
La célébration de la Journée internationale de la femme africaine a donné lieu à l’organisation d’une série d’activités et d’échanges, ce vendredi, au Centre de cultures Akanga de Porto-Novo, au Bénin. Aux commandes, une femme polyvalente. Jeki Esso, la directrice du Centre Akanga, arbore plusieurs casquettes. Auteure, illustratrice, chanteuse, compositrice, elle est également danseuse et peintre. Elle a accordé un entretien exclusif pour Afrik.com à la fin de la journée.
Afrik.com : Bonsoir madame, vous êtes la directrice du Centre de cultures Akanga de Porto-Novo. Vous venez de clôturer la célébration de la Journée de la femme africaine. Quelles sont vos impressions à la fin de cette cérémonie que vous avez organisée ?
Jeki Esso : Je suis ravie de l’affluence, je ne m’y attendais pas, et surtout l’arrivée de plusieurs personnes qui ne sont pas de Porto-Novo, des gens ont quitté Abomey-Calavi, des gens ont quitté Cotonou. Vraiment, j’appréhendais beaucoup cette journée parce que je ne pensais pas que cela intéresse autant de monde, et je suis ravie aussi surtout de la qualité des échanges.
On a eu des panélistes vraiment de haut niveau sur les deux tables rondes, le premier panel portait sur le thème : « Quelles sont les conditions qui favorisent la créativité d’une femme au XXIe siècle ? », et le deuxième, c’était « Échange intergénérationnel ». Donc il y avait deux aînées face à deux plus jeunes et qui sont toutes des créatrices, des entrepreneures, des femmes leaders. On a essayé de voir le lien de transmission entre le passé et le présent. Je crois que nous avons tous été édifiés.
Afrik.com : Qu’est-ce qui motive le Centre Akanga à célébrer cette journée qui n’est pas particulièrement connue ?
Jeki Esso : Mais c’est justement dans nos missions en tant que centre culturel de faire rayonner l’Afrique, de faire émerger notre histoire méconnue et nous réapproprier notre africanité. Parce que malheureusement nous avons une jeunesse qui est très tournée vers l’extérieur alors que nous avons énormément de richesses chez nous. Ces jours-ci, pendant qu’on communiquait sur la journée, il y a eu des personnes qui m’ont posé des questions et qui me demandaient : mais à quoi ça sert de faire le 31 juillet Journée des femmes africaines alors qu’il y a déjà le 8 mars ? Est-ce que le 8 mars ce n’est pas suffisant ? C’est pour tout le monde.
Eh bien, sachez que le 8 mars a été officiellement institutionnalisé en 1977. Or le 31 juillet plonge ses racines en 1962, même si la célébration de la journée est devenue effective en 1974. Vous voyez donc c’est antérieur. Mais disons que quand quelque chose vient de l’Occident, c’est immédiatement international, universel, et quand c’est créé par nous-mêmes, ça ne nous intéresse pas nous-mêmes les Africains, puisqu’encore comme je l’ai dit tout à l’heure, notre jeunesse est plus tournée vers l’extérieur ; donc elle prend tout ce qui vient d’ailleurs.
Mais disons que le 8 mars est, je peux dire, complémentaire du 31 juillet parce que le 8 mars c’est une lutte syndicale, c’est une lutte ouvrière, ça concerne surtout l’égalité des genres ; alors que le 31 juillet, c’est une lutte politique. Les femmes africaines se sont réunies à Dar es Salam en Tanzanie en 1962, et elles ont créé la Conférence panafricaine des femmes et c’était pour accompagner la lutte anticoloniale.
On était en 1962, et il y avait plusieurs pays qui n’étaient pas encore indépendants, mais c’était déjà la vague des indépendances, il y avait l’apartheid qui était dans son feu le plus ardent. Elles avaient fait tout ça pour accompagner aussi le développement de l’Afrique ; voyez-vous, c’est différent des revendications du 8 mars. Donc il y a une justification à cette date-là, bien que les femmes africaines célèbrent aussi le 8 mars ; les femmes africaines ont leurs spécificités qui ne sont pas les réalités occidentales.
Afrik.com : quel appel avez-vous à lancer à l’endroit de la jeunesse africaine par rapport à cette célébration du 31 juillet ?
Jeki Esso : Je leur dirais de s’intéresser un peu plus à ce qui se passe, ce qui les concerne, ce qui nous concerne, ce qui concerne le continent africain, puisque chaque fois quand on essaye de creuser, on constate que l’Afrique a toujours une antériorité. Quand on dit aux gens que le 31 juillet est antérieur au 8 mars, ils sont étonnés, mais c’est le cas, ce sont eux qui sont sur les réseaux sociaux, qu’ils aillent voir, ils verront que le 31 juillet est antérieur. C’est comme pour l’année, le calendrier. Le calendrier africain est antérieur au calendrier grégorien que nous connaissons, sous lequel nous vivons.
Je demande à la jeunesse de s’intéresser à ce qui existe sur le continent, de s’intéresser à l’histoire du continent et surtout de croire quand un Africain leur dit une vérité, parce que la vérité ne doit pas toujours sonner blanche. Quand un Occidental dit quelque chose, on embrasse immédiatement. Quand c’est nous-mêmes, on dit comment ça, est-ce que c’est vrai, depuis quand, pourquoi. Et quand ce sont les autres, on ne questionne pas. Voilà un peu ce que je pourrais leur demander, d’être un peu plus ouverts, disons, à une vérité ou bien un fait raconté par un Africain.





