Algérie : après la saisie record, la traque d’un réseau présumé dirigé depuis le Maroc


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Capsules de prégabaline et produits saisis lors d’une opération de la police algérienne.
La police algérienne a saisi plus de 10,4 millions de capsules de prégabaline et 33,4 kg de cocaïne au cours d’une opération visant un réseau international.

Après la saisie de 10,4 millions de capsules de prégabaline et de 33,4 kg de cocaïne, l’enquête algérienne cherche à retrouver 25 suspects toujours en fuite et tenter d’atteindre des commanditaires présumés installés au Maroc, à Dubaï et en France.

Les images de la saisie ont été largement diffusées et le coup de filet est spectaculaire, pourtant, l’essentiel de l’affaire se joue hors des frontières algériennes. Sur les quelque 50 membres présumés du réseau identifiés par les enquêteurs, 25 restent recherchés. Certains seraient installés au Maroc, aux Émirats arabes unis ou en Europe.

Le coup de filet avait été annoncé jeudi 20 août par la Direction générale de la Sûreté nationale algérienne (DGSN). Le lendemain, le parquet près le pôle pénal national de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée du tribunal de Sidi M’Hamed a confirmé le placement en détention provisoire des 25 personnes interpellées, en détaillant la composition de l’organisation visée.

L’opération est présentée par la DGSN comme le plus important bilan opérationnel de ce type jamais enregistré par ses services. Elle est l’aboutissement d’une enquête ouverte en janvier par le Service central de lutte contre le trafic illicite de stupéfiants (SCLTIS). Les investigations, menées avec le soutien du Groupement des opérations spéciales de la police, ont permis de suivre les déplacements de cargaisons depuis les wilayas du sud et d’identifier plusieurs membres présumés de l’organisation. Des interventions simultanées ont ensuite été déclenchées à Oran, Alger, Blida, Tipasa et Tizi Ouzou.

Une saisie évaluée à 65 millions d’euros

D’après le bilan communiqué par les autorités, les policiers ont saisi 10 402 700 capsules de prégabaline dosées à 300 mg ainsi que 33,4 kg de cocaïne. La prégabaline est un médicament principalement prescrit contre certaines douleurs neuropathiques et l’épilepsie. Son usage détourné, recherché notamment pour ses effets euphorisants, alimente depuis plusieurs années un important marché clandestin au Maghreb.

Les enquêteurs ont également confisqué 19 véhicules, parmi lesquels un camion semi-remorque équipé d’une citerne et trois motos. Plus de 1,5 milliard de centimes, soit 15 millions de dinars, ont été retrouvés en espèces et sont présentés comme provenant du trafic.

La DGSN estime la valeur marchande globale des produits saisis à près de 1 000 milliards de centimes, l’équivalent de 10 milliards de dinars, soit environ 65 millions d’euros au taux de change officiel.

Des commanditaires présumés au Maroc

L’enquête décrit une organisation implantée dans l’ouest de l’Algérie, mais dont une partie de la direction se trouverait hors du territoire. Selon la DGSN, des trafiquants marocains recherchés par la justice algérienne auraient piloté le réseau depuis le Maroc. Ils se seraient appuyés sur des complices installés à Dubaï pour gérer et transférer les revenus du trafic, ainsi que sur d’autres relais en France.

Ces éléments devront être étayés au cours de l’instruction et les autorités n’ont indiqué ni le lieu de fabrication de la prégabaline ni l’itinéraire international complet emprunté par les capsules. Elles précisent seulement que les cargaisons surveillées remontaient des wilayas du sud avant d’être distribuées dans plusieurs régions.

La dimension transfrontalière constitue la principale difficulté du dossier. L’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec le Maroc en août 2021 et la frontière terrestre demeure fermée. Cette situation réduit les possibilités de coopération judiciaire directe entre Alger et Rabat, sans exclure le recours à Interpol ou à d’autres mécanismes internationaux. Les relais présumés situés à Dubaï et en France pourraient également nécessiter l’envoi de demandes d’entraide judiciaire.

Vingt-cinq suspects toujours en fuite

Parmi les 25 personnes interpellées figurent une femme et un ressortissant étranger. Elles ont été présentées au parquet le 20 août, puis placées en détention provisoire par le juge d’instruction. Les 25 autres suspects, de nationalités algérienne, marocaine et néerlandaise, avaient été identifiés mais restaient en fuite au moment de la communication du parquet. Les poursuites portent notamment sur l’importation, le transport, le stockage et la détention de stupéfiants et de psychotropes destinés à la vente au sein d’un groupe criminel transfrontalier. Le dossier comporte également des accusations de contrebande aggravée et de blanchiment d’argent en bande organisée.

Cette affaire prolonge une succession d’opérations importantes. Le 18 août, deux jours avant l’annonce de la DGSN, le même pôle judiciaire de Sidi M’Hamed avait écroué cinq personnes dans un dossier portant sur plus d’un million de comprimés et 86 kg de cocaïne. Près de quatre millions d’unités avaient été interceptées à Alger en mai. Le même mois, l’armée annonçait une saisie de 1,84 million de comprimés dans la région de Tamanrasset. En juillet, la police d’Alger récupérait plus de deux millions d’unités, tandis qu’une opération conjointe de l’ANP et des Douanes permettait de saisir 133 kg de cocaïne à Djelfa et Laghouat.

Pour l’année 2025, les autorités algériennes avaient fait état de 43,4 millions de comprimés psychotropes saisis. Ces volumes renseignent sur la puissance des circuits clandestins. Ils ne suffisent pas à mesurer l’évolution de la consommation, l’augmentation des prises pouvant aussi traduire une amélioration du renseignement et des capacités d’interception.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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