloquer l’intégration maghrébine, d’alimenter la course aux armements et de maintenir fermée l’une des frontières les plus sensibles du continent africain. Pour faire face à la progression de la Chine, Washington compte sur un Maghreb fort mais uni.
Les discussions ouvertes à Madrid, avec la participation du Maroc, de l’Algérie, du Polisario et de la Mauritanie, ont montré que ce format quadripartite reste indispensable. Les États-Unis veulent transformer une résolution en processus politique. Mais pour y parvenir, ils doivent proposer à Alger autre chose qu’une simple validation du plan marocain. Une solution durable devra montrer des garanties réelles pour les Sahraouis. Que ce soit sur leur représentation politique, leurs droits, leur sécurité, les réfugiés et bien sur la gestion des ressources du territoire.
De Mistura à Tindouf puis Alger, une visite dans un moment sensible
La visite de Staffan de Mistura dans les camps de Tindouf, le 8 juin 2026, s’inscrit dans cette séquence. Reçu par le chef du Polisario, Brahim Ghali, l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU est venu prendre le pouls d’un mouvement placé sous pression diplomatique et militaire. Sa mission vise à mesurer ce qui peut encore être négocié dans un contexte où le processus lancé par Washington paraît ralenti.
Le Polisario refuse toute solution qui entérinerait la souveraineté marocaine sans consultation incluant l’option de l’indépendance. Son rapport de force s’est cependant affaibli. Militairement, le Maroc dispose d’un avantage croissant, notamment grâce à l’usage des drones et aux technologies militaires israéliennes. Diplomatiquement, plusieurs grandes capitales se sont rapprochées de la position marocaine. Mais cette évolution ne règle pas le fond du dossier.
Le calendrier est désormais serré
Le mandat de la MINURSO court jusqu’en octobre 2026. D’ici là, Washington et l’ONU chercheront sans doute à obtenir un cadre de négociation plus précis, autour d’une autonomie renforcée, de garanties internationales et d’un mécanisme permettant de préserver la référence à l’autodétermination. Mais rien ne progressera durablement si l’Algérie est placée devant un fait accompli. C’est ce que vient de rappeler M. Attaf qui a réaffirmé « le soutien de l’Algérie aux efforts du Secrétaire général de l’ONU, M. Antonio Guterres, et de son Envoyé personnel », soulignant « l’importance de s’engager dans des négociations sans conditions préalables, et la nécessité de réunir les conditions optimales pour que les négociations directes entre le Royaume du Maroc et le Front Polisario aboutissent à l’élaboration d’une solution juste, durable et définitive à la question du Sahara occidental« .
La paix au Sahara occidental se jouera donc à Alger. C’est là que Washington devra démontrer qu’une solution politique peut protéger les Sahraouis, stabiliser le Maghreb et respecter les équilibres régionaux. Faute de quoi, l’autonomie pourrait devenir un cadre accepté par les chancelleries, mais rejeté par une partie des acteurs concernés. Et le Maghreb resterait prisonnier d’un conflit que tous disent vouloir résoudre, sans encore avoir trouvé la manière de permettre à chacun d’en sortir dignement.




