ONU : l’immunité protégerait-elle Macky Sall de la justice sénégalaise ?


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Macky Sall
Macky Sall

Le soutien apporté le 20 juillet par Bassirou Diomaye Faye à la candidature de son prédécesseur au secrétariat général des Nations unies rouvre une question restée jusqu’ici hors du débat public à Dakar. Celle de l’articulation entre les protections que confère la convention de 1946 et les procédures de reddition des comptes engagées depuis 2024 contre l’ancien pouvoir.

Le communiqué diffusé par le ministère de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur tient en quelques lignes. Bassirou Diomaye Faye y annonce que le Sénégal apporte son « plein soutien » à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’ONU et instruit le gouvernement ainsi que l’ensemble du réseau diplomatique de se mobiliser auprès des États membres. La décision intervient trois jours après l’audience accordée à l’ancien chef de l’État au Palais de la République, le 17 juillet.

Quatre mois plus tôt, la position de Dakar était inverse. Le 27 mars 2026, une note du gouvernement affirmait que le Sénégal n’avait « à aucun moment » soutenu cette candidature et se désolidarisait de l’initiative portée par le président burundais Évariste Ndayishimiye. De façon surprenante, l’État sénégalais devient aujourd’hui le principal appui d’un homme dont la gestion des finances publiques alimente depuis deux ans l’essentiel du contentieux politique national.

Des procédures ouvertes contre l’entourage, pas contre l’ancien président

Depuis mai 2025, cinq anciens ministres de Macky Sall sont mis en accusation devant la Haute Cour de justice pour des infractions financières liées principalement à la gestion du fonds Covid.

Ces dossiers avancent lentement. En juin 2026, la presse sénégalaise rapportait un net ralentissement de l’instruction, plusieurs affaires sensibles restant en suspens, dont celle de Mansour Faye, beau-frère de l’ancien président, poursuivi pour une surfacturation présumée de 2,7 milliards de francs CFA sur des achats de riz. La commission d’instruction visait initialement un jugement au début de 2026. Le calendrier a donc fortement glissé.

Macky Sall lui-même n’est visé aujourd’hui par aucune procédure. Le 27 octobre 2025, le bureau de l’Assemblée nationale a rejeté pour non-conformité au règlement intérieur la proposition de résolution du député Guy Marius Sagna. Il demandait son renvoi devant la Haute Cour pour haute trahison sur la base de la dette publique dissimulée, évaluée par le FMI à environ sept milliards de dollars. Sept des huit initiatives examinées ce jour-là ont été déclarées irrecevables. L’ancien président conteste ces accusations et avait déclaré en février 2025 s’inscrire « totalement en faux » contre les allégations de falsification des comptes publics.

Ce que couvre réellement l’immunité onusienne

Une élection de Macky Sall à l’ONU poserait une question de droit international rarement examinée dans le débat sénégalais. La convention sur les privilèges et immunités des Nations unies du 13 février 1946 accorde au secrétaire général les immunités reconnues aux agents diplomatiques, en sus de celles que le texte prévoit pour les fonctionnaires de l’Organisation. Sa portée est plus étroite que ne le laisse entendre le mot « immunité ».

Le texte lie la protection à son objet. Les immunités des fonctionnaires onusiens couvrent les actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions et sont accordées dans l’intérêt de l’Organisation, non à l’avantage personnel de leurs titulaires. Des faits antérieurs à l’entrée en fonctions, commis dans le cadre d’un mandat présidentiel national, ne relèvent pas mécaniquement de cette protection fonctionnelle.

S’y ajoute une contrainte de procédure. La section 20 de la convention confie au Conseil de sécurité, et à lui seul, la faculté de lever l’immunité du secrétaire général. Une demande sénégalaise devrait donc transiter par un organe où siègent cinq membres permanents dotés du droit de veto, dans un dossier où les intérêts des grandes puissances n’ont aucune raison de coïncider avec ceux de Dakar.

Le résultat s’apparente moins à une protection de fond qu’à une élévation considérable du coût politique de toute poursuite. Engager une procédure contre le plus haut fonctionnaire international en exercice supposerait pour le Sénégal d’assumer un affrontement diplomatique dont il porterait seul la charge d’image. Un ancien chef d’État sans fonction internationale reste au contraire justiciable devant la Haute Cour, sous réserve d’une majorité parlementaire disposée à l’y renvoyer.

Une candidature que le continent n’a pas endossée

Le soutien de Dakar arrive après un échec continental. Le 27 mars 2026, la Commission de l’Union africaine a constaté que le projet de décision endossant la candidature n’avait pas été adopté. Ainsi, vingt États membres avaient rompu la procédure de silence, empêchant l’approbation tacite. L’initiative introduite par Évariste Ndayishimiye s’atait déroulée en dehors du circuit habituel. Celui ci prévoit, en effet, un examen par le Comité des représentants permanents puis par le Comité ministériel avant transmission au Conseil exécutif. L‘Institute for Security Studies a lu ce blocage comme une défense des procédures de l’organisation plutôt que comme un rejet de la personne. Cependant, l’absence d’endossement continental prive la candidature de l’argument qui avait porté celles de Boutros Boutros-Ghali en 1991 et de Kofi Annan en 1996.

La rotation géographique joue contre Macky Sall

Depuis l’ouverture du processus, le 25 novembre 2025, six candidatures ont été déclarées : Michelle Bachelet (Chili), Rafael Grossi (Argentine), Rebeca Grynspan (Costa Rica), Macky Sall (Sénégal), María Fernanda Espinosa (Équateur) et Carolyn Rodrigues-Birkett (Guyana). Cinq viennent d’Amérique latine et des Caraïbes, région qui n’a plus occupé le poste depuis le départ du Péruvien Javier Pérez de Cuéllar en 1991. Le principe informel de rotation géographique lui est cette fois largement acquis. De nombreux États plaident par ailleurs pour la désignation d’une première femme à la tête de l’Organisation.

Les dialogues interactifs d’avril 2026 ont laissé apparaître une préférence américaine pour Rafael Grossi. En efffet, son discours sur le retour de l’ONU à ses fondations est compatible avec les priorités de l’administration Trump. Michelle Bachelet a de son côté perdu le soutien de son propre pays après l’arrivée au pouvoir de José Antonio Kast. La diplomatie sénégalaise entre dans la campagne au moment où les positions des membres permanents se cristallisent.

Un calcul sénégalais trop lisible

La décision comporte une dimension domestique. Depuis le limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature par le décret du 22 mai 2026 et la dissolution du gouvernement, Bassirou Diomaye Faye gouverne sans le leader du Pastef. Cela l’oblige à composé avec une majorité parlementaire acquise à son ancien Premier ministre. Ainsi, soutenir Macky Sall lui permet d’occuper un terrain d’État que la contestation avait investi, mais aussi d’éloigner durablement l’ancien président du théâtre politique sénégalais.

Guy Marius Sagna avait qualifié en février d’éventuel soutien à cette candidature une « trahison envers nos martyrs », en référence aux violences de la période 2021-2024. Le président a tranché dans l’autre sens cinq mois plus tard. Le sort des procédures engagées contre l’ancien pouvoir, lui, n’a fait l’objet d’aucune clarification depuis le 20 juillet.

Kofi Ndale
Kofi Ndale, un nom qui évoque la richesse des traditions africaines. Spécialiste de l'histoire et l'économie de l'Afrique sub-saharienne
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