Mali : Moussa Mara retrouve la liberté, mais d’autres « détenus d’opinion » restent en prison


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Moussa Mara, ancien Premier ministre malien
Moussa Mara, ancien Premier ministre malien

L’ancien Premier ministre malien Moussa Mara a été libéré samedi 1er août 2026, après avoir purgé la partie ferme de sa condamnation. Il avait été emprisonné pour avoir publiquement soutenu plusieurs personnalités détenues qu’il venait de visiter en prison, dont certaines restent aujourd’hui derrière les barreaux.

Moussa Mara est de nouveau libre. L’ancien Premier ministre malien est sorti samedi de la Maison centrale d’arrêt de Koulikoro, à une soixantaine de kilomètres de Bamako, exactement un an après son placement en détention. Il a annoncé sa libération dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, au lendemain de son retour auprès de sa famille.

Moussa Mara a dirigé le gouvernement malien d’avril 2014 à janvier 2015, sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta. Arrêté le 1er août 2025, il était poursuivi pour un message publié sur X le 4 juillet 2025, dans lequel il racontait avoir rendu visite à plusieurs personnalités politiques et de la société civile emprisonnées, parmi lesquelles le chroniqueur Ras Bath, l’influenceuse Rose Vie Chère, l’opposant Clément Dembélé ou encore Issa Kaou N’Djim. Il leur avait exprimé sa solidarité, les qualifiant de « détenus d’opinion ».

Une condamnation confirmée, un pourvoi en cassation en cours

Le 27 octobre 2025, le pôle national de lutte contre la cybercriminalité l’avait condamné à deux ans d’emprisonnement, dont un an ferme et un an avec sursis, assortis d’une amende de 500 000 francs CFA. Les accusations portaient sur l’« atteinte au crédit de l’État », l’« incitation à troubler l’ordre public » et l’« opposition à l’autorité légitime ».

La cour d’appel de Bamako a confirmé cette peine le 9 février 2026, rejetant les arguments de la défense. Ses avocats, Mes Mountaga Tall, actuellement disparu, et Mamadou Ismaïla Konaté, avaient depuis formé un pourvoi en cassation. Amnesty International avait de son côté qualifié la condamnation de politiquement motivée et réclamé une annulation immédiate.

Sa sortie de prison ne résulte donc ni d’une grâce ni d’un pourvoi abouti : Moussa Mara a achevé les douze mois de détention correspondant à la partie ferme de sa peine. L’année avec sursis reste en vigueur, et le pourvoi devant la Cour suprême est toujours pendant.

Ras Bath et Rose Vie Chère, eux, restent détenus

La libération de Moussa Mara tranche avec le sort de ceux qu’il avait visités un an plus tôt. Mohamed Youssouf Bathily, dit Ras Bath, chroniqueur radio, et Rokia Doumbia, dite Rose Vie Chère, influenceuse, sont incarcérés depuis mars 2023 pour des accusations d’« association de malfaiteurs » et d’« atteinte au crédit de l’État ». En décembre 2025, la chambre d’accusation de la cour d’appel de Bamako a ordonné un nouveau procès à leur encontre plutôt que leur libération, estimant les charges suffisamment établies.

Transférés fin juillet vers des établissements pénitentiaires de la capitale, les deux prévenus doivent comparaître le 10 août 2026 devant la chambre criminelle de la cour d’appel, une dizaine de jours après la sortie de Moussa Mara.

Un appel prudent à la réconciliation

Dans sa première prise de parole publique, l’ancien Premier ministre a adopté un ton mesuré, affirmant ne nourrir aucune haine envers les magistrats ou les autorités et appelant les Maliens à l’unité, au pardon et à la réconciliation.

Cette prudence s’explique par le contexte politique. depuis la dissolution des partis politiques en 2025 et l’interdiction des activités politiques. En juillet de la même année, le général Assimi Goïta s’est vu accorder un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable sans élection, alors que les autorités de transition s’étaient initialement engagées à rendre le pouvoir aux civils au plus tard en mars 2024.

Moussa Mara redevient ainsi l’une des rares voix politiques encore présentes sur le terrain au Mali. Le procès de Ras Bath et de Rose Vie Chère, prévu le 10 août, donnera un premier indice sur la marge de manœuvre qui reste aux autres figures critiques du pouvoir de transition.

Ali Attar
Ali Attar est un spécialiste reconnu de l'actualité du Maghreb. Ses analyses politiques, sa connaissance des réseaux, en font une référence de l'actualité de la région.
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