Maroc : la jeune fille, le viol et la justice

Indignation au Maroc. Une jeune femme violée par un parlementaire marocain est aujourd’hui derrière les barreaux pour outrage à magistrat. Ironie du sort, le mis en cause dans cette affaire de viol a été acquitté.

Haro sur la justice marocaine. Samedi dernier nous relations, dans un édito, l’histoire de cette jeune femme violée par un parlementaire marocain, un représentant du peuple condamné à un an de prison en première instance. Mais voilà, Hassan Arif, le présumé violeur, a été acquitté lors du procès en appel qui s’est déroulé vendredi 18 janvier. Outrée par la décision du juge, la victime a exprimé sa colère lors du procès. Résultat, elle est aujourd’hui en prison pour « outrage à magistrat ». Hassan Arif, lui, a repris sereinement ses activités politiques.

D’après Khadija Ryadi, présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH), cette décision n’étonne et reflète parfaitement la manière dont sont traitées, au Maroc, les femmes victimes de viol. « La victime est en prison et le violeur est libre. Elle savait bien que ça allait se passer comme ça car c’est ce même juge qui a eu le dossier en premier lieu et qui l’avait classé », déclare la militante des droits de l’Homme. Amitié, entente cordiale entre le parlementaire et le juge, pots-de-vin… Il semble que tout était réuni pour faire d’Hassan Arif un homme libre. « Nous suivons en tout cas cette affaire de très près », assure la présidente de l’AMDH.

Un pas en avant, deux pas en arrière

Parallèlement à cette rétrogradation de la justice marocaine, le gouvernement a annoncé l’adoption à l’unanimité d’un amendement de l’article 475 du Code pénal. Le deuxième paragraphe du texte, qui sera supprimé, permettait aux violeurs de se marier avec leur victime (mineure) afin d’échapper à la prison. La Commission de la justice et de la législation de la Chambre des Conseillers a en plus durci les peines à l’encontre des violeurs.

Trois nouveaux amendements ont été introduits dans l’article. Détourner une mineure sans passage à l’acte sexuel sera passible de 1 à 5 ans de prison. En cas de détournement de mineures avec rapport sexuel, la peine de prison sera plus sévère. Le violeur sera condamné de 2 à 10 ans de prison ferme. Le dernier amendement précise que si la fille est déflorée, la peine d’emprisonnement peut aller jusqu’à 30 ans. « Il s’agit d’un amendement proposé par le gouvernement, il ne devrait donc pas y avoir de problème pour qu’il soit validé. Les choses commencent à bouger », assure Khadija Ryadi.

Nous avons encore à l’esprit le drame Amina el Filali, cette jeune fille de 15 ans violée puis contrainte d’épouser son bourreau pour que celui-ci échappe à la prison. Deux chocs qui l’ont conduite droit au suicide. Sa mort avait ému le Maroc. Au début du mois, c’est Nora une « bonne » âgée de 19 ans qui a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant du haut d’un immeuble. Elle est aujourd’hui saine et sauve. Dans une interview accordée à Febrayer.com, elle explique les raisons de son geste. Rejetée par sa famille, Nora a, elle aussi, été victime de viol.

Qu’en sera-t-il de cette nouvelle affaire de viol qui met en cause un parlementaire ? L’affaire doit être présentée, en ultime recours, devant le juge de la Cour suprême. Hassan Arif finira-t-il par être condamné ? Est-ce que la justice marocaine continuera-t-elle d’acquitter sans relâche les riches et les personnes haut placées ? En attendant de connaître l’ultime décision, une victime de viol, qui a eu un enfant, fruit de ce viol, purge actuellement une peine de prison. Pour information, les tests ADN effectués par la Gendarmerie royale ont démontré qu’Hassan Arif est le père de cet enfant.