
Le Cameroun ne couvre que 5% de sa consommation formelle de médicaments grâce à sa production locale, selon le rapport d’évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030. Avec huit unités industrielles, le pays reste derrière le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Tunisie et le Maroc, dont les taux de couverture du marché intérieur sont respectivement compris entre 10 et 15%, de 8%, de 45% et de 65%.
Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la SND30 situe la production pharmaceutique camerounaise à 5% de la consommation formelle nationale à fin 2025. Cette production est assurée par huit unités industrielles. Le document compare ces résultats à ceux de plusieurs pays africains et met en évidence des écarts importants en matière de capacité de production locale.
Le Maroc en tête du classement
Le Maroc affiche le taux de couverture le plus élevé parmi les cinq pays comparés. Selon les données reprises dans le rapport à partir de la Stratégie nationale de développement de l’industrie pharmaceutique locale (SNDIPHAL 2025-2030), 40 unités de production couvrent 65% de la consommation nationale de médicaments.
La Tunisie occupe la deuxième place avec 28 unités industrielles assurant 45% du marché. Le Sénégal suit avec quatre unités et une couverture comprise entre 10% et 15%. La Côte d’Ivoire compte cinq unités et couvre 8% de sa consommation, tandis que le Cameroun ferme ce classement avec huit unités pour une couverture de 5%.
Le Cameroun reste dépendant des importations
Au Cameroun, le rapport du Comité national de suivi-évaluation (CNSE) attribue une partie des difficultés de la filière au coût de plusieurs facteurs de production. L’énergie, les droits de douane et le transport sont notamment cités parmi les éléments qui affectent la compétitivité des fabricants locaux par rapport aux produits importés. Le rapport relève également une inadéquation entre certaines classes thérapeutiques produites localement et les besoins figurant dans la liste nationale des médicaments essentiels.
La commande publique constitue un autre indicateur de la faible présence des producteurs camerounais. Seulement 3,6% des achats publics de produits pharmaceutiques proviennent des fabricants locaux, contre 11,7% en moyenne en Afrique, 25,3% en Inde et 59,4% dans l’Union européenne, selon le tableau comparatif du rapport. La SND30 prévoit de porter la part de la commande publique destinée aux producteurs locaux à au moins 33% à l’horizon 2030.
473 médicaments essentiels concernés
Le rapport fournit également une donnée sur la couverture de la liste nationale des médicaments essentiels. Sur les 473 références recensées, la production locale ne couvrait que 12,7% des besoins en 2012, dernière année disponible pour cet indicateur précis. Cette donnée n’est donc pas comparable directement au taux de 5% enregistré en 2025, qui concerne la consommation formelle nationale.
La filière pharmaceutique représente par ailleurs une faible part de l’activité économique camerounaise. La contribution des industries chimiques et pharmaceutiques au produit intérieur brut est passée de 0,5% en 2020 à 0,48% en 2023. Les importations de produits chimiques ont atteint 532 milliards de francs CFA en 2023, soit 10,7% des importations nationales, avec une progression de 8,9% sur un an. Les produits pharmaceutiques représentaient 31% de cet ensemble.
Un objectif de 25% en 2030
Pour augmenter la production nationale, le gouvernement camerounais s’appuie sur la Stratégie nationale de développement de l’industrie pharmaceutique locale 2025-2030. Celle-ci fixe comme objectif de faire passer la part de la production locale dans la consommation nationale de 5% à 25% d’ici 2030.
La stratégie prévoit également de réduire de 40% à 10% la part estimée des importations frauduleuses de médicaments et autres produits pharmaceutiques. Parmi les mesures envisagées figurent des exonérations à l’entrée pour certains intrants pharmaceutiques et le contingentement des importations de médicaments lorsqu’ils concurrencent une production locale.
Des investissements dans la production locale
Des investissements industriels sont déjà mentionnés dans le rapport d’évaluation. Il cite notamment l’extension et la modernisation de la Camerounaise industrielle de produits pharmaceutiques (CINPHARM), ainsi que le développement d’Africure Pharmaceuticals avec des partenaires indiens et sud-africains. Le rééquipement du Laboratoire national de contrôle de qualité des médicaments figure également parmi les actions engagées.
Le Cameroun a par ailleurs ratifié en 2021 le traité instituant l’Agence africaine du médicament (AMA). Le rapport indique que plusieurs unités locales, parmi lesquelles SIPP, Tebimosa Pharmaceuticals et CINPHARM, ont augmenté leurs capacités de production. Il relève toutefois que l’accès au marché national demeure l’un des principaux défis de la filière.
Le marché africain reste dominé par quelques pôles
Les chiffres du rapport montrent une concentration des capacités pharmaceutiques entre plusieurs pays africains. Le Maroc, avec 40 unités, couvre 65% de sa consommation nationale. La Tunisie, avec 28 unités, atteint 45%. À l’autre extrémité du classement présenté, le Cameroun dispose de huit unités pour seulement 5 % de couverture. Le Sénégal, avec quatre unités, affiche une couverture de 10 à 15%, tandis que la Côte d’Ivoire atteint 8% avec cinq unités.
Le tableau met ainsi en évidence des écarts de couverture qui ne sont pas directement proportionnels au nombre d’unités industrielles recensées. Pour le Cameroun, l’objectif fixé par la SNDIPHAL implique de faire passer la production locale de 5% de la consommation formelle en 2025 à 25% en 2030. Le rapport d’évaluation à mi-parcours de la SND30 associe le développement de cette capacité industrielle à la disponibilité des médicaments nécessaires au déploiement de la Couverture santé universelle.
Classement des 5 pays africains selon leur couverture de la consommation de médicaments
- Maroc — 65%
- 40 unités industrielles
- La production locale couvre 65% de la consommation nationale de médicaments.
- Tunisie — 45%
- 28 unités industrielles
- La production locale couvre 45% du marché national.
- Sénégal — 10 à 15%
- 4 unités de production
- La production locale couvre entre 10% et 15% de la consommation nationale.
- Côte d’Ivoire — 8%
- 5 unités industrielles
- La production locale couvre 8% de la consommation nationale.
- Cameroun — 5%
- 8 unités industrielles
- La production locale ne couvre que 5% de la consommation formelle de médicaments à fin 2025.




