Le choix d' »Aïcha »

Une jeune maghrébine partagée entre sa famille, ses traditions et l’envie de fuir sa cité. C’est le thème du téléfilm Aïcha de Yasmina Benguigui diffusé ce mercredi soir sur France 2. L’expérience n’est pas inédite mais elle reste appréciable.

Aïcha, qui donne son nom au téléfilm de Yamina Benguigui, diffusé ce mercredi soir sur France 2, a décidé d’entreprendre « le plus long voyage de sa vie » : traverser le périph’ … « pour aller en France ». A Bobigny, dans sa famille « modèle » d’origine algérienne très attachée aux traditions, on pourrait effectivement croire que la jeune française de 25 ans, aînée de sa fratrie, se trouve en territoire étranger dans la tour 216 de ce ghetto résidentiel. Un drame familial l’oblige à renoncer à son projet mais elle ne l’abandonne pas pour autant.

Parmi sa mère, ses tantes, ses cousines, ses frères, son père et des voisines si dévouées, Aïcha est à la quête d’elle-même et de sa liberté. Pour sa cousine Nedjma, la liberté qu’offre le monde du travail se heurte à celui de la discrimination. Elève ingénieure brillante, elle peine à décrocher un stage. Le fameux plafond de verre que Benguigui a déjà évoqué dans l’un de ses précédents documentaires. Cette seconde génération navigue entre le rejet éventuel des siens, si elle ne rentre pas dans les rangs, et celui de la société française qui l’exclut parfois à cause de ses origines.

Dans un tel contexte, les esprits sont créatifs et les scénarios de sortie de crise sont rocambolesques. Notamment quand Nedjma décide de se refaire une identité, lorsqu’Aïcha, elle, veut obtenir un certificat de virginité chez le Dr Accoca ou encore se marier pour se défaire des liens familiaux. Même si la jeune femme n’est pas insensible au charme d’un jeune architecte venu réhabiliter sa cité.

Famille, je t’aime, moi non plus

Aïcha Bouamazza, c’est Sofia Essaïdi pour la première à l’écran et sous la direction de Yamina Benguigui. La juste peinture des immigrés maghrébins et de leurs filles et fils est une spécialité reconnue de la réalisatrice française d’origine algérienne. Elle sait évoquer leurs tiraillements, peut-être, parce qu’ils sont aussi les siens.

Discrimination, virginité, intégrisme et autres maux qui minent ou menacent les enfants de la cité sont évoqués dans le récit du quotidien des femmes Bouamazza. L’opprobre dont font l’objet les Harkis, qui ont choisi la France, de la part de leurs compatriotes algériens est également évoqué dans cette fiction. La thématique d’Aicha est riche, mais pas inédite, et le casting est attachant. Sofia Essaïdi, la franco-marocaine révélée par le concours musical Star Ac’ et à l’affiche de la comédie musicale Cléopâtre parvient à donner une certaine crédibilité à son personnage parfois trop lisse. La piquante comédienne algérienne rajoute aussi son grain de sel. Le téléfilm sans prétention de Yamina Benguigui parvient à dresser un joli portrait d’une fille d’immigrée, d’une Française fière de ses origines mais surtout d’un être humain qui entend affirmer sa singularité. Aïcha suggère qu’un compromis est possible entre une « vie de fille d’immigrée et des cités »et un vie tout court. A voir et à apprécier sur France 2 à 20h35 pétantes !

 Aïcha, téléfilm de Yamina Benguigui,

Avec Sofia Essaïdi, Amidou, Rabia Mokkedem, Shemss Audat, Biyouna

Durée : 1h30

Diffusion : Mercredi 13 mai à 20h35 sur France 2

Lire aussi:

 Créatrice de mémoire

 Dimanche, je serai libre