
Le nord-est du Nigeria replonge dans une nouvelle vague de violences. Dans la région stratégique du lac Tchad, une offensive d’envergure a ciblé les forces régulières. Cette attaque rappelle la fragilité persistante de la situation sécuritaire.
Quinze ans après le début du conflit, la zone reste profondément meurtrie.
Un assaut coordonné sur Cross Kauwa
L’attaque s’est déroulée avec une précision tactique redoutable dans le village de Cross Kauwa, situé à une vingtaine de kilomètres du centre de pêche névralgique de Baga. Selon des sources sécuritaires concordantes, environ soixante-dix combattants affiliés à l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) ont fondu sur la base militaire à bord de motocyclettes. Le face-à-face, d’une rare violence, a tourné au désavantage des troupes gouvernementales. Le bilan humain est lourd avec huit soldats tombés au front et vingt-trois autres blessés. Au-delà des pertes humaines, les assaillants ont infligé un revers matériel significatif en incendiant les installations et onze véhicules blindés, tout en s’emparant de pièces d’artillerie antiaérienne avant de se replier vers leurs sanctuaires insulaires.
Une recrudescence des offensives sur plusieurs fronts
Ce raid n’est pas un incident isolé mais semble s’inscrire dans une stratégie de harcèlement global. Durant le même week-end, l’État de Borno a été le théâtre de deux autres offensives majeures. À Mandaragirau, non loin de la forêt de Sambisa, les insurgés ont de nouveau frappé, tandis qu’à Pulka, près de la frontière camerounaise, les combattants de Boko Haram ont tenté de submerger une autre position militaire. Si cette dernière attaque a pu être repoussée grâce à l’intervention de renforts, les dégâts matériels soulignent la capacité de projection intacte des groupes djihadistes malgré les opérations de nettoyage menées par l’armée nigériane.
L’appui international face à l’enlisement du conflit
Depuis le déclenchement de l’insurrection en 2009, le décompte macabre ne cesse de s’alourdir avec plus de 40 000 morts et deux millions de déplacés internes. Face à cette instabilité chronique qui déborde désormais sur le Niger, le Tchad et le Cameroun, la réponse militaire s’internationalise davantage. Les États-Unis ont récemment concrétisé un engagement technique renforcé en déployant deux cents militaires sur le sol nigérian. Une première centaine d’instructeurs a déjà pris ses quartiers sur la base de Bauchi, avec pour mission de fournir un appui tactique et des formations spécialisées afin de tenter d’inverser le rapport de force sur le terrain.



