
Le parquet a révélé dimanche que le conducteur roulait à 121,63 km/h sous l’emprise de stupéfiants, avec treize passagers de trop. Ces éléments accablent un homme mort dans l’accident. Ils n’expliquent pas comment son autocar a pu quitter Sétif dans cet état, neuf mois après l’instruction présidentielle imposant des dépistages inopinés aux conducteurs professionnels.
Le 31 juillet vers 9h40, un autocar parti de la wilaya de Sétif s’est renversé sur la RN24, au lieu-dit El Kerma, sur la portion reliant Boumerdès à Zemmouri. À bord, des habitants d’El Eulma partis passer la journée au bord de la mer, dont de nombreux enfants. Le bilan a évolué tout le week-end : la Protection civile a fait état de 27 morts et 42 blessés.
Dimanche 2 août, le parquet général près la cour de Boumerdès a livré les premières conclusions de l’enquête confiée à la police judiciaire de la Gendarmerie nationale. Les analyses biologiques pratiquées sur le conducteur, âgé de 33 ans et tué dans l’accident, ont établi la présence de plusieurs stupéfiants. Deux comprimés psychotropes se trouvaient dans ses vêtements. Le véhicule transportait 64 personnes pour une capacité réglementaire de 51, conducteur compris, et descendait une pente à 121,63 km/h sur un tronçon limité à 60.
Accélérer est la décision du conducteur, mais faire monter treize personnes de plus que la capacité autorisée ne l’est pas. D’autres personnes ont vendu ou distribué les places, et laissé partir le car rop chargé. Quelqu’un a recruté ce conducteur et lui a donné l’autorisation de circuler. Enfin, à quand remontait la dernière visite médicale du chauffeur, et avait-il déjà été soumis à un dépistage ? De ces réponses dépend la distinction entre une faute individuelle et une chaîne de contrôles défaillante.
Tebboune avait demandé ces contrôles en novembre
Le Conseil des ministres du 2 novembre 2025 avait retenu l’instauration d’examens médicaux « périodiques et inopinés » pour les conducteurs de tous les types de transport, ainsi que l’équipement des agents de contrôle en tests de dépistage de drogue et en moyens de vérification des charges. Ces orientations figurent dans la loi n° 26-09 du 2 mai 2026 portant code de la route, publiée au Journal officiel à la mi-mai, qui durcit les critères de recrutement des conducteurs professionnels, impose des examens médicaux approfondis et des tests de stupéfiants, et prévoit des contrôles inopinés en cours d’activité.
Une partie du texte s’applique depuis sa publication, d’autres dispositions attendent des textes complémentaires, comme l’avait indiqué en avril la direction des transports. Ce calendrier réglementaire n’efface pas la question politique de l’instruction présidentielle sur les dépistages, elle, date de novembre 2025.
Le ministère de Saïd Sayoud réunit l’Intérieur, les Collectivités locales et les Transports. La tutelle du secteur et une partie des services chargés de le contrôler relèvent du même portefeuille, ce qui rend l’argument du défaut de coordination difficile à tenir. Le ministre devra dire combien de dépistages ont été pratiqués depuis novembre, plutôt qu’annoncer un dispositif supplémentaire.
D’où venaient les comprimés ?
Le parquet n’a précisé ni la nature exacte des substances ni les doses retrouvées dans l’organisme. L’ONUDC a consacré en janvier 2026 un rapport aux trafics en Libye et en Afrique du Nord, où le tramadol et la prégabaline détournés occupent une place centrale, la Libye servant de couloir vers l’Algérie et l’Égypte. Aucun élément public ne rattache pour l’heure les comprimés de Boumerdès à ce marché. La justice devra reconstituer le parcours de la drogue comme elle reconstitue celui de l’autocar.
Une transparence à prolonger
Abdelmadjid Tebboune a décrété trois jours de deuil national et promis une justice sans indulgence face au « terrorisme routier ». Deux jours après le drame, le parquet a rendu publiques des données inhabituellement précises et s’est engagé à communiquer ses conclusions définitives. Le geste vaut, à condition qu’il ne s’arrête pas au conducteur responsable qui ne peut plus se défendre.
Reste à traduire les décisions présidentielles sur le terrain avec une campagne de dépistages inopinés chez les conducteurs de cars, de taxis collectifs et de poids lourds, ainsi que la publication du nombre de contrôles effectués, de permis suspendus et de véhicules immobilisés pour surcharge. Le week-end du drame, les routes algériennes ont fait 44 morts et 638 blessés en quarante-huit heures.




