Marc-Olivier Fogiel s’explique

Marc-Olivier Fogiel a souhaité accorder une interview à Afrik.com, ce vendredi, « pour ne pas laisser dire n’importe quoi ». Une remarque qui fait référence à l’entretien que nous avions accordé à Dieudonné, mardi, sur l’affaire du SMS « raciste ». L’animateur de On ne pas plaire à tout le monde répond sans détour, et avec calme, aux accusations de l’humoriste franco-camerounais.

Après s’être exprimé, « à leur demande », chez RFI et RFO, le présentateur de On ne pas plaire à tout le monde a contacté Afrik.com pour expliquer sa vision de l’affaire du SMS « raciste ». Le présentateur vedette de France 3 a pris cette décision après avoir lu l’interview que nous avions accordé, mardi, à Dieudonné. L’humoriste franco-camerounais l’accuse notamment de fuir ses responsabilités en faisant appel de sa condamnation pour la diffusion du message jugé « raciste ». Marc-Olivier Fogiel reconnaît ses torts et sort de l’ombre pour, explique-t-il, éviter un embrasement de la situation.

Afrik.com : RFI et RFO Vous ont demandé des interviews. Afrik.com est-il le premier média afro que vous contactez ?

Marc-Olivier Fogiel :
Oui, parce qu’on m’a donné ce matin (vendredi, ndlr) l’interview que Dieudonné avait faite chez vous et que je pense qu’il faut informer des choses telles qu’elles se sont passées et pas laisser dire n’importe quoi.

Afrik.com : Quand l’affaire du SMS est sortie, vous avez fait circuler une lettre d’excuses à la communauté noire…

Marc-Olivier Fogiel :
Oui. J’avais d’ailleurs été sur toutes les radios pour m’excuser. J’ai fait la même démarche pour la presse et à l’antenne de France 3. Contrairement à l’idée qu’essaye de développer Dieudonné aujourd’hui, je n’ai pas attendu une condamnation en première instance pour m’excuser. Je l’aurais fait de toute façon. Pour le SMS, qui n’a pas été fabriqué contrairement à ce qu’il raconte, l’intention au départ n’était pas du tout de blesser. A partir du moment où il blesse des gens qui vivent déjà, en plus, dans une souffrance, c’était la moindre des choses que je m’excuse.

Afrik.com : Vous dites que ce SMS n’a pas été fabriqué. Alors vous démentez ce qu’affirme Dieudonné ?

Marc-Olivier Fogiel :
Ecoutez, ce n’est pas la parole de l’un contre la parole de l’autre. Il y a une réalité : nous avons reçu 2 300 SMS le soir du sketch de Dieudonné. Tellement de SMS d’ailleurs que ça a fait « bugger » la machine. On a décidé d’en passer 16 la semaine qui a suivi, en accord avec France 3, en édulcorant ce qu’on a reçu. Ces SMS arrivent dans une machine à France Télévisions, qui n’est d’ailleurs pas ma propriété, et on a communiqué à la justice les 2 300 SMS avec le disque dur de l’ordinateur, de façon à ce qu’il n’y ait pas de doute. Après, Dieudonné utilise des bouts de phrases d’un garçon qui travaille ici et qui a dit : « Oui, j’ai écrit ce SMS sur la base des 2 300 que j’ai reçus ». Mais Dieudonné n’utilise que la phrase : « J’ai écrit ce SMS ». Ce SMS, ce garçon ne l’a pas inventé. D’ailleurs, la meilleure preuve, c’est que la première plainte qu’avait déposée Dieudonné avait été classée sans suite parce que justement ces SMS ont une existence matérielle.

Afrik.com : Si l’on résume, c’est un vrai SMS…

Marc-Olivier Fogiel :
Un SMS qui a été condensé et qui a même plutôt été édulcoré, vu la violence des SMS reçus, puisque le départ de tout ça, c’était ce sketch de Dieudonné (où il imitait un juif orthodoxe, ndlr) qui avait été extrêmement mal ressenti.

Afrik.com : Vous expliquez que le SMS ne se voulait pas raciste. Mais comprenez-vous qu’à sa diffusion une partie de la communauté noire se soit sentie insultée ?

Marc-Olivier Fogiel :
Je le comprends. Ce n’était pas le but. Le but était de dire qu’on ne pouvait pas monter deux communautés l’une contre l’autre. Il n’a pas été reçu comme ça et je le comprends bien. Alors je renouvelle mes excuses.

Afrik.com : Comment votre lettre d’excuses a-t-elle été reçue par la communauté afro ?

