Maroc : avec le procès Zineb El Kharroubi, la GenZ 212 entre dans le prétoire


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Zineb El Kharroubi
Zineb El Kharroubi

Franco-marocaine de 28 ans installée à Paris, Zineb El Kharroubi est poursuivie au Maroc pour des publications liées au mouvement GenZ 212. Lors de l’audience de lundi, sa défense a soulevé plusieurs vices de procédure. Renvoyé au 15 juin, le procès s’impose comme un test judiciaire sur la contestation numérique et le rôle de la diaspora.

Le procès de Zineb El Kharroubi a changé de nature depuis l’audience du lundi 2 juin. Il ne porte plus seulement sur ses trois publications sur les réseaux sociaux ayant conduit à son arrestation à son arrivée au Maroc, il est devenu un dossier-test sur la manière dont le Maroc entend traiter les relais numériques et diasporiques de la GenZ 212. Après la violence et l’impunité policière des arrestations lors des manifestations, puis la sévérité hors norme de la justice de Mohammed VI envers une jeunesse accusée d’avoir seulement demandé plus d’équité pour soutenir le secteur de la santé et la lutte contre le népotisme, c’est maintenant le tour de la diaspora d’être mise sous pression.

Le procès symbolique de Zineb El Kharroubi

Installée à Paris, active au sein de la branche française du mouvement, la jeune femme avait été interpellée le 12 février à son arrivée à l’aéroport de Marrakech, où elle se rendait pour des raisons familiales. Son nom est depuis devenu pour la jeunesse l’un des symboles judiciaires d’une contestation qui, après avoir occupé la rue à l’automne 2025, se retrouve désormais dans les tribunaux. Elle représente aussi la face cachée du Maroc que la France d’Emmanuel Macron, pourtant prompte à défendre ses citoyens enfermés en Algérie, refuse de voir et de condamner.

L’audience de lundi n’a pas permis d’entrer dans le fond du dossier. La défense a d’abord choisi de contester la procédure, soutenant notamment que Zineb El Kharroubi n’avait pas été informée immédiatement des motifs de son interpellation. Le parquet ennuyé par la question a demandé un délai pour répondre à ces arguments. Le procès, ouvert le 23 février, a donc été renvoyé au 15 juin. Le fait de faire trainer les procès est une technique souvent utilisé par le pouvoir au Maroc pour décourager accusés.

Trois publications au cœur du dossier

Zineb El Kharroubi est poursuivie pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique », en lien avec les mobilisations de la GenZ 212. Selon la défense, les poursuites reposeraient sur des publications liées à un appel à rassemblement à Paris, à des recommandations militantes et à une affiche du collectif.

Les avocats de la jeune femme font valoir que l’accusation ne caractérise pas clairement le crime ou le délit auquel elle aurait appelé. En effet, être poursuivie pour appel à commettre des crimes et délit alors qu’on a seulement appelé à manifester en France pour soutenir les hopitaux au Maroc paraît juridiquement peu défendable pour le pouvoir politique.

GENZ 212 Maroc
GENZ 212 Maroc

En réalité, la justice marocaine ne juge pas seulement des messages publiés en ligne. Elle cherche à fixer la frontière entre expression militante, relais d’un mouvement social et incitation pénale. La frontière est d’autant plus délicate que la GenZ 212 s’est construite en dehors des cadres traditionnels de l’opposition, sans parti, ni syndicat, ni structure hiérarchisée. En outre, la contestation n’est pas contre le pouvoir, mais autour de revendications simples : santé, éducation, justice sociale, lutte contre la corruption. Des demanandes légitimes qui ont touché le pouvoir qui s’est reconnu dans ces accusations.

La diaspora dans le viseur

Le cas Zineb El Kharroubi soulève la question de la diaspora marocaine. Depuis Paris, la militante participait à la visibilité de GenZ 212 France, relais du mouvement de l’autre côté de la Méditerranée. Selon Le Monde, elle avait contribué à animer cette antenne française du collectif, aux côtés d’étudiants et de jeunes actifs marocains installés à l’étranger.

Son arrestation à Marrakech a été perçue par ses soutiens comme un avertissement. Désormais, une activité militante menée depuis la France peut suivre une binationale jusqu’à un tribunal marocain. Les autorités, elles, inscrivent la procédure dans le cadre du droit pénal et de la lutte contre l’incitation à des troubles mais la volonté de ne pas permettre au mouvement de redémarrer est clairement assumée. Pour les défenseurs de la militante, le dossier illustre une criminalisation de la parole politique, surtout lorsqu’elle circule sur les plateformes numériques en dehors de tout canal institutionnel.

Le 15 juin, la justice devra dire si les arguments de procédure fragilisent le dossier ou si le procès peut se poursuivre sur le fond. Mais le symbole est déjà installé et avec Zineb El Kharroubi, la GenZ 212 est entrée dans le prétoire sous le regard des médias internationaux.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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