
Troisième producteur d’or du continent, le Mali a vu sa production industrielle chuter de près d’un quart en 2025. En cause : la suspension prolongée du complexe de Loulo-Gounkoto, victime d’un affrontement de deux ans entre la junte au pouvoir et le géant canadien Barrick Mining. Un accord a finalement été trouvé, mais le secteur mettra du temps à s’en remettre.
Les chiffres provisoires du ministère malien des Mines, rendus publics ce 16 janvier, confirment l’ampleur des dégâts : la production industrielle d’or a reculé de 22,9 % sur l’ensemble de l’année 2025. Une deuxième année consécutive de repli au même niveau que les 23 % déjà perdus en 2024. Pour ce pays sahélien où l’or représente la principale source de devises et près d’un dixième du PIB, le coup est rude.
Au cœur de cette hémorragie : l’arrêt quasi total du complexe de Loulo-Gounkoto, dans l’ouest du pays. Ce gisement, l’un des plus importants d’Afrique de l’Ouest, assurait à lui seul plus de 40 % de la production nationale. Son exploitant, le canadien Barrick Mining (anciennement Barrick Gold), a dû suspendre ses activités en janvier 2025, au paroxysme d’un conflit qui l’opposait aux autorités de Bamako.
Le nouveau code minier, détonateur de la crise
Tout a basculé en août 2023, lorsque le gouvernement de transition a promulgué un nouveau code minier. Le texte impose aux opérateurs étrangers de céder à l’État une participation d’au moins 30 % dans leurs projets, contre 20 % auparavant. Il relève également les redevances sur les exportations et supprime les exonérations fiscales dont bénéficiaient les multinationales.
Barrick Gold, qui exploite Loulo-Gounkoto depuis le rachat de Randgold Resources en 2019, a contesté l’application de ces nouvelles règles. La société arguait que sa convention minière de 2016 comportait des clauses de stabilité fiscale valables jusqu’en 2032. Pour Bamako, ces garanties ne tenaient plus face à l’impératif de souveraineté économique.
Les négociations ont rapidement achoppé et fin 2024, les autorités ont bloqué les exportations d’or du site. Puis, quatre cadres de l’entreprise ont été interpellés pour des accusations de blanchiment et de financement du terrorisme, que la société a vigoureusement démenties. En janvier 2025, l’État a même fait saisir par hélicoptère trois tonnes de métal précieux stockées sur place, d’une valeur estimée à 245 millions de dollars.
Une mine sous tutelle étatique
Face à l’escalade, Barrick a suspendu ses opérations et saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements, l’instance d’arbitrage de la Banque mondiale. Mais en juin 2025, un tribunal malien a placé Loulo-Gounkoto sous administration provisoire, confiant la gestion du site à un administrateur désigné par l’État.
Les tentatives de relance sous ce régime transitoire se sont révélées laborieuses. Privé des systèmes techniques propriétaires de Barrick et confronté à des difficultés d’approvisionnement, le complexe n’a fonctionné qu’à une fraction de sa capacité. La production nationale s’en est trouvée durablement affectée : fin août 2025, le Mali n’avait extrait que 26,2 tonnes d’or industriel, soit 32 % de moins qu’à la même période l’année précédente.
Un compromis à 430 millions de dollars
Le dénouement est intervenu le 24 novembre 2025. Après des mois de tractations, Barrick et le gouvernement malien ont annoncé un accord global mettant fin à l’ensemble de leurs différends. Le canadien a accepté de verser 430 millions de dollars et de se conformer au nouveau cadre réglementaire. En contrepartie, Bamako a libéré les employés détenus, restitué le contrôle opérationnel de la mine et abandonné ses poursuites. Barrick a de son côté retiré sa procédure d’arbitrage international.
L’annonce a immédiatement fait bondir le titre Barrick à la Bourse de Toronto, qui a atteint un plus haut historique. Les opérations devaient reprendre au 1er janvier 2026, mais le retour à pleine capacité prendra du temps. Les spécialistes du secteur estiment qu’il faudra entre 18 et 24 mois pour retrouver les niveaux de production antérieurs à la crise.
Pour le Mali, l’enjeu est de taille : restaurer la confiance des investisseurs tout en maximisant les retombées économiques de ses ressources naturelles. Le FMI anticipe un rebond de la croissance à 5,5 % en 2026, porté par la reprise de la production aurifère. Mais d’autres opérateurs, échaudés par l’affaire Barrick, pourraient désormais y réfléchir à deux fois avant de s’engager dans le pays.



