Omar Bongo est officiellement mort

L’annonce de son décès avait été faite dimanche soir puis démentie par les autorités gabonaises ce matin. Désormais, l’information est officielle. Le doyen des chefs d’Etat africains, Omar Bongo Ondimba, est décédé, lundi après-midi, à l’âge de 73 ans, dans une clinique de Barcelone en Espagne, a indiqué le Premier ministre gabonais, dans un communiqué remis à la presse. Omar Bongo a passé 41 ans à la tête du Gabon. Avec son départ, c’est une page de l’histoire de l’Afrique contemporaine et de la « Françafrique » qui se tourne.

«C’est à 14H30 (12H30 GMT) que l’équipe médicale m’a informé, ainsi que les officiels et membres de la famille présents, que le président de la République, chef de l’Etat, Omar Bongo Ondimba, venait de rendre l’âme des suites d’un arrêt cardiaque», indique le message que le Premier ministre gabonais, Jean Eyeghe Ndong, a remis aux journalistes présents à la clinique Quiron de Barcelone. Il y avait été admis après avoir, le 6 mai, « suspendu momentanément » ses activités de président de la République. Les autorités gabonaises avaient tenté de laisser planer le mystère autour de son état de santé, avançant qu’il s’était éclipsé pour effectuer son veuvage et se « ressourcer », le décès, le 14 mars, de son épouse Edith Bongo, fille du président congolais Denis Sassou Nguesso, l’ayant beaucoup affecté. Mais le 21 mai, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, avait déclaré au journal La Vanguardia qu’il allait « très mal ». Et le même journal dévoilait qu’il souffrait d’une « tumeur grave » aux intestins. De plus, une source interrogée par l’AFP avait affirmé qu’il avait été victime d’une hémorragie lors de son transfert par avion vers Barcelone où l’avait accompagné sa fille Pascaline et une partie de son entourage.

Né le 30 décembre 1935, dans la province du Haut-Ogooué, en pays batéké, Albert Bernard Bongo[Converti à l’islam en 1973, il est devenu El Hadj Omar Bongo, puis en 2004, il a adossé le patronyme de son père, « Ondimba », au sien]] a régné sans partage sur le Gabon, pendant 41 ans. Du 2 décembre 1967 au 8 juin 2009. Après avoir effectué ses études primaires et secondaires au Congo, et son service militaire, il est revenu au Gabon où il a gagné l’entourage du premier président du pays, Léon Mba, dont il est devenu le vice-président et le bras-droit. A la mort de ce dernier, en novembre 1967, il lui a succédé. Il a créé sa formation politique, le Parti Démocratique Gabonais (PDG), qui est demeuré le seul autorisé jusqu’en 1990. Unique candidat, il a été élu président en 1973, 1979 et 1986, avec des scores proches de 99%. En 1990, il a accepté que soit instauré le multipartisme. Mais les élections législatives et présidentielles qui ont eu lieu par la suite ont été décriées par l’opposition. En 1998, Omar Bongo a obtenu près de 67% des voix, et lors de la dernière en date, [en 2005, il a été officiellement élu avec 79,18 % des suffrages. L’opposition, avec à sa tête Pierre Mamboundou (Union du peuple gabonais, UPG), a dénoncé des fraudes massives.

Disparition d’un pilier de la Françafrique

Respecté pour son statut de doyen et son habileté politique, il a été sollicité à plusieurs reprises pour jouer le rôle de médiateur, dans des conflits en Afrique. L’année dernière encore, il l’était lors du « dialogue politique inclusif » engagé, en Centrafrique, entre le pouvoir en place, l’opposition, les rébellions et la société civile. Mais sans doute l’histoire retiendra-t-elle, en premier lieu, les rapports privilégiés qu’il entretenait avec la France et ses chefs d’Etat. Investi en 1967 avec la bénédiction du général de Gaulle et de son secrétaire général aux affaires africaines, Jacques Foccard, il avait conservé le soutien des présidents suivants, jusqu’à Nicolas Sarkozy qui l’avait reçu sur le perron de l’Elysée au lendemain de son élection et lui avait rendu visite lors de son premier voyage présidentiel sur le continent. « L’Afrique sans la France, c’est la voiture sans le chauffeur. La France sans l’Afrique, c’est une voiture sans carburant », aimait à dire Omar Bongo. En effet, le Gabon a d’importantes ressources naturelles (les hydrocarbures représentent la moitié du PNB) dont sait profiter la France et ses entreprises. Et la position stratégique du pays, idéalement placé pour intervenir au Tchad ou en République centrafricaine, sied à Paris qui dispose d’une base militaire à Libreville.

Toutefois, depuis deux ans, Omar Bongo et son entourage se sentaient trahis par la France, dont la justice traquait les « biens mal acquis » – leur patrimoine dans l’Hexagone soupçonné d’avoir été acheté avec de l’argent public détourné. Et le 19 mai dernier, le juge d’exécution du tribunal de grande instance de Paris refusait d’ordonner la mainlevée des saisies de neuf comptes bancaires appartenant au président Omar Bongo Ondimba, dans le cadre de l’affaire Cardona.

Depuis la « suspension » des activités d’Omar Bongo Ondimba, Libreville fonctionnait au ralenti et les rumeurs allaient bon train quant à sa succession. Le leader de l’opposition, Pierre Mamboundou (UPG), déclarait même, samedi 30 mai, au cours d’une conférence de presse à Libreville, qu’un coup d’Etat était en préparation, mais sans en nommer les auteurs présumés. D’aucuns estiment que le fils du président décédé, Ali Bongo, succédera à son père quelle que soit la volonté des Gabonais dont le niveau de vie moyen demeure désespérément bas, en dépit des colossales ressources pétrolières, minières et sylvicoles extraites de leur pays.

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