Ayoub Aïssiou : quatorze signataires sur vingt, et Boualem Sansal en renfort


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Ayoub Aïssiou arrêté à Barcelone
Illustration de l’arrestation présumée d’Ayoub Aïssiou en Espagne, sur fond d’enquête judiciaire, d’extradition vers l’Algérie et de soupçons de transferts de fonds à l’étranger.

Sur les vingt signataires de la lettre publiée le 21 août par Le Journal du Dimanche pour réclamer la libération d’Ayoub Aïssiou, quatorze avaient déjà signé, en novembre 2024, l’appel pour Boualem Sansal dans le même journal. Sansal figure cette fois parmi les signataires du nouveau texte. L’écrivain gracié en 2025 prête sa voix à la défense d’un homme d’affaires condamné pour blanchiment d’argent.

Quatorze noms qui reviennent, et un nouveau venu de poids

La lettre ouverte à Emmanuel Macron et Pedro Sánchez, publiée par le JDD en soutien à l’homme d’affaire Ayoub Aïssiou, porte la signature de Daniel Salvatore Schiffer, initiateur du texte, entouré de Marek Halter et Hassen Chalghoumi. Le rapprochement avec l’appel Sansal de novembre 2024 tient à l’identité des noms : Schiffer, Sarah Cattan, Chalghoumi, Élie Chouraqui, François Kasbi, Arno Klarsfeld, Nathalie Krikorian, Éric Naulleau, Michaël Prazan, Robert Redeker, Annie Sugier, Pierre-André Taguieff, Olivier Weber et Jean-Claude Zylberstein signaient déjà pour l’écrivain. Six signatures s’y ajoutent pour Aïssiou : Pascal Bruckner, Marek Halter, Bernard Kouchner, Céline Pina, Michel Gad Wolkowicz et enfin Boualem Sansal.

L’homme dont la libération avait mobilisé cet aréopage en 2024 signe donc aujourd’hui pour un tout autre profil, sans lien avec la littérature ni avec un quelconque délit d’opinion.

Ce que dit la lettre, ce que dit le dossier judiciaire

Le texte publié par le JDD présente Aïssiou comme un homme puni pour avoir « osé critiquer » le pouvoir algérien, via sa chaîne El Djazairia One, chaîne interdite de diffusion en Algérie depuis 2021 mais toujours active depuis l’étranger. Cette présentation ne mentionne à aucun moment la nature des poursuites qui pèsent sur lui.

Car le dossier judiciaire à l’origine de son arrestation raconte une autre histoire. Ayoub Aïssiou a été condamné par contumace le 17 décembre 2025 à vingt ans de réclusion par le pôle pénal économique et financier de Sidi M’hamed, pour blanchiment d’argent et fuite de capitaux dans le cadre d’une organisation criminelle. La cour d’Alger a confirmé la peine en appel le 15 mars 2026. Son épouse et ses cinq frères ont écopé de quinze ans, son beau-père, l’ancien sénateur Bachir Ould Zemirli, de sept ans. La demande d’extradition transmise à Madrid s’appuie sur un mandat du 9 avril 2026 visant, selon les pièces rendues publiques, des faits de complicité de faux en écriture publique, usage de faux et blanchiment. Rien dans ce dossier ne relève d’un délit d’opinion. La défense d’Aïssiou avance malgré tout que les poursuites seraient, sur le fond, politiquement motivées en raison du statut de sénateur qu’occupait son beau-père.

Un journal, un actionnaire, un précédent

Le choix du support reconduit lui aussi celui de 2024. Le JDD dépend de Lagardère News, filiale de Louis Hachette Group, où le groupe Bolloré détient environ 30 % du capital, la même part qu’il détient, séparément, dans Canal+, propriétaire de CNews. Cette architecture actionnariale découle de la scission de Vivendi en décembre 2024, qui a distribué Canal+, Havas et Louis Hachette Group à leurs actionnaires, la famille Bolloré restant le premier actionnaire des deux premiers pôles.

Lors de l’affaire Sansal, cet ensemble avait démultiplié la mobilisation, entre couverture continue sur Europe 1 et plusieurs passages de l’écrivain à L’Heure des Pros, diffusée simultanément sur CNews. Une fois libéré, Sansal est resté un invité régulier de ces mêmes antennes, y compris pour critiquer la politique française envers Alger puis pour faire la promotion de son livre, publié aussi dans une maison d’édition du groupe. Le canal éditorial qui avait porté sa cause se retrouve aujourd’hui mobilisé pour un dossier d’une tout autre nature.

Une arrestation cinq jours après Alger

Pedro Sánchez s’est rendu à Alger le 20 juillet 2026, accompagné des dirigeants de Naturgy, Repsol, Enagás et Moeve, pour discuter d’un relèvement des volumes de gaz transitant par le gazoduc Medgaz. L’Algérie a retrouvé, au premier semestre 2026, sa place de premier fournisseur de gaz de l’Espagne, avec environ un tiers des importations gazières espagnoles. Cinq jours après cette visite, Aïssiou était arrêté à Barcelone.

Le juge Santiago Pedraz, de l’Audiencia Nacional, a refusé le 15 août sa remise en liberté provisoire malgré des garanties financières proposées par sa défense, invoquant un risque de fuite. La décision sur le fond de l’extradition est attendue en septembre. C’est dans cette fenêtre que la lettre du JDD vient peser, portée par un dispositif dont l’essentiel, c’est à dire les signataires, le journalet l’initiateur, a déjà fait ses preuves pour Sansal, avec cette fois l’ancien détenu lui-même en renfort.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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