Marc-Olivier Fogiel :
C’est une communauté que je connais mal, mais c’est une communauté qui est partagée. J’ai reçu beaucoup de témoignages de soutien et de sympathie d’une partie de la communauté afro. Mais il reste une partie qui est mal informée et qui n’a pas été au courant de ces excuses, puisque Dieudonné essaye de faire comme si elles n’avaient pas eu lieu. Et cette partie-là, qui semble être en colère aujourd’hui, c’est celle qui doit certainement souffrir le plus et c’est elle que Dieudonné utilise pour essayer d’attiser le feu, d’une certaine manière.

Afrik.com : Vous n’envisagez pas de démissionner. Ne craignez-vous pas que la communauté afro se dise que vous méprisez leur souffrance ?

Marc-Olivier Fogiel :
Non, parce que ce que je fais à l’antenne depuis des années, et notamment encore dimanche dernier, c’est d’essayer de me battre pour que leur souffrance soit prise en compte et de faire des émissions où elle est prise en compte et où on se bat contre l’intolérance. Je pense, qu’au contraire, l’objet de mon travail c’est de lutter contre la discrimination et pour la tolérance. Donc je pense être utile là où je suis.

Afrik.com : Vous voulez en finir avec la surenchère. Accepter la condamnation n’aurait-il pas été la solution ?

Marc-Olivier Fogiel :
Au début, j’ai fait appel parce que, n’étant évidemment pas raciste, je voulais d’abord laver mon honneur. Et puis aujourd’hui je me dis que si on est relaxé en appel (c’est peut-être possible puisque Dieudonné a bien été condamné en première instance et pourtant relaxé en appel) Dieudonné va dire : « Regardez ! Même la justice est contre la communauté noire ! » Ce qui est évidemment faux. Je ne veux pas lui donner la possibilité de faire encore plus de mal à une communauté qui souffre. Donc, j’envisage de ne pas poursuivre l’appel.

Afrik.com : Votre émission a suscité deux polémiques : une avec Brigitte Bardot et une autre avec Dieudonné…

Marc-Olivier Fogiel :
Je me suis opposé, à une heure de grande écoute, aux idées qu’elle développait dans un livre et que je trouvais absolument racistes, entre autres, envers la communauté antillaise. Ça a eu pas mal de répercussions. J’ai notamment reçu des lettres et des cercueils chez moi, pendant assez longtemps, sur le thème : « On va te faire brûler » comme cette communauté qu’elle pointait du doigt. Aujourd’hui, je trouve ça hallucinant que Dieudonné arrive à faire passer l’idée que je veux du mal à cette communauté alors qu’au contraire, j’ai pris position très fermement contre Brigitte Bardot et que ça m’a valu quelques problèmes.

Afrik.com : Etiez-vous au courant de la manifestation de dimanche 9 octobre ?

Marc-Olivier Fogiel :
Ça fait plusieurs fois que Dieudonné appelle à manifester, donc j’avais entendu parler de cette manifestation puisqu’il avait, en plus, fait une conférence de presse la veille. Je n’imaginais pas que cette fois-ci il serait entendu. J’ai été au courant en lisant une dépêche AFP dans laquelle il cite un certains nombre de personnalités qui l’ont soutenu. A part Stomy Bugsy, tout le monde m’a appelé pour me dire qu’il utilisait leur nom et que ce n’était pas vrai.

Afrik.com : Donc seul Stomy Bugsy serait du côté de Dieudonné ?

Marc-Olivier Fogiel :
Manifestement, il le soutient aujourd’hui. Mais je pense qu’il est mal informé parce que dans Le Parisien il dit, par exemple, que je n’ai jamais présenté mes excuses. C’est ce que doit lui dire Dieudonné, or ce n’est pas vrai. Je comprends que Stomy Bugsy soit en colère dès lors qu’il n’a pas les bonnes informations.

Afrik.com : Tenez-vous Dieudonné pour responsable de l’envahissement, dimanche, de votre plateau ?

Marc-Olivier Fogiel :
Je ne peux pas dire ça comme ça. Mais en tout cas, tous les gens qui ont l’habitude d’organiser des manifestations m’appellent les uns derrière les autres pour me dire : « Quand on arrive à une manifestation, son devoir, sa responsabilité, c’est d’être là dès le début pour qu’elle ne dégénère pas ». Dieudonné est arrivé 45 minutes après. Alors je ne sais pas s’il est responsable de l’envahissement du plateau, mais, pour le moins, il n’était pas là pour l’encadrer. Ça, ce sont des faits. De deux choses l’une : soit on appelle à une manifestation et on est là pour l’encadrer, soit on est pas là et on s’en va.

Afrik.com : Vous avez déclaré dimanche que Dieudonné vous a affirmé être « débordé » par la situation…

Marc-Olivier Fogiel :
C’est ce qu’il ma dit. Moi, je ne voulais pas dire dimanche des choses qu’il aurait pu ensuite utiliser en disant qu’il ne les a pas dites. C’est ce qu’il m’a dit. Je n’ai aucun avis. Je relate.

