
À l’approche de l’investiture de Denis Sassou Nguesso, des organisations de la société civile congolaise interpellent le pouvoir exécutif. La RPDH et l’OCDH appellent à renforcer la gouvernance forestière et à mieux protéger les défenseurs de l’environnement.
Alors que le président Denis Sassou Nguesso s’apprête à inaugurer son nouveau mandat ce 16 avril, l’effervescence ne gagne pas seulement les cercles politiques, mais aussi les rangs de la société civile environnementale. Réunies à Brazzaville le 30 mars dernier, la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH) et l’Observatoire congolais des droits de l’homme (OCDH) ont tracé les lignes rouges de la gouvernance forestière pour l’année 2026. Pour ces organisations, le futur cabinet ministériel ne pourra plus se contenter de signatures de prestige sur la scène internationale ; il devra transformer les promesses climatiques en réalités tangibles pour les 23,5 millions d’hectares de forêts que compte le pays.
De la signature diplomatique à la réalité du terrain
Le Congo-Brazzaville est souvent cité en exemple pour son activisme diplomatique en faveur de l’environnement. Entre l’Accord de Paris, l’Initiative pour la forêt d’Afrique centrale (CAFI) et le processus FLEGT avec l’Union européenne, les engagements sont légion. Pourtant, Christian Mounzéo, président de la RPDH, et Nina Cynthia Kiyindou Yombo, directrice de l’OCDH, pointent un décalage persistant entre ces annonces globales et l’application nationale.
La société civile exige désormais une harmonisation législative stricte pour que la lutte contre la déforestation et l’exploitation illégale des bois ne reste pas un vœu pieux. L’enjeu est de taille : le secteur forestier, bien que couvrant 69 % du territoire, ne contribue encore qu’à hauteur de 5 % au produit intérieur brut national.
Transparence et redevabilité au cœur des revendications
Malgré l’extension de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) au domaine forestier, les retombées économiques et sociales restent jugées insuffisantes par les experts du GESOP. Les organisations de défense des droits humains réclament une traçabilité accrue sur les revenus générés et, surtout, une meilleure redistribution vers les populations autochtones et les communautés locales.
Pour la société civile, la transparence ne doit pas être un simple exercice comptable, mais un levier de développement durable. Cela passe par la divulgation systématique de la propriété réelle des entreprises forestières et une reddition de comptes rigoureuse sur la fiscalité du secteur.
Un plaidoyer pour la protection des sentinelles de la forêt
Au-delà de la gestion technique des ressources, le combat se déplace sur le terrain des libertés publiques. Christian Mounzéo souligne que la mise en œuvre effective des réformes nécessite un cadre sécurisé pour ceux qui les surveillent. Deux piliers législatifs sont désormais attendus de la part du futur gouvernement : une loi générale d’accès à l’information pour garantir le contrôle citoyen, et un texte spécifique protégeant les défenseurs des droits humains et les lanceurs d’alerte.
Pour la société civile congolaise, la forêt ne pourra être protégée durablement que si les acteurs indépendants peuvent travailler en toute liberté, sans crainte de représailles, en tant que partenaires reconnus de la gouvernance nationale.




