Drogue : le Maghreb au cœur des nouvelles routes vers l’Europe


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Crise des opioïdes en afrique
Crise des opioïdes en afrique

Le Rapport mondial sur les drogues 2026 de l’ONUDC confirme le rôle stratégique de l’Afrique du Nord dans les trafics internationaux. Résine de cannabis vers l’Europe, cocaïne venue d’Amérique latine, pregabaline et opioïdes pharmaceutiques : le Maghreb n’est plus seulement un espace de passage, mais l’un des points de tension d’un marché mondial en pleine recomposition.

Le Maghreb se retrouve à la croisée de plusieurs crises de la drogue. Dans son Rapport mondial sur les drogues 2026, publié le 26 juin, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) décrit des marchés mondiaux en mutation rapide, portés par l’innovation des trafiquants, l’instabilité régionale et la diversification des routes. Pour l’Afrique du Nord, le constat est net : la région reste un couloir majeur vers l’Europe, mais elle est aussi de plus en plus exposée à des usages et des trafics qui débordent largement le maroc.

Le premier dossier reste celui de la résine. L’Afrique a concentré 61 % des quantités de cannabis herbe et résine saisies dans le monde en 2024, et l’Afrique du Nord demeure le principal hub du trafic interrégional de résine vers l’Europe occidentale. Une donnée qui renvoie aux routes historiques reliant le Rif marocain aux marchés espagnols et français. Le rapport note par ailleurs que des pays où le cannabis est entré dans des filières commerciales légales ou semi-légales sont de plus en plus utilisés comme sources d’approvisionnement pour les marchés illicites européens. Il s’agit d’une nouvelle variable qui vient compliquer la cartographie des flux.

Place croissante de la cocaïne

La cocaïne occupe désormais une place croissante dans les alertes internationales. La production mondiale a atteint un nouveau record en 2024, avec environ 4 100 tonnes de cocaïne pure estimées, soit plus de quatre fois le niveau d’il y a dix ans. Cette abondance pousse les groupes criminels à ouvrir ou consolider de nouveaux débouchés. L’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et l’Afrique du Nord sont identifiées par l’ONUDC comme des points de transit pour la cocaïne destinée à l’Europe. Les cargaisons venues d’Amérique latine exploitent les failles des États côtiers. Le Maghreb fonctionne alors comme zone de jonction entre les flux atlantiques, les réseaux sahéliens et les marchés européens.

Cette évolution brouille la frontière entre pays de transit et pays de consommation. L’ONUDC note que l’usage de cocaïne progresse en Afrique, même si les données restent parcellaires. Faute de systèmes statistiques solides, une partie de la crise reste invisible et on mesure mal ‘ampleur de la consommation locale.

L’alerte sur les opioïdes

Les opioïdes pharmaceutiques constituent un troisième signal d’alarme. Entre 2020 et 2024, l’Afrique a représenté 97 % des saisies mondiales de tramadol et 55 % de celles de codéine, concentrant au total 60 % des quantités d’opioïdes pharmaceutiques saisies dans le monde. Pour le Maghreb, s’y ajoute la question de la pregabaline. L’ONUDC signale des flux de ce médicament vers l’Afrique du Nord, principalement depuis l’Asie du Sud. Utilisée contre certaines douleurs ou troubles neurologiques, la pregabaline peut être détournée de son usage médical. Comme le tramadol ou la codéine, elle occupe une zone grise, suffisamment proche de la pharmacie ordinaire pour être banalisée, suffisamment recherchée pour nourrir des circuits illicites.

D’un côté, les pays du Maghreb restent exposés aux grands trafics internationaux à destination de l’Europe. De l’autre, ils doivent faire face à des consommations locales difficiles à documenter, souvent liées à la jeunesse, à la précarité et aux marchés informels du médicament. Le rapport rappelle que la majorité des personnes prises en charge pour des troubles liés à l’usage de drogues en Afrique ont moins de 35 ans, et que 34 % d’entre elles ont moins de 25 ans.

Un taux de VIH important

La prévalence des personnes qui s’injectent des drogues reste élevée en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest et centrale. Le taux de VIH parmi ces personnes y dépasse la moyenne mondiale. Le sujet touche alors à la santé publique.

Le Maghreb se trouve pris dans une équation difficile. Voisin immédiat de l’Europe, porte d’entrée méditerranéenne, espace de transit saharien et marché de consommation en mutation, il doit répondre simultanément sur plusieurs fronts : contrôle des frontières, démantèlement des réseaux, surveillance sanitaire, prise en charge des addictions et régulation des médicaments détournés.

Le Rapport mondial sur les drogues 2026 ne présente pas l’Afrique du Nord comme l’épicentre mondial des trafics. Mais il montre que la région est devenue l’un des nœuds d’un marché plus mobile, plus fragmenté et plus imprévisible qu’il y a dix ans.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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