Equation présidentielle à une inconnue

Le seul challenger de Lansana Conté à l’élection présidentielle guinéenne du 21 décembre prochain est peu connu de l’électorat guinéen. Mamadou Bhoye Barry, 50 ans, se défend d’être un opposant fantôme et proclame haut et fort que son programme est un véritable programme de rupture. Interview.

Opposant désavoué par l’opposition, Mamadou Bhoye Barry est l’unique candidat qui fera face au président Lansana Conté pour le scrutin du 21 décembre. Pour beaucoup, il n’est qu’un faire-valoir démocratique pour une élection pliée d’avance. Le député et secrétaire général du UPN (Union pour le progrès national, créé le 3 avril 1992) se défend d’être un candidat « alibi » et croit en ses chances d’accéder à la magistrature suprême.

Afrik : Votre parti politique s’est allié à celui du chef de l’Etat à l’Assemblée nationale. Dans quelle mesure peut-on vous considérer comme un véritable opposant au pouvoir ?

Mamadou Bhoye Barry : A l’Assemblée nationale, mon parti s’est allié avec le PUP (Parti de l’Unité et du Progrès, formation politique de Lansana Conté, ndlr) pour former le PUD-UPN dont je suis le seul représentant. Ensuite, nous faisons partie du PAA (Partis alliés à l’Assemblée nationale). Ce choix a été motivé par la recherche de pouvoir, pour faire avancer les choses. Néanmoins, en dehors du Parlement, nous avons conservé une entière autonomie.

Afrik : Cette alliance vous a valu d’être considéré par vos ennemis politiques comme candidat « alibi » pour donner du lustre démocratique à une campagne sans surprise.

Mamadou Bhoye Barry : C’est une stratégie de l’opposition pour me discréditer, et c’est de bonne guerre ! Les gens qui parlent en ces termes ne me connaissent pas. J’ai toujours été un opposant actif. Je n’ai pas vu le Président Conté depuis 1993. J’ai déposé ma candidature aux élections présidentielles avant lui. De plus, j’ai participé à la démocratisation du pays depuis 1990. Je ne suis pas un candidat « alibi » parce que mon programme électoral prône le changement radical, démocratique et sans violence. Les Guinéens vivent dans la misère et ne méritent pas ça. Je propose d’amener le pays dans la voie du progrès parce que la situation actuelle ne peut plus durer. Le reste, ce sera au peuple guinéen d’en juger.

Afrik : Quel est votre programme électoral ?

Mamadou Bhoye Barry : Nous nous battons pour un changement démocratique à tous les niveaux : lutte contre la corruption, restauration de l’autorité de l’Etat, assainissement de la gestion de l’Etat, incitation aux investissements privés, création de médias privés (télévision, radio…), subventions aux paysans, développement des transports publics…

Afrik : Qu’allez-vous faire de l’héritage politique laissé par Lansana Conté, si vous êtes élu?

Mamadou Bhoye Barry : Je propose que lors les deux premières années de mon mandat soit mis en place un gouvernement d’union nationale où toutes les formations politiques auront une place. Nous ferions une relecture de tous les textes. A commencer par une réforme de la justice. Nous entamerions le processus de décentralisation. La Guinée doit opérer ce changement sans violence.

Afrik : D’après vous, quelles sont vos réelles chances de réussite ?

Mamadou Bhoye Barry : Je suis très très optimiste.

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