
À Nosy Be, l’association Nosy Save Animals alerte sur le recours récurrent à l’empoisonnement des chiens errants, une méthode qu’elle juge cruelle, dangereuse et inefficace. Elle appelle les autorités locales, les vétérinaires et les acteurs du tourisme à privilégier une gestion durable de la population canine, fondée sur la stérilisation, la vaccination, l’identification et la sensibilisation. Interview.
Alors que de nouvelles inquiétudes sont apparues autour d’un possible projet d’empoisonnement de chiens errants à Nosy Be, Nosy Save Animals dénonce une pratique ancienne sur l’île. Selon l’association, ces opérations, utilisées comme moyen de régulation de la population canine, auraient déjà touché plusieurs milliers d’animaux au fil des années. Elles concerneraient aussi bien des chiens errants que des chiens stérilisés, vaccinés ou appartenant à des familles, tout en posant des questions de santé publique, d’environnement et d’image touristique.
Des campagnes d’empoisonnement anciennes à Nosy Be
Concernant le projet d’empoisonnement des chiens errants à Nosy Be : avez-vous pu identifier l’origine de cette initiative ou les acteurs qui pourraient la mettre en œuvre ?
Les campagnes d’empoisonnement des chiens errants à Nosy Be existent depuis de nombreuses années et sont utilisées comme moyen de régulation de la population canine. En règle générale, elles auraient lieu environ deux fois par an.
Ces opérations seraient généralement mises en œuvre par les autorités locales, avec la collaboration d’équipes intervenant sur le terrain et de services de l’État.
Certains acteurs économiques locaux seraient également, ponctuellement, à l’origine de ces demandes ou contribueraient à leur financement. Certaines croyances culturelles autour des chiens peuvent aussi influencer la perception de la population canine par une partie des habitants.
Combien d’animaux auraient été touchés par les empoisonnements et disposez-vous de témoignages ou de preuves recueillis par des habitants ou par Nosy Save Animals ?
En l’absence de recensement officiel, il est difficile d’établir un chiffre précis. Toutefois, au fil des années, plusieurs milliers de chiens auraient été touchés lors de ces campagnes. Des habitants rapportent avoir vu des camions ramasser jusqu’à 250 chiens par jour, certains estimant que ce nombre pouvait parfois approcher les 300.
Selon les témoignages recueillis localement, on peut estimer qu’entre 300 et 500 chiens seraient touchés lors d’une campagne, même s’il reste difficile d’obtenir des données précises.
Ces opérations ont également concerné des chiens stérilisés et vaccinés, y compris dans des zones ayant fait l’objet d’anciennes campagnes de stérilisation. Des chiens appartenant à des familles auraient aussi été victimes de ces empoisonnements.
Nosy Save Animals et des habitants disposent de nombreux témoignages, photographies et vidéos documentant les conséquences de ces opérations, ainsi que de plusieurs récits de familles ayant perdu leur chien.
Des conséquences pour les animaux, les enfants et l’environnement
Pouvez-vous nous expliquer les conséquences que ces empoisonnements peuvent avoir pour les animaux domestiques, les enfants et l’environnement local ?
Les conséquences de ces empoisonnements sont nombreuses.
Pour les animaux domestiques, le poison ne fait aucune différence entre un chien errant, un chien stérilisé, vacciné ou appartenant à une famille. Des animaux de compagnie peuvent ainsi être touchés accidentellement.
En tant que responsable de Nosy Save Animals, j’ai moi-même perdu mon chien, Nosy, à la suite de ces campagnes, tout comme plusieurs de mes amis ont perdu leur animal.
Pour les enfants, l’exposition répétée à des scènes de souffrance animale peut être particulièrement traumatisante. Dans le cadre de nos actions de sensibilisation, plus de 700 enfants ont déjà été sensibilisés sur l’île. Plusieurs élèves nous ont confié leur tristesse, leur peur ou leur incompréhension face à ces situations.
Ces campagnes peuvent également avoir des conséquences sur l’environnement local : contamination potentielle des sols, exposition d’autres animaux à des substances toxiques et présence de carcasses dans l’espace public.
Au-delà de la question animale, ces opérations soulèvent donc des enjeux plus larges de santé publique, d’éducation à la non-violence et d’image touristique pour l’île.
Stériliser, vacciner et identifier plutôt qu’empoisonner
Quelles solutions concrètes proposez-vous pour gérer durablement la population canine à Nosy Be ? Des programmes de stérilisation, vaccination ou identification sont-ils déjà possibles sur place ?
Nous travaillons actuellement au déploiement d’un plan d’action progressif et durable pour la gestion de la population canine à Nosy Be.
Nous sommes notamment en train d’identifier précisément les différentes zones de l’île afin de distinguer les chiens appartenant à des familles des chiens errants ou semi-errants, de recenser les populations présentes et de définir des priorités d’intervention.
Cette démarche doit permettre de mettre en place des campagnes ciblées de stérilisation, de vaccination et d’identification des animaux, en priorisant les zones les plus concernées.
La sensibilisation constitue également un axe essentiel du projet. À ce jour, plus de 700 enfants ont déjà été sensibilisés sur l’île aux questions de bien-être animal et de cohabitation entre humains et animaux.
Pour mener à bien cette mission, nous lançons un appel aux vétérinaires, notamment aux vétérinaires internationaux souhaitant venir à Nosy Be dans le cadre de missions humanitaires. Nous souhaitons organiser une ou plusieurs opérations de stérilisation, de vaccination et de soins sur place.
Appel au secteur touristique de Nosy Be
Nous lançons également un appel aux partenaires locaux, notamment aux acteurs du tourisme et aux hôteliers, afin de soutenir les actions de sensibilisation et le déploiement de solutions durables dans les différentes zones de l’île.
Nous sommes aujourd’hui engagés dans la mise en œuvre de ce plan d’action, avec l’ambition de construire une gestion durable, éthique et efficace de la population canine à Nosy Be.
5. Avez-vous demandé un dialogue avec les autorités locales, les vétérinaires ou les acteurs touristiques de l’île ?
Oui. Depuis plusieurs semaines, nous avons engagé un dialogue avec les autorités locales, les vétérinaires et de nombreux acteurs du tourisme à Nosy Be.
Un dossier présentant des alternatives durables aux campagnes d’empoisonnement a été remis aux autorités municipales. Plusieurs vétérinaires locaux et internationaux soutiennent une approche fondée sur la stérilisation, la vaccination et l’identification.
De nombreux acteurs du tourisme ont également exprimé leurs préoccupations quant à l’impact de ces campagnes sur l’image de l’île et sur l’expérience des visiteurs.
Notre objectif n’est pas seulement d’obtenir l’arrêt d’une campagne ponctuelle, mais de construire, avec l’ensemble des acteurs concernés, une stratégie durable pour les années à venir.
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