Ghana, Sénégal : dans ce climat politique, un joueur peut-il encore défendre les droits LGBT pendant le Mondial 2026 ?


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Ghana Sénégal homosexualité et football
Ghana Sénégal homosexualité et football

Le football africain sait se taire. On commente volontiers les blessures, les primes ou les bras de fer avec les fédérations. Mais d’autres sujets restent verrouillés à double tour. L’homosexualité en est le parfait exemple. Aucun international africain de premier plan n’a jamais fait son coming out. Pas parce que le continent échapperait aux réalités humaines, l’homosexualité y est aussi présente qu’ailleurs, mais parce que le coût social, familial et professionnel d’une telle parole est tout simplement destructeur.

À quelques semaines du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, le Ghana et le Sénégal, deux poids lourds du football africain, viennent de durcir leur arsenal législatif. Côté ghanéen, le Parlement a adopté le 29 mai 2026 un texte qui criminalise la « promotion », le financement ou le simple soutien aux activités LGBTQ, prévoyant de lourdes peines de prison. La loi n’attend plus que la signature du président John Mahama. Côté sénégalais, le président Bassirou Diomaye Faye a validé fin mars un texte portant à dix ans de prison la peine maximale pour les relations homosexuelles, ciblant lui aussi toute forme de « propagande ».

Le précédent Idrissa Gueye : le choc des cultures

Ce conflit de valeurs n’a rien d’un scénario de politique-fiction car il s’est déjà joué sous nos yeux. En mai 2022, le milieu sénégalais Idrissa Gueye (alors au PSG) avait choisi de boycotter la journée de Ligue 1 dédiée à la lutte contre l’homophobie pour ne pas porter le maillot au flocage arc-en-ciel. En France, son refus avait déclenché une tempête médiatique et politique. Au Sénégal, il avait été accueilli en héros, soutenu publiquement par les plus hautes autorités de l’État, y compris par l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko.

Cet épisode a tracé une ligne rouge très claire pour les internationaux africains. Il a prouvé qu’un joueur star en Europe, reste comptable de son image auprès de son public d’origine. Pour un joueur sénégalais ou ghanéen en 2026, s’exprimer en faveur des droits LGBT pendant le Mondial serait vu, au pays, comme une trahison culturelle et un délit pénal.

L’arme de la zone grise

Dans un tel contexte, qu’arriverait-il si un international glissait en conférence de presse ce qui est pour nombre d’entre eux une évidence, « Je respecte les personnes homosexuelles » ? Serait-ce l’expression d’une liberté de conscience ou une « promotion » passible des tribunaux ghanéens ou sénégalais ? C’est précisément cette ambiguïté qui paralyse les esprits.

On imagine mal une fédération exclure sa star à la veille d’un match décisif, le séisme sportif et diplomatique serait trop grand. Mais le rappel à l’ordre serait plus insidieux avec des pressions en coulisses, une mise à l’écart feutrée et le déchainement des réseaux sociaux agités par quelques’uns. Ce qui se passe en dehors du terrain ne doit pas polluer le vestiaire. En France, Kylian Mbappé est d’une certaine façon dans la même situation à la suite de ses prises de position anti Front National.

Le paradoxe des sélections africaines qui s’appuient massivement sur des binationaux formés en Europe, c’est leur habitude de porter des brassards inclusifs et de participer aux campagnes de la FIFA. A part Idrissa Gueye, ils ont tous fait la promotion de la tolérance vis à vis des personnes LGBT. L’instance internationale affiche d’ailleurs un cahier des charges strict pour ce Mondial 2026, censé protéger contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle. Mais une fois le maillot national sur le dos, la réalité politique rattrape les joueurs. Ils doivent entrer dans le rang pour protéger leurs familles ou leurs amis sur le continent.

Le miroir tragique d’Eudy Simelane

Pour comprendre la portée de ce débat, il faut lever les yeux du ballon rond et se souvenir d’Eudy Simelane. Cette ancienne internationale des Banyana Banyana sud-africaines vivait son homosexualité au grand jour et se battait pour ses droits. En avril 2008, elle est violée et assassinée près du township de KwaThema. Un crime de haine pur, directement lié à ce qu’elle était.

Certes, l’Afrique n’est pas un bloc monolithique, et la situation varie d’un pays à l’autre. Mais l’histoire d’Eudy Simelane rappelle que quand les discours politiques ou religieux peignent l’homosexualité comme un poison, la violence ne reste pas sémantique. Elle descend dans la rue.

La question qui se pose au Ghana et au Sénégal ne concerne donc pas uniquement les joueurs concernés au premier chef. Elle touche aussi les hétérosexuels qui aimeraient simplement soutenir un coéquipier, un frère ou une amie au nom de la dignité humaine. Dans un pays où la solidarité est assimilée à un délit, le moindre geste devient un acte de bravoure ou un immense risque professionnel.

Ce Mondial 2026 va forcer le football africain à regarder ses propres paradoxes. Sur le terrain, on célébrera l’union sacrée des nations. En coulisses, une question inconfortable flottera dans l’air, savoir si un joueur africain a-t-il encore le droit de dire qu’un être humain ne mérite ni la prison, ni la traque en raison de son orientation sexuelle ?

Rédaction
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