Lansana Conté : mort d’un héros devenu dictateur

Le président Lansana Conté, au pouvoir depuis 24 ans en Guinée Conakry, est mort lundi soir des suites d’une longue maladie. Il laisse derrière lui un pays aux infrastructures quasi inexistantes et à la population très pauvre. Retour sur un quart de siècle de règne militaire sans partage.

Le général Lansana Conté, 74 ans, au pouvoir en Guinée Conakry depuis 24 ans, est mort lundi soir à 18h45 (GMT). « J’ai la lourde et difficile tâche de vous informer avec une profonde tristesse du décès du général Lansana Conté, président de la République de Guinée, à la suite d’une longue maladie », a déclaré lundi soir à la télévision nationale, Aboubacar Somparé, le président de l’Assemblée Nationale. Souffrant de diabète et de leucémie, le président guinéen était malade depuis plusieurs années et se rendait régulièrement à l’étranger pour des soins médicaux. Diminué par la maladie, les dernières années de Lansana Conté au pouvoir ont plongé la Guinée dans un chaos politique et social sans précédent.

De l’espoir au chaos

Pourtant le 3 avril 1984, son arrivée au pouvoir est accueillie dans la liesse populaire. Le colonel Conté succède au leader historique Sékou Touré car il est le plus gradé des putschistes. Il rompt dans un premier temps avec le régime de fer du « père de l’indépendance » en démantelant un féroce Etat policier et en regagnant la confiance des pays voisins. Il libéralise l’économie alors très centralisée et préfère les Américains aux Soviétiques, contrairement à son prédécesseur marxiste. Au début des années 90, Lansana Conté participe au processus de démocratisation que connaissent de nombreux pays africains en adoptant une nouvelle Constitution en 1990 et en proclamant le multipartisme en 1992.

Mais bientôt, c’est la grande désillusion. La scène politique guinéenne ne sera jamais transparente bien que pluraliste. Elu président en 1993 et réélu en 1998 lors d’élections contestées par l’opposition et la communauté internationale, Lansana Conté se dirige vers une « présidence à vie ». Il fait modifier la constitution en 2001 en organisant un référendum qui relève l’âge limite d’exercice du président. Il s’offre un plébiscite, face à un candidat unique, en obtenant 95,25 % des voix lors de la présidentielle de 2003. L’opposition avait appelé au boycott.

La Guinée est riche mais les Guinéens sont devenus de plus en plus pauvres

Pendant 24 ans, Lansana Conté s’est appuyé sur l’armée pour museler ses opposants. Il a pourtant fait face à plusieurs coups d’Etat militaires et mutineries de soldats. Depuis deux ans, le pays est en proie à de graves troubles sociaux et au bord de l’implosion : des grèves générales ont paralysé le pays en juin 2006, puis en janvier 2007. Pour la première fois, les Guinéens expriment leur ras-le-bol face à un gouvernement corrompu et incapable de satisfaire leurs revendications sociales et économiques. Le régime de Conté fera des concessions, mais les manifestants sont réprimés dans le sang. En 2008, c’est au tour de l’armée de se retourner contre Lansana Conté. Des soldats menacent la stabilité du pays en mai dernier en demandant le paiement des arriérés de leur solde. Le général, de plus en plus affaibli, s’accrochera au pouvoir jusqu’au bout, limogeant au compte-goutte les membres gênants de son administration.

Le bilan économique est tout aussi catastrophique pour ce pays qui fut la colonie la plus prospère de la France. La Guinée possède la moitié des réserves mondiales en bauxite, matière première très prisée dans la fabrication de l’aluminium, de l’or, du fer et du diamant. En dépit de la richesse de son sous-sol, le dictateur laisse derrière lui un pays ravagé par la misère et où manquent les infrastructures les plus essentielles. Près de 61% de la population n’a pas accès aux soins de santé et 38% à l’eau potable.

La mort de Lansana Conté n’a pas mis fin à l’instabilité politique que traverse la Guinée. Un groupe de militaires s’est emparé du pouvoir et a annoncé ce mardi avoir dissous le Parlement et le gouvernement. Information démentie par le Premier Ministre Ahmed Tidiane Souaré. Il avait lundi soir appelé « les forces de défense et de sécurité à assurer la sécurité (aux) frontières et le calme à l’intérieur du territoire national». Mais en Guinée, l’histoire semble devoir se répéter. Ce nouveau coup d’Etat militaire rappelle ironiquement l’arrivée au pouvoir de Lansana Conté 24 ans plus tôt.

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