
Le scrutin du 15 mars 2026 pour l’élection présidentielle au Congo se déroule dans un black-out numérique total, confirmé par l’observatoire NetBlocks. Denis Sassou Nguesso, le président sortant au pouvoir depuis plus de quatre décennies, affronte six candidats sans envergure dans une élection dont l’issue ne fait guère de doute.
Les Congolais de la République du Congo se sont rendus aux urnes ce dimanche 15 mars dans le cadre d’une élection présidentielle largement perçue comme une formalité destinée à prolonger de cinq ans le règne de Denis Sassou Nguesso, 82 ans. Mais c’est dans un silence numérique complet que le vote s’est déroulé : l’organisation de surveillance NetBlocks a confirmé une coupure internet généralisée sur l’ensemble du territoire congolais.
Alp Toker, directeur de NetBlocks, a indiqué à Reuters que cette panne à l’échelle nationale était susceptible de restreindre la transparence du scrutin, précisant que son profil technique était compatible avec la coupure imposée lors de la présidentielle de 2021. En 2016 aussi, un black-out similaire avait été mis en œuvre par les autorités lors du scrutin présidentiel. La répétition de cette pratique à chaque échéance électorale majeure conforte les critiques de l’opposition et des organisations de défense des droits numériques, qui y voient un outil de contrôle du flux d’informations en période sensible.
Le Premier ministre Anatole Collinet Makosso n’a pas répondu dans l’immédiat aux sollicitations de la presse concernant cette interruption des communications.
Un scrutin verrouillé pour l’élection de Sassou Nguesso
Plus de 3,2 millions de Congolais étaient inscrits sur les listes électorales, mais les analystes et les organisations de la société civile anticipaient un taux de participation inférieur aux 68 % enregistrés en 2021, lorsque Sassou Nguesso avait obtenu 88,4 % des suffrages. Les bureaux de vote ont ouvert à 7 heures (06h00 GMT) et devaient fermer à 18 heures (17h00 GMT).
Face à lui, six candidats peu connus. La Cour constitutionnelle a validé, le 20 février, les candidatures de Nganguia Engambé Anguios, Joseph Kignoumbi Kia Mboungou, Dave Mafoula Uphrem, Mabio Mavoungou Zinga, Vivien Romain Manangou et Melaine Destin Gavet Elengo, aux côtés de celle du président sortant. Aucun d’entre eux n’est considéré comme un challenger sérieux.
Opposition décapitée et boycott
L’absence de compétition réelle s’explique en grande partie par la neutralisation méthodique de l’opposition. Les deux principales figures de l’opposition, le général Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa, sont emprisonnés depuis l’élection contestée de 2016, condamnés à vingt ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État, des poursuites largement considérées comme politiquement motivées. En juin 2025, le ministère de l’Intérieur a suspendu quinze partis d’opposition, dont plusieurs envisageaient de former une coalition pour contester le scrutin. En mai 2025, le leader des Socialistes congolais, Lassy Mbouity, candidat déclaré, a été enlevé par des hommes masqués et retrouvé torturé plusieurs jours plus tard.
Deux partis majeurs ont appelé au boycott, dénonçant des pratiques électorales inéquitables. Remadji Hoinathy, de l’Institut d’études de sécurité (ISS) de Pretoria, résumait la situation en soulignant que l’opposition était fragmentée et dépourvue de figure emblématique, et que la lassitude des électeurs n’affecterait pas les chances du président sortant.
Pétrole et pauvreté
Troisième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne et producteur de gaz naturel liquéfié (GNL), la République du Congo est aussi l’un des pays les plus engagé dans la préservation de l’environnement.
Sassou Nguesso a fait campagne sur la continuité, promettant d’accélérer les projets de développement et d’élargir l’accès à l’éducation. Mais 52 % des 6,1 millions de Congolais vivent dans la pauvreté, selon la Banque mondiale. Le chômage des jeunes avoisine les 40 %, dans un pays où 60 % de la population a moins de 25 ans, constituant une bombe à retardement sociale que la rente pétrolière ne parvient pas à désamorcer.
La dette publique envers la Chine est estimée à 3,2 milliards de dollars, fruit de décennies de financements adossés aux ressources en hydrocarbures et en bois et la Russie détient une participation de 90 % dans l’oléoduc Pointe-Noire–Makoulou Pichot.
La question successorale en embuscade
Au-delà de l’issue prévisible du scrutin, c’est la bataille de succession au sein du Parti congolais du travail (PCT) qui retient l’attention des observateurs. Denis Christel Sassou Nguesso, 50 ans, fils du président et ministre de la Coopération internationale, est le prétendant le plus en vue, mais il peine à s’imposer au sein de l’appareil partisan. Il est concurrencé par Jean-Dominique Okemba, secrétaire général du Conseil national de sécurité, et par Jean-Jacques Bouya, ministre d’État chargé de l’Aménagement du territoire, cousin du président. La concentration des postes clés au sein du cercle familial, la fille de Sassou Nguesso est également conseillère présidentielle, laisse entrevoir un scénario de succession dynastique.
Les résultats provisoires sont attendus 48 à 72 heures après la fermeture des bureaux de vote. Reste à savoir si la reconnexion internet interviendra avant ou après leur proclamation.



