
Des pionniers nord-africains de la Grande Boucle aux récents succès de Biniam Girmay, des routes antillaises aux collines du Rwanda, l’histoire du vélo ne s’est pas écrite qu’en Europe. À Aywaille, en Belgique, l’exposition « Afric’Antilles Vélo Passion » rassemble maillots, vélos de légende, photographies et témoignages pour retracer cette géographie méconnue de la petite reine.
La 75e édition du Tour cycliste international de la Guadeloupe s’est achevée le 9 août 2026 à Baie-Mahault avec la victoire d’Owen Cole, premier Américain à s’imposer au classement général. À des milliers de kilomètres de là, dans la province de Liège, la Maison du Cyclisme Liège-Bastogne-Liège consacre son exposition temporaire à deux territoires rarement associés dans le peloton : l’Afrique et les Caraïbes.

Créé en 1948, le Tour de Guadeloupe est devenu un rendez-vous populaire majeur du calendrier cycliste caraïbéen. Son édition anniversaire a rassemblé les coureurs sur dix étapes et 1 224 kilomètres. Mais l’empreinte des Antilles sur le cyclisme dépasse ses frontières et s’étend vers l’Europe et, de façon plus confidentielle, vers le continent africain.
D’Ali Neffati à Yohann Gène : des pionniers méconnus
La visibilité de l’Afrique dans le cyclisme professionnel est plus que centenaire. Dès 1913, le Tunisien Ali Neffati devient le premier coureur africain à prendre le départ du Tour de France – précédé en 1910 par trois athlètes nés en Algérie qui couraient alors sous licence française. Repéré par Henri Desgrange, il marque l’épreuve en roulant coiffé d’un fez avant d’abandonner lors de la quatrième étape.
Dans les décennies suivantes, le cyclisme nord-africain alimente le peloton européen. L’Algérien Abdel-Kader Abbès s’aligne sur le Tour dès 1936, suivi par Abdel-Kader Zaaf. Ce dernier entre dans la légende lors du Tour 1950 au cours d’une étape caniculaire restée célèbre, même si l’anecdote a longtemps éclipsé ses véritables performances sur les routes du Maghreb.

Côté Caraïbes, la bicyclette s’inscrit dans une culture populaire ancrée. En 2011, le Guadeloupéen Yohann Gène devient le premier coureur noir à participer au Tour de France et à le terminer. Son parcours illustre d’ailleurs ce pont entre les deux régions : il remporte le classement général de la Tropicale Amissa Bongo, au Gabon, en 2013 puis en 2017.
L’Afrique a depuis dépassé le stade des initiatives isolées. En 2015, l’Érythréen Daniel Teklehaimanot est le premier Africain à porter un maillot distinctif sur la Grande Boucle, arborant celui de meilleur grimpeur de la sixième à la neuvième étape. En 2024, son compatriote Biniam Girmay devient le premier coureur noir africain à remporter une étape du Tour de France. Il en décroche trois la même année et ramène le maillot vert du classement par points à Nice.
En septembre 2025, Kigali, au Rwanda, a accueilli les premiers championnats du monde de cyclisme sur route organisés sur le sol africain, réunissant 36 fédérations du continent, contre quinze un an plus tôt à Zurich.
Maillots, vélos d’époque et trajectoires uniques
C’est cette chronologie méconnue que restitue l’exposition « Afric’Antilles Vélo Passion », ouverte depuis le 29 juin à la Maison du Cyclisme d’Aywaille.
Grâce aux collections de Bernard Laloux et Simon Hupperetz, une galerie de maillots permet de découvrir les tenues de champions nationaux, de sélections africaines et de Curaçao. Une autre vitrine est consacrée aux équipes WorldTour et professionnelles africaines ainsi qu’aux plus grandes courses du continent.
Aux côtés d’Ali Neffati ou des Algériens Ramdani, Abbès et Zaaf, le parcours met en lumière Sabelle Diatta. Octuple championne du Sénégal, elle a transformé le vélo en instrument de mobilisation civique en lançant en 1992 la « Caravane pour la Paix » entre Ziguinchor et Dakar, en plein conflit de Casamance. Installée depuis en Belgique, elle y exerce comme infirmière et conseillère communale à Coxyde.
Le cyclisme féminin occupe une place centrale dans le parcours, représenté par la Sud-Africaine Ashleigh Moolman-Pasio et la Mauricienne Kim Le Court-Pienaar. En avril 2025, cette dernière est devenue à Liège la première Africaine à s’imposer sur une classique UCI Women’s WorldTour, en remportant Liège-Bastogne-Liège Femmes. Quelques mois plus tard, elle a porté le maillot jaune du Tour de France Femmes quatre jours au total et levé les bras sur la cinquième étape à Guéret, une autre première pour une coureuse africaine.
Du vélo vert de Girmay aux raids transcontinentaux
Parmi les pièces exposées figure le cycle vert avec lequel Biniam Girmay a bouclé le Tour de France 2024. Il côtoie une machine alignée par le Belge Lionel Syne sur le Tour du Faso, un gravel Merida de bikepacking prêté par un magasin de Banneux et un modèle de 1976 prêté par le Koersmuseum de Roulers.
Ce dernier témoigne du cyclisme d’aventure pré-mondialisation. En novembre 1976, Étienne Vanneste, un technicien flamand basé en Afrique du Sud, s’élance depuis le Malawi. Après 15 000 kilomètres à coups de pédale, quinze pays traversés, une ascension du Kilimandjaro et la traversée du Sahara, il rejoint la Belgique le 3 novembre 1977.
Exposition de photos
D’autres trajectoires tissent le lien entre la province de Liège, l’Afrique et les Caraïbes : celles de Lionel Syne et Laurent Donnay sur le Tour du Faso, ou de Guy Janiczewski sur le Tour de Guadeloupe. L’exposition suit ces circulations de coureurs, de vélos et de passionnés entre les trois continents.

Le parcours est complété par les clichés de l’ancien professionnel Léon Van Bon, double vainqueur d’étape sur le Tour de France, et d’Eloise Mavian, réalisés lors des Mondiaux de Kigali et sur la Migration Gravel Race au Kenya, ainsi que par une banderole et des images des championnats d’Afrique 2025 disputés à Kwale.
En rassemblant ces pièces, « Afric’Antilles Vélo Passion » documente le déplacement du centre de gravité du cyclisme mondial. Le mouvement reste toutefois inégal car un seul coureur africain figurait au départ des Tour de France 2025 et 2026, la plus faible représentation du continent depuis 2014.
Infos pratiques
- Événement : exposition « Afric’Antilles Vélo Passion »
- Dates : jusqu’au 3 janvier 2027
- Lieu : Maison du Cyclisme Liège-Bastogne-Liège, rue de Louveigné 5A, Aywaille (Belgique)
- Horaires : ouvert tous les jours. Lundi au mercredi et week-end de 10 h à 17 h ; jeudi et vendredi de 13 h à 17 h (dernière entrée à 16 h 15)
- Tarifs : 8 € (adulte), 5 € (4-11 ans), 22 € (pass famille)




