
Air Algérie ouvre les réservations pour Conakry, Brazzaville et Lagos à partir de fin octobre, complétant une carte africaine déjà élargie cette année avec Libreville et Luanda. La compagnie affiche la plus forte progression de capacité du continent selon OAG et revendique désormais un rôle de hub entre l’Europe et l’Afrique subsaharienne. Reste pour Alger à transformer ces ouvertures de lignes en correspondances effectives.
Air Algérie a ouvert les réservations pour trois nouvelles destinations subsahariennes. Selon le programme relayé par la plateforme spécialisée AeroRoutes, Conakry sera reliée à Alger trois fois par semaine à compter du 25 octobre, en Boeing 737 MAX 8. Brazzaville suivra le lendemain au même rythme et avec le même type d’appareil. Lagos entre également au réseau, desservie par des rotations combinées avec Abuja.
Trois ouvertures pour boucler une année de croissance en Afrique
Chacune de ces lignes confirment une séquence engagée depuis le printemps car Air Algérie a lancé en juin une desserte de Libreville via Douala, puis inauguré quelques jours plus tard sa liaison avec Luanda, qui faisait alors de la capitale angolaise sa quinzième destination africaine. Le programme présenté en avril, lors de la signature d’un accord sur un futur centre de fret à l’aéroport d’Alger, citait déjà Libreville, Luanda, Maputo, Accra et Lagos comme prochaines étapes ; Conakry et Brazzaville s’y sont ajoutées depuis, de même que le retour de Tripoli, programmé lui aussi pour octobre.
Conakry, Brazzaville et Lagos comptent parmi les places où Royal Air Maroc a construit, depuis Casablanca, l’essentiel de son modèle de correspondances vers l’Afrique de l’Ouest et centrale. Ethiopian Airlines a fait de même à une échelle supérieure depuis Addis-Abeba. Air Algérie ne dispose pas encore de la densité de réseau de ces deux concurrents, mais elle vient désormais chercher une partie des mêmes flux.
Une progression de capacité qui resserre l’écart avec Royal Air Maroc
Les chiffres publiés par OAG pour août 2026 situent Air Algérie à 825 900 sièges programmés, contre 706 900 un an plus tôt, soit une hausse de 16,8 %. C’est la progression la plus rapide parmi les dix premières compagnies aériennes africaines, devant Royal Air Maroc (+13,2 %, à 868 100 sièges) et devant Ethiopian Airlines (+10,9 %), qui reste très largement en tête avec environ 2,19 millions de sièges. L’écart entre Air Algérie et Royal Air Maroc, cinquième et quatrième du classement continental, n’est plus que d’environ 42 000 sièges sur le mois considéré.
Royal Air Maroc conserve un maillage subsaharien plus dense et une expérience ancienne du trafic en correspondance vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Ainsi, sur le seul segment régional africain, la compagnie marocaine a transporté près de 1,5 million de voyageurs en 2024, contre 387 000 pour Air Algérie. mais la dynamique algérienne est désormais difficile à ignorer d’un mois sur l’autre.
Une flotte en renouvellement, pensée pour le moyen-courrier africain
Cette offensive s’appuie sur un renouvellement de flotte engagé depuis plusieurs années. Air Algérie a commandé en mars dix Boeing 737 MAX 8, dont plusieurs exemplaires ont déjà rejoint la flotte, y compris deux appareils réceptionnés fin juillet. Ce monocouloir, calibré pour des vols de cinq à six heures, correspond à la majorité des liaisons ouvertes cet automne vers l’Afrique subsaharienne.
Sur le long-courrier, la compagnie a réceptionné en novembre 2025 son premier Airbus A330-900neo, dans le cadre d’une commande portée à huit exemplaires, ce qui doit faire d’elle le premier opérateur africain de cet appareil. Ces avions sont destinés au développement des lignes transatlantiques et asiatiques, notamment vers Montréal et Shanghai. La logique de hub tient précisément à cette articulation entre les deux segments car un vol Alger-Shanghai ou Alger-Montréal n’a d’intérêt commercial plein que s’il embarque, en correspondance, des passagers arrivés de Lagos, Conakry ou Douala.
La compagnie travaille en parallèle sur l’autre pilier d’un hub, le fret. Air Algérie et la Société de gestion des services et infrastructures aéroportuaires d’Alger (SGSIA) ont signé le 9 avril un mémorandum d’entente portant sur un centre de fret baptisé « Cargo Algérie », qui doit occuper l’actuel terminal 3 après réhabilitation, sur une surface d’environ 10 500 m². Le projet, dont la première tranche est attendue fin 2026, s’accompagne de l’annonce d’un partenariat en préparation avec Ethiopian Airlines Cargo, destiné à croiser les réseaux des deux compagnies au bénéfice des échanges intra-africains.
Une bascule de rythme, pas encore un basculement
Lagos, Conakry et Brazzaville confirment un changement de rythme pour Air Algérie. Après des années où sa puissance reposait d’abord sur le marché algérien et les liaisons vers l’Europe, la compagnie va désormais chercher une partie de sa croissance au sud du Sahara, sur des marchés où Royal Air Maroc et Ethiopian Airlines sont déjà installées. Les chiffres de capacité, pour la première fois, commencent à suivre l’ambition affichée. Reste à la compagnie à démontrer, vol après vol, que la carte s’accompagne d’une exploitation à la hauteur.




