
Contestée par les groupes miniers étrangers et jugée risquée par une partie des investisseurs, la nouvelle politique aurifère du Mali produit ses premiers résultats financiers. En effet, les recettes versées à l’État ont atteint un record en 2025 et la valeur des exportations officielles a fortement progressé. Ce succès budgétaire doit toutefois beaucoup à la flambée des cours de l’or, et s’accompagne d’une chute de la production.
Le pari était loin d’être gagné en révisant profondément les règles du secteur aurifère, puis en engageant un bras de fer avec plusieurs compagnies étrangères, Bamako prenait le risque de voir les investissements se tarir et les mines ralentir. Deux ans plus tard, le bilan est plus contrasté que ne le laissaient craindre les scénarios les plus pessimistes. La production a certes reculé mais les versements des compagnies aurifères au Trésor public ont, eux, nettement progressé.
En 2025, les compagnies aurifères ont versé au Trésor malien un montant record de 888,5 milliards de francs CFA, contre 835,1 milliards en 2024. La progression atteint 6,4 % en un an. Elle prolonge surtout le bond spectaculaire enregistré l’année précédente : les recettes minières avaient alors augmenté de 52,5 %, passant de 547,6 milliards de francs CFA en 2023 à 835,1 milliards.
Autrement dit, en deux ans, les sommes tirées par l’État de l’exploitation aurifère ont progressé de plus de 60 %, un résultat qui donne du crédit à la stratégie de « souveraineté minière » défendue par les autorités de transition.
Un Code minier conçu pour retenir davantage de richesse
Adopté en 2023, le nouveau Code minier a renforcé la position de l’État dans les futurs projets. Bamako conserve une participation gratuite de 10 % et peut acquérir jusqu’à 20 % supplémentaires. Une part de 5 % peut également être réservée aux investisseurs maliens, portant à 35 % la participation nationale potentielle, contre 20 % sous le régime précédent.
La réforme a par ailleurs relevé certains prélèvements et supprimé plusieurs avantages fiscaux, tout en réduisant la portée des clauses qui garantissaient aux compagnies la stabilité des anciennes règles. Une loi sur le contenu local doit, de son côté, réserver une plus grande part des contrats et des emplois aux entreprises maliennes et mieux redistribuer les retombées économiques du secteur.
Dans les recettes encaissées en 2025, environ deux tiers proviennent des taxes, un peu plus de 10 % des droits de douane et environ un quart des revenus domaniaux, principalement des dividendes liés aux participations de l’État.
À cela s’ajoute le produit de l’audit général du secteur lancé en 2023. Selon le gouvernement, cette opération a permis de récupérer 761 milliards de francs CFA d’arriérés auprès des compagnies minières. Ce montant ne doit pas être automatiquement additionné aux recettes annuelles, une partie des paiements pouvant déjà figurer dans les comptes concernés. Il montre néanmoins l’ampleur des sommes que Bamako estime avoir récupérées grâce à sa politique de contrôle.
Le rapport de force imposé aux multinationales
Cette reprise en main n’a pas été négociée sans heurts. Le conflit le plus spectaculaire a opposé l’État malien au canadien Barrick Mining, exploitant du complexe géant de Loulo-Gounkoto. Bamako a bloqué les exportations du site, saisi trois tonnes d’or et fait détenir des responsables de l’entreprise, avant de placer la mine sous administration provisoire après la suspension de la production. Le différend a atteint un niveau rarement observé entre un État africain et un grand groupe minier occidental.
Après deux années de confrontation, un accord a finalement été conclu à la fin de 2025. Barrick a repris le contrôle opérationnel du complexe après avoir accepté un règlement financier évalué à 430 millions de dollars. Bamako avait également obtenu des accords ou des paiements d’autres opérateurs étrangers, notamment l’australien Resolute Mining.
À travers cet épisode, Bamako a clairement fait savoir que les anciennes conventions ne pouvaient plus garantir indéfiniment aux compagnies des conditions jugées défavorables au pays.
Davantage d’or apparaît dans les statistiques officielles
D’après l’Institut national de la statistique, la valeur des exportations officielles d’or est passée de 1 610 milliards de francs CFA en 2024 à 2 750 milliards en 2025. L’Afrique du Sud a absorbé 60,4 % de ces flux déclarés, devant les Émirats arabes unis et l’Australie.
Cette hausse tient largement à l’envolée du cours mondial de l’or. Elle traduit néanmoins une meilleure inscription de la richesse aurifère dans les comptes extérieurs maliens, alors qu’une part considérable de la production artisanale échappe encore aux circuits officiels.
Pour combler cette faille, le Mali a créé en 2026 l’Office malien des substances précieuses, chargé de centraliser et de surveiller les achats et les exportations. Près de deux millions de personnes travailleraient sur 350 à 400 sites artisanaux, mais entre 30 et 57 tonnes d’or malien pourraient encore sortir chaque année du pays sans être déclarées.
Le projet de raffinerie nationale lancé à Sénou complète ce dispositif. Détenue à 62 % par l’État et à 38 % par le groupe russe Yadran, l’installation doit pouvoir traiter 200 tonnes par an et favoriser la transformation locale.
Un succès financier qui reste à consolider
Cependant, la production industrielle a chuté de 22,9 % en 2025, tombant à 42,2 tonnes, notamment en raison de l’arrêt prolongé de Loulo-Gounkoto. Elle avait atteint 66,5 tonnes en 2023. Pour 2026, le ministère des Mines ne prévoit encore que 43,2 tonnes.
La hausse des recettes tient donc davantage à des cours internationaux exceptionnellement élevés et à des paiements extraordinaires obtenus lors des règlements de contentieux qu’à l’efficacité de la réforme. Mais sur le moyen terme, cela peut s’améliorer.
Bamako semble donc avoir gagné son premier pari de contraindre le secteur aurifère à contribuer davantage aux finances publiques. Désormais il faut aussi rassurer les investisseurs échaudés par deux années de tensions, et parvenir à intégrer l’or artisanal dans les circuits légaux sans casser la production. La reprise en main du secteur ne deviendra un modèle économique durable qu’à ces conditions.




