Macky Sall rejeté par l’Union africaine : quand l’Afrique change ses règles


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Macky Sall, ancien Président du Sénégal
Macky Sall, ancien Président du Sénégal

Le 27 mars 2026, l’Union africaine ferme la porte à Macky Sall. Vingt États, dont le Sénégal lui-même, ont bloqué sa candidature au poste de Secrétaire général de l’ONU. Un rejet sans précédent qui révèle les mutations profondes de la diplomatie continentale. Analyse.

Macky Sall battu par sa propre région

C’est un camouflet diplomatique sans équivalent. Le 27 mars, la Commission de l’Union africaine a annoncé l’échec de Macky Sall : vingt États se sont opposés à la candidature de l’ex-président sénégalais, rompant le consensus requis.

Pour celui qui a présidé l’UA en 2022, c’est une humiliation totale. Moins de trois semaines après son annonce officielle, il se voit rejeté par l’institution continentale qui aurait dû l’incarner. C’est un coup pratiquement sans équivalent pour un candidat africain aux plus hautes fonctions internationales.

Le Sénégal se retourne contre son ancien président

La première brèche provient d’un endroit inattendu : son propre pays. Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko ont refusé explicitement de soutenir Macky Sall. Le message était sans ambiguïté : le Sénégal s’oppose. Les raisons sont graves. Le gouvernement accuse Macky Sall de responsabilité dans la répression sanglante des manifestations entre 2021 et 2024, qui a fait plusieurs dizaines de morts. Il le reproche également d’avoir dissimulé la véritable dette publique sénégalaise.

Le collectif « Familles de martyrs » parle de « crimes de sang et économiques ». Un candidat au Secrétariat général ne peut pas être crédible s’il pèse le poids de telles accusations de violation des droits humains.

Opposition massive : le Nigeria en tête

Mais le Sénégal n’était pas seul. Vingt États africains se sont mobilisés, dépassant le seuil requis pour bloquer le consensus. Le Nigeria, puissance ouest-africaine majeure, s’est jointe à l’opposition. Plusieurs États d’Afrique centrale ont également exprimé leur réserve.
Ce n’est donc pas une poignée de petits États. C’est une dynamique régionale de grande ampleur.

Les groupes de défense des droits humains ont aussi pesé. Leur mobilisation a forcé les gouvernements à prendre position publiquement. Le mécanisme « silencieux » de l’approbation tacite s’est révélé impuissant.

Pourquoi le Burundi a porté cette candidature ?

L’ironie du scénario : c’est le Burundi qui a présenté Macky Sall. Évariste Ndayishimiye, alors président de l’UA, a porté cette candidature personnellement. Pourquoi ? Les explications officielles restent vagues, « stature internationale » et « expérience diplomatique ». Mais les observateurs y voient davantage un calcul tactique : l’appui à une candidature prestigieuse aurait permis au Burundi de rehausser son profil ou de créer des alliances futures.

Quoi qu’il en soit, Ndayishimiye s’est retrouvé isolé, affaiblissant sa capacité d’influence continentale.

Ce que ce rejet révèle sur l’Afrique

Ce vote signe un tournant. D’abord, l’Afrique est devenue moins tolérante envers les anciens régimes. La vague de transitions des années 2020-2024, Sénégal, Mali, Niger, Burkina Faso… a créé une impatience face à l’establishment d’hier.

Ensuite, l’Union africaine peine à produire du consensus. Traditionnellement bloc unifié, elle s’avère fractionnée sur ses responsabilités majeures.

Enfin, les sociétés civiles et défenseurs des droits humains pèsent désormais sur les décisions continentales. Les gouvernements ne peuvent plus les ignorer.

Techniquement, Macky Sall peut briguer le poste sans soutien de l’UA. Mais d’autres candidats sont en lice : Michelle Bachelet (Chili), Rafael Grossi (Argentine). Sans appui africain, Macky Sall entre dans une course qu’il ne peut plus remporter.

Le rejet continental signe la fin d’un projet politique. Et révèle une Afrique qui change ses règles du jeu géopolitique.

Criss Bailly
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Criss Bailly est un journaliste collaborant avec afrik.com, où il couvre une large palette de sujets allant de la politique à la culture, en passant par la santé et la société. Ses articles abordent des thématiques variées, telles que la responsabilité sociétale des entreprises en Afrique, la situation épidémiologique du Covid-19 au Gabon, ou encore des enquêtes sur des scandales internationaux impliquant des figures publiques. Il met également en lumière des figures marquantes du continent, comme l’écrivain Serge Bilé ou la chanteuse Dobet Gnahoré, à travers des interviews et des analyses approfondies. Son travail reflète un engagement à décrypter les dynamiques africaines contemporaines, tout en donnant une voix aux acteurs influents du continent.
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