Mali : dix ans de prison ferme requis contre Ras Bath, dix jours après la libération de Moussa Mara


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Ras Bath
Ras Bath

Plus de trois ans après son arrestation, le chroniqueur et activiste Mohamed Youssouf Bathily, alias Ras Bath, a enfin vu son procès s’ouvrir lundi 10 août à Bamako. Les débats ont repris ce mardi devant la chambre criminelle de la Cour d’appel. À la barre, amaigri après plus de trois années passées en détention, mais toujours combatif, il a rejeté les accusations qui pèsent sur lui, notamment « association de malfaiteurs », « atteinte au crédit de l’État, de ses institutions et de ses gouvernants par le biais des technologies de l’information et de la communication », ainsi que des infractions à caractère racial, régionaliste ou religieux.

Ce mardi, le ministère public a requis dix ans de prison ferme et 240 000 FCFA d’amende contre Ras Bath. À l’encontre de sa coaccusée Rokia Doumbia, dite « Rose Poivron » ou « Rose Vie Chère », militante connue pour ses prises de position contre la vie chère, le parquet a demandé dix ans de prison, dont cinq avec sursis, ainsi qu’une amende de 240 000 FCFA. La défense doit désormais présenter ses plaidoiries.

Les deux accusés contestent les faits. Ras Bath affirme n’avoir fait qu’exercer son droit de critiquer les autorités et d’alerter sur les difficultés économiques rencontrées par les Maliens. Rokia Doumbia assure pour sa part avoir agi dans une démarche citoyenne en dénonçant la hausse des prix. Le ministère public soutient au contraire que les propos diffusés dans l’émission de Ras Bath visaient à discréditer le régime et rappelle que la liberté d’expression s’exerce dans les limites fixées par la loi.

Relaxé en première instance

L’affaire remonte à mars 2023, lorsque Ras Bath avait mis en cause les circonstances de la mort en détention de l’ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga. Interpellé le 13 mars, il avait d’abord été poursuivi pour « simulation d’infraction ». Relaxé en première instance le 11 juillet 2023, il avait ensuite été condamné en appel, en mars 2024, à dix-huit mois de prison, dont neuf avec sursis.

Mais selon l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains, partenariat de la FIDH et de l’OMCT, un nouveau mandat de dépôt a été pris contre lui le 28 mars 2024, sur la base du même procès-verbal mais avec de nouveaux chefs d’accusation, notamment « association de malfaiteurs » et « atteinte au crédit de l’État ». Ses avocats estiment que cette nouvelle procédure porte sur les mêmes faits et invoquent le principe non bis in idem, qui interdit qu’une personne soit jugée deux fois pour les mêmes faits. L’Observatoire FIDH-OMCT comme Amnesty International ont qualifié la prolongation de sa détention d’arbitraire.

Un contraste avec la sortie de prison de Moussa Mara

Le procès intervient quelques jours seulement après un autre événement judiciaire très commenté au Mali, la libération, le 1er août, de l’ancien Premier ministre Moussa Mara. Arrêté exactement un an plus tôt, le 1er août 2025, après avoir exprimé sur les réseaux sociaux son soutien à plusieurs personnalités emprisonnées qu’il présentait comme des détenus d’opinion, il avait été condamné le 27 octobre 2025 à deux ans de prison, dont un an ferme, pour notamment « atteinte au crédit de l’État » et « opposition à l’autorité légitime ». Sa condamnation a été confirmée en appel le 9 février 2026.

Moussa Mara a quitté la prison de Koulikoro le 1er août après avoir purgé la totalité de la partie ferme de sa peine. Dans sa première prise de parole après sa libération, il a appelé à la réconciliation nationale et au pardon : « Je pardonne et je demande le pardon de tous », a-t-il notamment déclaré. Il a également exprimé son inquiétude pour son avocat, Me Mountaga Tall, enlevé à son domicile de Bamako dans la nuit du 2 au 3 mai par des hommes armés et encagoulés et dont le sort reste inconnu.

Un climat politique lourd

Les deux dossiers s’inscrivent dans un climat politique marqué par un net rétrécissement de l’espace accordé à l’opposition et aux voix critiques. Après les coups d’État de 2020 et 2021, les autorités dirigées par le général Assimi Goïta ont progressivement durci le cadre politique. Tous les partis ont été officiellement dissous le 13 mai 2025 et Assimi Goïta s’est ensuite vu accorder un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable sans passage préalable par les urnes, alors qu’aucune nouvelle date n’a été fixée pour le retour à des élections nationales.

Les trajectoires judiciaires de Moussa Mara et de Ras Bath diffèrent néanmoins fortement. Dans le premier cas, un an s’est écoulé entre l’incarcération et la libération de l’ancien Premier ministre. Pour Ras Bath, la procédure court depuis mars 2023, entre relaxe, condamnation en appel, nouveaux chefs d’accusation et détention prolongée. Dix jours après la remise en liberté de Moussa Mara, le parquet vient désormais de requérir contre lui dix années de prison ferme.

Les plaidoiries de la défense doivent suivre les réquisitions du ministère public avant que la chambre criminelle de la Cour d’appel de Bamako ne mette l’affaire en délibéré.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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