Le Président Conté sera réélu dimanche

Le Président Lansana Conté, malade et incapable de clore un meeting, s’apprête dans l’indifférence générale a être réélu dimanche au sommet de l’Etat guinéen. La seule attente des partis d’opposition, qui boycottent les élections en raison de l’absence de transparence, est que les Guinéens soient un minimum à se rendre aux urnes.

Lansana Conté sera réélu dimanche à la présidence de la République guinéenne. C’est une certitude, tant son unique adversaire aux élections du 21 décembre, Mamadou Bhoye Bary, de l’Union pour le progrès national (UPN), apparaît comme un faire-valoir – il s’en est défendu auprès d’Afrik. « C’est le pouvoir qui a fait de lui un candidat », a avoué l’un de ses proches à l’AFP. Le Président général Conté, arrivé au pouvoir par les armes en 1984, ne pouvait plus, en 2003, se présenter seul à des élections présidentielles qu’il a préparé dès 2001, en modifiant la Constitution pour pouvoir indéfiniment se présenter. Et les partis d’opposition, pour leur part, ont décidé ensemble au sein du Front républicain pour l’alternance démocratique (Frad), de boycotter des élections qui ne remplissent aucune condition de transparence.

Dialogue de dupes

Sidya Touré, ancien premier ministre et président de l’Union des forces républicaines (UFR), Jean-Marie Doré, de l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG), ou encore Siradiou Diallo, de l’Union pour le progrès et le renouveau (UPR) : de nombreux partis avaient désigné leurs candidats éventuels. « Mais aucun parti n’a jamais proposé de candidature officielle », précise Alpha Condé, président du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG). L’opposition a conditionné sa participation à une série de mesures dont les trois plus importantes, selon l’opposant historique, étaient « l’amnistie pour les acteurs politiques condamnés, la libre circulation des leaders politiques sur le territoire, et la création d’un organisme chargé de gérer l’ensemble du processus électoral ». Ils avaient également réclamé l’accès aux médias publics, confisqués par le pouvoir, ainsi que la libéralisation des ondes radiophoniques.

Des conditions censées être discutées au sein du « Comité intergouvernemental de dialogue ». Un organisme où les partis d’opposition se sont rendus avec méfiance, dès le 23 juin 2003, pour rétablir le « dialogue franc » appelé par le pouvoir. Le 9 novembre dernier, l’Assemblée nationale annonce une loi d’amnistie pour « tous délits à caractère politique ». Rien de plus. En même temps, la date officielle des élections est annoncée pour le 23 décembre, alors que l’opposition attendait des décisions sur les autres mesures qu’elle avait soumise, explique Alpha Condé. « Nous savions très bien qu’ils ne voulaient pas dialoguer, qu’ils ont créé ce comité pour donner le change aux bailleurs de fond. Pour ma part, explique-t-il, je n’irai jamais à des élections tant que Lansana Conté s’y présentera ».

« Rester chez soi… »

On dit les Guinéens anesthésiés, sans réaction face à leur régime : « Il y a eu des manifestations hier », explique le président du RPG. « Les militants de mon parti et ceux de l’UPG son sortis manifester dans la rue. Le problème est qu’au fond, certains opposants préfèrent voir Lansana Conté au pouvoir plutôt qu’un adversaire. Nous avions convenu avec le Frad d’une manifestation, jeudi, mais les militants de Sydia Touré et Siradiou Diallo ne sont pas sortis. Ils se sont contentés de fermer boutique. »

La seule raison actuelle de se réjouir, pour l’opposition, est l’indifférence totale affichée par le public pour la campagne électorale. Le Président Conté, qui a « mal aux pieds », s’en est complètement désintéressé. Les personnes venues l’écouter lors du dernier meeting de son parti, le Part de l’union et du progrès (PUP), le 18 décembre, étaient surtout curieuses de voir le « Président malade », raconte RFI. Du coup, « Rester chez soi et ne pas aller voter » est devenu le mot d’ordre du Frad. Le nouveau, au lendemain des présidentielles, risque d’être « Attendre la mort de Lansana Conté. »