Afrik.com : Certains estiment que, lors de l’envahissement du plateau, vous vous êtes fait passer pour une victime, que vous avez cherché à inverser les rôles. Qu’en pensez-vous ?

Marc-Olivier Fogiel :
Franchement, j’ai passé l’âge. Dimanche, lors de l’envahissement du plateau, j’ai demandé aux gens de la sécurité de ne pas entrer dans une surenchère de violence. J’ai su ce qui s’était passé sur la Star Academy avec les intermittents du spectacle, avec des gens qui commençaient à être castagnés et à se retrouver à l’hôpital et je n’avais pas envie de ça. Ce qui m’importait, c’est qu’il n’y ait pas de violence. D’autant plus que, certains manifestants avaient des caméras et je ne voulais pas que ce soit utilisé pour dire : « Regardez ! En plus on nous casse la gueule ! » J’ai donc joué dimanche, au contraire, le côté pacifique et j’ai surtout demandé qu’il n’y ait pas de débordement. Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté, je ne suis pas victime dans l’histoire. Non seulement je n’ai pas envie de me faire passer pour une victime, mais je n’en suis pas une. Je suis juste quelqu’un de responsable qui a fait attention, dimanche, à ce que les choses ne débordent pas, qui s’est laissé débordé une fois justement avec ce sketch et qui ne veut pas que ça se reproduise. Mais je ne me considère pas comme une victime, je ne suis victime de rien. Je suis responsable et à partir du moment où il y a un débordement, je gère. C’est tout.

Afrik.com : Pensez-vous que Dieudonné soit dangereux ?

Marc-Olivier Fogiel :
La façon dont il manipule la réalité et les phrases qu’il lâche ici ou là depuis maintenant trop longtemps peuvent être dangereuses.

Afrik.com : Pensiez-vous que France 3 vous soutiendrait autant dans cette affaire ?

Marc-Olivier Fogiel :
Le soutien est de fait puisque que le SMS a été diffusé en accord avec France 3. Quand le sketch de Dieudonné a eu lieu le lundi soir – le sketch, il faut le rappeler, n’était pas prévu, il a changé ce qu’il était prévu de faire à l’antenne – il y a eu un émoi collectif. Le lendemain, c’était dans tous les journaux. Donc avec France 3 on s’est réuni pour décider de la conduite à tenir. Vu que beaucoup de gens avaient envoyé des SMS et qu’ils ne sont pas passés à l’antenne, il y a eu beaucoup de réclamations. C’est pour ça que nous avons décidé de diffusés les messages. D’ailleurs, entre parenthèses, dans les SMS diffusés, certains étaient contre moi : ils disaient que je m’étais laissé débordé, que je n’aurais pas dû inviter Dieudonné. D’autres SMS diffusés étaient pour Dieudonné. On a essayé de passer des SMS représentatifs de ce qui s’était passé. Je ne l’ai pas décidé seul, mais avec France 3. C’est pour ça qu’elle est solidaire. Il est normal que, dans une décision collective, France 3 soit solidaire.

Afrik.com : Certaines personnalités auraient été chargées par France télévision de désamorcer la crise. Info ou intox ?

Marc-Olivier Fogiel :
France Télévisions s’est effectivement demandé s’il ne fallait pas trouver quelqu’un qui fasse l’unanimité pour faire le médiateur.

Afrik.com : Avez-vous reçu des menaces concernant cette affaire ?

Marc-Olivier Fogiel :
Oui, j’ai reçu des menaces violentes.

Afrik.com : Vous ne semblez pas vouloir en dire plus…

Marc-Olivier Fogiel :
Non. Je n’ai pas envie d’utiliser tout ça.

Afrik.com : On a pu lire dans la presse que vous aviez renforcé la sécurité autour de vous…

Marc-Olivier Fogiel :
Non, autour du plateau.

Afrik.com : Et pour vous-même ? Vous n’avez pas de gardes du corps ?

Marc-Olivier Fogiel :
Non, je vis normalement.

Afrik.com : Cette affaire a-t-elle des répercussions sur votre travail ?

Marc-Olivier Fogiel :
J’ai notamment passé la semaine à essayer de dissiper les malentendus que Dieudonné veut entretenir. Donc, oui, il y a des répercussions sur mon travail.

Afrik.com : Etes-vous prêts à inviter de nouveau Dieudonné sur votre plateau en tant qu’artiste ?

Marc-Olivier Fogiel :
Si un jour il redevient drôle et qu’il s’est repositionné dans son rôle de comique – de comique même provocateur sur la société, ce qui est une bonne chose si c’est fait de façon responsable et pas avec des propos irresponsables comme il a pu tenir – ce jour-là, je ne dis pas que Dieudonné ne peut pas avoir sa place à la télévision. Aujourd’hui, je pense que ce n’est pas possible.

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