Algérie : le choc d’Ormuz ouvre une nouvelle fenêtre pour ses exportations d’énergie


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Installations de gaz
Gaz algérien (illustration)

Six mois après le déclenchement de la guerre autour de l’Iran et le bouleversement des flux dans le détroit d’Ormuz, l’Algérie apparaît parmi les principaux gagnants africains du choc énergétique.En août 2026, le niveau de production requis pour l’Algérie a été relevé de 6 000 barils par jour, pour atteindre 1,001 million de barils par jour. Selon le Centre for Research on Energy and Clean Air (CREA), l’Algérie figure avec le Nigeria, l’Angola et la Libye parmi les quatre principaux bénéficiaires africains. Dans le même temps, la remontée de la production de gaz naturel et l’ouverture de nouveaux débouchés pour les hydrocarbures algériens, notamment le GPL en Inde, renforcent la position énergétique du pays.

L’Algérie fait partie des neuf exportateurs africains de combustibles fossiles qui ont enregistré des recettes supplémentaires entre mars et août 2026 par rapport aux anticipations des marchés à terme établies avant le conflit d’Ormuz. D’après l’étude publiée le 26 août par le CREA, ces neuf pays affichent collectivement un gain net de 21,6 milliards de dollars lié au choc des prix. L’Algérie, le Nigeria, l’Angola et la Libye ont concentré 18,1 milliards de dollars, soit environ 84% de ce montant. Le rapport attribue 7,5 milliards de dollars au Nigeria, mais ne détaille pas la répartition des 10,6 milliards restants entre les trois autres pays.

Le choc d’Ormuz dessine ainsi une Afrique énergétique à deux vitesses : tandis que l’Algérie, le Nigeria, l’Angola et la Libye figurent parmi les bénéficiaires de la hausse des prix, des pays importateurs comme l’Égypte, l’Afrique du Sud ou le Maroc voient au contraire leur facture énergétique s’alourdir.

Le pétrole et le gaz au cœur du choc d’Ormuz

Sur les six mois étudiés, les importateurs mondiaux ont payé 330 milliards de dollars supplémentaires pour le pétrole brut, les produits pétroliers et le GNL transportés par voie maritime, comparativement aux anticipations des marchés avant les frappes. Le pétrole brut représente 164,1 milliards de dollars de ce surcoût, le diesel et le gasoil 73,8 milliards, l’essence 35,7 milliards, le GNL 38 milliards et le carburéacteur 20 milliards.

Le Brent a affiché une moyenne de 93 dollars le baril entre mars et août 2026. Selon le CREA, cette moyenne était supérieure de 35% aux anticipations préalables au conflit. L’étude relève également une progression de 60% des prix du GNL européen par rapport aux niveaux anticipés et de 59% pour le diesel. Le centre de recherche qualifie l’épisode de plus important choc pétrolier durable depuis la guerre du Golfe de 1990.

Le périmètre maritime ne couvre pas tout le gaz algérien

L’étude du CREA porte exclusivement sur les combustibles fossiles acheminés par voie maritime. Les livraisons de gaz naturel par gazoduc ne sont pas intégrées au calcul, en raison de l’insuffisance des données disponibles. Cette méthodologie exclut donc une partie des flux gaziers algériens destinés aux marchés extérieurs. Le rapport précise également que son estimation ne prend pas en compte le charbon, le fuel, le naphta, les coûts de fret et les primes liées aux risques de guerre.

Les données disponibles sur le premier semestre 2026 montrent parallèlement une progression de la production gazière algérienne. Celle-ci a atteint 54,01 milliards de mètres cubes, contre 51,81 milliards au premier semestre 2025, soit une hausse de 4,2%. Les exportations de gaz, par gazoduc et sous forme de GNL, ont atteint 23,97 milliards de mètres cubes, contre 23,40 milliards un an auparavant, soit une progression de 2,4%.

Une production gazière en hausse

La consommation intérieure de gaz a également progressé durant les six premiers mois de l’année, atteignant 28,49 milliards de mètres cubes, contre 26,81 milliards au premier semestre 2025, soit une hausse de 6,3%. Les exportations ont principalement progressé grâce aux volumes acheminés par gazoduc. Les expéditions de GNL ont, pour leur part, reculé de 6,5%, à 4,47 millions de tonnes, notamment en raison d’opérations de maintenance sur les installations de liquéfaction. Cette hausse de la production ne se traduit donc pas mécaniquement par une envolée des exportations car la demande intérieure progresse plus rapidement encore, tandis que le recul du GNL limite une partie des volumes supplémentaires disponibles à l’export.

Sur le pétrole, l’Algérie a également bénéficié de l’assouplissement progressif des réductions de production décidées par l’OPEP+. Pour le mois d’août 2026, l’OPEP+ avait relevé de 6 000 barils par jour le niveau de production requis pour l’Algérie, à 1,001 million de barils par jour. Les sept pays concernés ont décidé collectivement d’augmenter leur production de 188 000 barils par jour et ont réaffirmé leur engagement en faveur de la stabilité du marché pétrolier.

Pour l’Algérie, les perturbations des approvisionnements moyen-orientaux ouvrent aussi une fenêtre commerciale. Plusieurs importateurs cherchent, en effet, à réduire leur dépendance au Golfe et à diversifier leurs fournisseurs.

Sonatrach renforce sa présence sur le marché indien

Le groupe Sonatrach prépare parallèlement un nouvel approvisionnement du marché indien en GPL. Selon des sources commerciales citées par Reuters, Indian Oil Corporation finalise un accord avec Sonatrach pour des livraisons à partir de 2027. Le dispositif prévoirait des cargaisons mensuelles de 45 000 à 55 000 tonnes de GPL, composé principalement de propane et de butane.

Sur une année complète, les volumes envisagés correspondent à environ 540 000 à 660 000 tonnes, si le calendrier mensuel prévu est maintenu. Indian Oil avait déjà acheté du GPL algérien avant d’accroître ses approvisionnements auprès de fournisseurs du Moyen-Orient. Les importations indiennes de GPL algérien ont repris en juin 2026.

Le projet d’accord intervient alors que l’Inde cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement en GPL après les perturbations ayant affecté les flux énergétiques au Moyen-Orient et le trafic dans le détroit d’Ormuz. Indian Oil prévoit également d’accroître ses importations de GPL américain et vise une part pouvant atteindre 25% de ses approvisionnements auprès des États-Unis en 2027.

L’Algérie dispose par ailleurs de capacités d’exportation par gazoduc et par méthaniers, permettant l’acheminement de son gaz vers différents marchés. Le contrat de GPL envisagé avec Indian Oil ajoute un débouché asiatique aux marchés déjà desservis par Sonatrach.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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