
Amnesty International impute aux Forces armées maliennes et au groupe paramilitaire russe Wagner la mort d’au moins 34 civils tués lors d’opérations conjointes menées entre 2023 et 2025, ainsi que des tortures pratiquées dans deux bases militaires. La plupart des victimes appartenaient à des communautés pastorales.
L’ONG a recueilli entre 2025 et 2026 les témoignages de 119 réfugiés maliens installés dans la région du Hodh ech-Chargui, en Mauritanie, où le HCR recensait fin juillet quelque 290 000 personnes ayant fui le conflit. Intitulé « Nul n’est épargné », le rapport porte sur sept localités des régions de Ségou, Mopti et Tombouctou, le long de la frontière mauritanienne.
Des civils tués après leur arrestation
Selon Amnesty, aucune des 34 victimes recensées ne prenait part aux combats au moment de sa mort. Plusieurs ont été abattues alors qu’elles fuyaient ou venaient d’être arrêtées ; l’ONG fait état de personnes égorgées et de corps brûlés. À Tin Adanda, près de Tombouctou, une patrouille conjointe a tué quatre hommes le 12 février 2025. Une mère réfugiée à Mberra y a perdu deux de ses fils.
L’armée malienne est en outre mise en cause pour deux frappes de drones qui ont fait au moins 23 morts, dont cinq enfants au minimum. Le 16 mars 2025, en pleine journée, un appareil a touché le marché d’Ejdeir. L’état-major avait annoncé le lendemain avoir neutralisé « 11 terroristes » dans un camp dont la localisation correspond à celle du marché, alors que les rescapés interrogés affirment que les 16 morts étaient tous des civils. En novembre, c’est une habitation familiale de Tangata qui a été visée.
Quinze survivants ont décrit à l’organisation les sévices subis lors de patrouilles ou dans les bases de Léré et de Nampala avec suspension par les bras, simulacres de noyade, coups de barres de fer, électrocutions. Ces violences auraient été principalement le fait de membres de Wagner, sous les yeux de soldats maliens qui servaient parfois d’interprètes. Cinq détenus seraient morts des suites de ces traitements, sans avoir été présentés à un juge ni pu consulter un avocat durant des détentions allant d’un jour à quatre mois.
Bamako n’a pas répondu
Amnesty dit avoir transmis ses conclusions aux autorités maliennes le 3 août dernier, sans obtenir de réponse. L’ONG réclame des enquêtes impartiales et demande la publication de l’accord liant Bamako à Africa Corps, la structure russe qui a pris le relais de Wagner en juin 2025. Elle souhaite aussi que l’Union africaine condamne publiquement ces violations.
Le rapport rappelle que les groupes armés jihadistes et indépendantistes, dont le GSIM et le FLA, sont eux aussi mis en cause pour des exactions. Le retrait du Mali du Statut de Rome, notifié en juin 2026, ne prendra effet que le 23 juin 2027. D’ici là, la Cour pénale internationale, qui enquête sur la situation malienne depuis 2013, reste compétente pour les crimes commis sur son territoire.





