Mali : Assimi Goïta place le secteur aurifère sous tutelle présidentielle


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Hilaire Bebian Diarra
Hilaire Bebian Diarra

Le président de la transition a créé un ministère dédié à la supervision des mines, confié à un ancien cadre de Barrick Gold. Une reprise en main qui intervient en plein bras de fer avec les opérateurs étrangers.

Le général Assimi Goïta resserre son emprise sur l’or malien. Le président de la transition vient de créer un poste ministériel inédit, spécifiquement chargé de superviser le secteur minier, première source de revenus du pays. À sa tête : Hilaire Bebian Diarra, ancien cadre de la société canadienne Barrick Gold.

Un ministre au parcours atypique

Le profil du nouveau ministre ne manque pas de susciter des interrogations. Hilaire Bebian Diarra a quitté Barrick Gold en 2025, alors même qu’il participait aux négociations pour le compte de la multinationale concernant le complexe aurifère de Loulo-Gounkoto, la plus grande mine d’or industrielle du Mali. C’est en qualité de conseiller spécial de la présidence qu’il a rejoint le gouvernement de transition, au moment précis où éclatait le conflit entre Bamako et son ancien employeur.

Le décret portant sa nomination définit les attributions de ce nouveau ministère : superviser la mise en œuvre de la politique minière, contrôler le respect du code minier et examiner les rapports soumis par les titulaires de permis. Des prérogatives qui relevaient jusqu’alors du ministère des Mines.

Une stratégie de reprise en main

Cette réorganisation institutionnelle traduit la volonté de la junte de centraliser les décisions stratégiques du secteur aurifère au plus haut niveau de l’État. Désormais, les principaux permis d’exploitation, les négociations contractuelles et le contentieux avec Barrick Gold sont directement gérés par la présidence. Le ministère des Mines conserve les questions réglementaires, tandis que les aspects fiscaux reviennent au ministère des Finances.

Un contexte de tensions avec les opérateurs étrangers

La création de ce portefeuille ministériel s’inscrit dans une offensive plus large du gouvernement de transition sur le secteur minier. Le nouveau code minier promulgué en 2023 a permis à l’État malien de récupérer 761 milliards de francs CFA d’arriérés auprès des compagnies minières. Bamako réclame également une hausse des taxes et une participation accrue dans les projets aurifères.

Ces exigences ont provoqué de vives tensions avec les opérateurs, en particulier Barrick Gold. Selon les données du ministère des Mines, la production d’or industrielle a chuté de 23 % en 2025, conséquence directe du bras de fer engagé avec la multinationale canadienne.

En plaçant un ancien initié du secteur à la tête de ce nouveau ministère, le général Goïta entend manifestement conjuguer connaissance intime des pratiques des compagnies étrangères et loyauté envers le pouvoir de transition.

Franck Biyidi
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Franck Biyidi est diplômé de l'IRIC (Institut des Relations Internationales du Cameroun) je suis spécialiste des relations internationales au sein de la Francophonie et de l'Union Africaine et de tout ce qui touche la diplomatie en Afrique francophone
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