
Trois jours de tirs consécutifs, une arme automatique utilisée en pleine rue et des points de deal qui peuvent générer plusieurs dizaines de milliers d’euros par jour. Saint-Gilles est redevenue l’un des épicentres de la guerre de la drogue à Bruxelles. La police y voit une bataille de territoires entre trafiquants. Dans une capitale insérée dans les circuits du narcotrafic qui relient Anvers aux grands réseaux européens la question de la resposanbilité de la « Mocro Maffia » se pose forcément.
Lundi 24 août, vers 21 heures, au croisement de la rue Gustave Defnet et de la rue du Monténégro, des coups de feu ont été tirés à l’arme automatique. Personne n’a été blessé, mais le tireur a pris la fuite. C’était le troisième jour consécutif marqué par des tirs dans la commune bruxelloise de Saint-Gilles. Samedi soir, un homme avait été blessé à la jambe place des Deux Bancs, un secteur connu comme point de vente de stupéfiants. Le lendemain matin, une balle avait traversé la fenêtre d’un appartement de la rue Fontainas pendant que son occupante se trouvait dans son lit. Si elle n’a pas été blessée, elle est restée sous le choc. Dans la nuit de dimanche à lundi, de nouveaux tirs ont encore été signalés au même endroit, chaussée de Forest, et deux suspects ont été interpellés.
Une guerre de territoires
Pour la police, la nature du conflit ne fait guère de doute. Jurgen De Landsheer, chef de corps de la zone Bruxelles-Midi, constate une nouvelle dégradation de la situation après un été relativement calme et appelle à écarter de la rue « les individus exploités par des gangs pour tirer sur des bâtiments ou des personnes en échange de quelques centaines d’euros ». Le bourgmestre de Saint-Gilles, Jean Spinette, relie de son côté les incendies de véhicules survenus dans le même secteur ces derniers jours à une logique de dissuasion entre bandes rivales.
L’enjeu financier permet de comprendre la violence car le secteur abrite des points de deal parmi les plus lucratifs de la capitale pouvant générer plusieurs dizaines de milliers d’euros par jour. Lorsqu’un réseau s’affaiblit, ses concurrents tentent de récupérer son territoire par les menaces et, de plus en plus souvent, par les armes automatiques.
La poussée actuelle dépasse Saint-Gilles. Dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 août, un commissariat d’Anderlecht a lui-même été visé par des tirs, rue Démosthène. Deux suspects circulant en trottinette avaient pris la fuite, sans faire de blessé. Sur les sept premiers mois de 2026, la police fédérale a recensé 57 fusillades dans les 19 communes bruxelloises, ayant fait deux morts et 21 blessés. En 2025, la région avait déjà battu un record avec 101 fusillades sur l’ensemble de l’année.
La Mocro Maffia derrière les tirs ?
À ce stade, ni le parquet ni la police n’ont publiquement attribué la série de Saint-Gilles à un clan appartenant à la Mocro Maffia, et les différents tirs de ces derniers jours ne sont pas forcément tous reliés entre eux.
Leur arrière-plan renvoie néanmoins aux transformations du trafic de cocaïne en Belgique. Le terme « Mocro Maffia » ne désigne pas une organisation unique disposant d’une direction centrale au Maroc, il regroupe différents réseaux criminels apparus principalement aux Pays-Bas et en Belgique, dans lesquels des trafiquants d’origine marocaine ont pris une place importante. Ces groupes ont progressivement basculé du cannabis vers le commerce beaucoup plus lucratif de la cocaïne, en s’appuyant notamment sur les ports de Rotterdam et d’Anvers.
Afrik.com avait déjà consacré, en avril 2025, une enquête à cette extension de la Mocro Maffia vers Bruxelles et aux règlements de comptes qui accompagnent la réorganisation des réseaux de distribution de cocaïne.
D’Anvers aux rues de Bruxelles
L’exemple d’Othman El Ballouti illustre l’importance prise par les réseaux belgo-marocains dans cet écosystème. Né à Anvers, ce narcotrafiquant condamné pour l’importation de plusieurs tonnes de cocaïne avait été arrêté à Dubaï fin 2024 avant d’être extradé vers la Belgique en juillet 2025.
Rien n’indique cependant qu’El Ballouti ou son entourage soient impliqués dans les événements de Saint-Gilles. Toute violence liée au trafic de drogue à Bruxelles ne relève, en effet, pas automatiquement de la Mocro Maffia. Les réseaux albanais, nord-africains, néerlandais, bruxellois ou issus d’autres criminalités européennes s’associent, sous-traitent ou s’affrontent selon les cargaisons et les territoires.
La série de Saint-Gilles illustre surtout un déplacement du rapport de force : la bataille ne porte plus seulement sur l’arrivée de la cocaïne par Anvers, mais sur le contrôle des points de vente au cœur de Bruxelles. Le ministre de l’Intérieur, Bernard Quintin, devait se rendre sur place ce mardi.




