
Une héroïne noire, une Afrique réinventée, des rythmes caribéens transformés en pouvoirs : avec Nalany, Le son de la rébellion, le scénariste Olivier Mery et le dessinateur Alexandre Chair proposent un shōnen qui emprunte les codes du manga japonais pour construire un imaginaire profondément afro-caribéen. Le premier tome est disponible chez Caraïbéditions.
À première vue, Nalany respecte les grands codes du shōnen avec une héroïne adolescente, une quête de liberté, des pouvoirs qu’il faudra apprendre à maîtriser et un vaste monde à découvrir. Mais derrière cette architecture familière se dessine un univers beaucoup moins conventionnel.
Nalany a 15 ans et vit sur une île étroitement surveillée dont il est interdit de franchir les frontières. Son ambition est de conquérir sa propre liberté et de participer à celle de son peuple. Son voyage doit notamment la conduire en Aazania, décrite par les auteurs comme « une Afrique fictive… mais pas totalement ». Sur la carte imaginée pour le récit apparaissent ainsi Dakara, Bamak, mais aussi Cayenna ou Lamentina, autant de noms qui font se rencontrer, sous une forme à peine détournée, Afrique de l’Ouest, Guyane et Antilles.
Une Afrique qui n’est plus seulement un décor
Dans Nalany, l’Afrique et les cultures issues de la diaspora structurent l’univers, les pouvoirs et une partie du récit.
Nalany maîtrise ainsi le Ka, une énergie spirituelle liée à la vibration. Le combat associe rythme, danse, puissance physique et dimension spirituelle. L’apprentissage du personnage doit passer par sept rythmes du « Gros Ka », chacun associé à une émotion et à une nouvelle étape dans la maîtrise de son pouvoir.
Cette place donnée au tambour et au rythme évoque naturellement le gwo ka guadeloupéen. Afrik.com racontait déjà, à travers le musicien Dominik Coco, comment cette tradition musicale caribéenne reste profondément liée à la mémoire africaine et à la recherche des racines.
Du manga japonais à un imaginaire afro-caribéen
Le pari de Nalany est donc moins de créer un « manga africain » au sens strict que de s’approprier un langage graphique devenu mondial. Les auteurs revendiquent d’ailleurs un « shōnen sans frontières », nourri à la fois de cultures africaines, caribéennes et de références historiques.
Cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large. Longtemps marginalisée dans l’édition internationale, la bande dessinée africaine gagne en visibilité, avec des créateurs qui cherchent de moins en moins à reproduire simplement les modèles européens ou japonais. Afrik.com revenait récemment sur cette histoire à travers le travail de Christophe Cassiau-Haurie, qui documente depuis plus de vingt ans l’extraordinaire diversité du neuvième art africain.
Nalany emprunte un autre chemin : celui d’une création née dans l’espace caribéen mais qui remet l’Afrique au cœur de son imaginaire. Le continent n’y apparaît pas comme un territoire lointain. Il devient l’une des sources d’un univers fantastique dans lequel Dakar, Bamako, la Guadeloupe et les codes du manga peuvent appartenir au même monde.
Avec Le son de la rébellion, Olivier Mery au scénario et Alexandre Chair au dessin tentent ainsi une forme de synthèse : faire du shōnen un véhicule pour raconter autrement les héritages africains et caribéens. Une manière, aussi, de rappeler que le manga est depuis longtemps sorti des frontières du Japon.





