Tentative de suicide au Maroc : interview de Nora, la « petite bonne »

La tentative de suicide d’une « petite bonne », Nora, la semaine dernière à Casablanca avait bouleversé le Maroc. Elle explique les raisons qui l’ont poussé à se jeter du quatrième étage d’un immeuble.

Nora, la « petite bonne » devenue « bonne » en raison de son âge, 19 ans, a commencé le travail à domicile à l’âge de 13/14 ans. La semaine dernière, elle a tenté de mettre fin à ses jours en se jetant du haut d’un immeuble du quartier Bourgogne, à Casablanca. Pour Febrayer.com, Nora, actuellement hospitalisée, s’est exprimée en exclusivité sur les raisons qui l’ont conduit droit dans le vide.

(Traduction dans le texte ci-après)

« Je n’ai jamais été à l’école, mes parents n’ont pas voulu m’y envoyer », regrette Nora qui en dehors de l’année, 1994, ne connaît ni le jour et ni le mois de sa date de naissance. Pourtant, ses frères et sœurs ont été à l’école. « Je ne comprends pas pourquoi ils ne m’ont pas envoyé moi aussi, j’ai l’impression d’avoir été adopté ». Le cadre est posé. Nora est rejetée par sa propre famille qui décide de la mettre à disposition de riches particuliers pour exercer le travail de « petite bonne ». Une manière pour la famille de gagner un peu d’argent.

Violée, meurtrie

En 2010, elle explique avoir été victime d’un viol à Marrakech. Sa famille refuse de porter plainte et préfère de nouveau l’a rejeter. Nora, qui explique avoir terriblement souffert, a tenté de mettre fin une première fois à sa vie en essayant de se couper les veines. Sa famille a à peine réagi après ce drame. Ils ne l’ont même pas emmené à l’hôpital pour qu’elle se fasse recoudre. Nora, qui n’a qu’une seule envie, retrouver une vie calme et paisible au sein de sa famille, annonce à sa mère qu’elle n’a plus envie de faire la « bonne ». La mère refuse et l’oblige à retourner chez ses employeurs. C’est à ce moment-là qu’elle décide de mettre un terme une bonne fois pour toute à ses souffrances. Elle monte sur le toit de l’immeuble où elle travaille, le concierge de l’immeuble tente de la retenir, en vain. Elle saute et atterrit sur un militaire à la retraite qui voulait la sauver. Le héros décède, la jeune fille est sauvée. Après deux jours de coma, elle revient à elle.

Nora conclu l’interview en énumérant les noms de toutes les patronnes qu’elle a eu : « J’ai travaillé chez Zohra, Esma, Zineb, Imane et Myriam. Le problème n’était pas ces gens chez qui j’ai travaillé. Ils m’ont toujours bien traité. Le vrai problème, c’était ma famille. » Son avenir, Nora ne l’envisage désormais plus au côté de sa famille ni même à faire le ménage. Elle aspire à une vie meilleure, à commencer par aller à l’école…

A ce jour, aucun chiffre ne permet de déterminer avec exactitude le nombre de « petites bonnes » employées au Maroc. Mais selon le Haut-Commissariat au plan, près de 123 000 enfants de moins de 15 ans, toute catégorie de travail confondue, sont employés au Maroc.