Succession à l’ONU : l’ambition mondiale de Macky Sall à l’épreuve du passif sénégalais


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Macky Sall
Macky Sall

Le ballet diplomatique pour la succession d’António Guterres à la tête de l’ONU s’accélère. Lundi 2 mars 2026, la porte-parole de l’Assemblée générale des Nations Unies a officialisé le dépôt de la candidature de l’ancien président sénégalais, Macky Sall. Ce dossier, porté par le Burundi, qui exerce la présidence tournante de l’Union Africaine, projette l’ex-chef d’État sur la scène mondiale. Ce, au moment même où son héritage domestique fait l’objet d’un inventaire sans concession à Dakar.

Le plaidoyer africain : Sall à l’ONU, une voix pour le continent

En choisissant de parrainer cette candidature, le Burundi invoque une « approche continentale ». Pour l’Union Africaine, porter Macky Sall au 38e étage du siège new-yorkais au 1er janvier 2027 serait l’aboutissement du combat mené par ce dernier durant sa présidence de l’organisation (2022-2023). Son activisme pour l’octroi d’un siège permanent au G20 pour l’Afrique et son plaidoyer pour une réforme de l’architecture financière mondiale constituent le socle de sa légitimité diplomatique.

Toutefois, c’est Bujumbura, et non Dakar, qui porte officiellement le dossier. Ce qui souligne en creux la rupture consommée avec les nouvelles autorités sénégalaises.

L’ombre de l’audit : un boulet économique ?

L’aura internationale de Macky Sall reste intacte pour ses pairs africains. Seulement, elle est sérieusement écornée sur le front intérieur. Les nouveaux dirigeants du Sénégal accusent l’administration sortante d’avoir maquillé les comptes publics. Ce, en dissimulant une dette bien plus abyssale que les chiffres officiels ne le laissaient paraître. Dans un pays traversant une zone de turbulences économiques préoccupante, ces griefs de « mauvaise gouvernance financière » pourraient devenir un angle d’attaque majeur lors des auditions au Conseil de Sécurité. À l’ONU, où la transparence est une valeur cardinale, ces zones d’ombre sur la gestion de l’État sénégalais risquent de peser lourd.

Une concurrence de haut vol et le défi du genre

Macky Sall entre dans une arène de conquête de l’ONU déjà très encombrée. Il devra ferrailler avec des figures de proue telles que l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, soutenue par un bloc latino-américain solide, ou encore l’Argentin Rafael Grossi, actuel patron de l’AIEA.

Au-delà des personnalités, l’ancien président sénégalais se heurte à une aspiration historique : celle de voir, pour la première fois en 80 ans, une femme diriger l’organisation. Si la tradition de rotation géographique plaide en faveur d’un retour de l’Afrique ou de l’Amérique Latine, le critère du genre pourrait bien être l’arbitre final de cette élection.

Le verdict du Conseil de Sécurité

Le processus entre désormais dans sa phase la plus politique. Dès juillet, les quinze membres du Conseil de Sécurité entameront les rounds de sélection. Seul le candidat ayant obtenu la recommandation formelle du Conseil aura l’approbation de l’Assemblée générale pour son éligibilité. Pour Macky Sall, l’enjeu sera de convaincre les membres permanents que son expérience de médiateur continental l’emporte sur les controverses qui agitent actuellement la place de Dakar.

Franck Biyidi
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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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