L’optimisme comme antidote

Au lieu de verser dans le pessimisme et le découragement, les Congolais préfèrent encore y croire. Un certain espoir de paix se profile à l’horizon et avec lui, le retour de la coopération structurelle avec l’Occident.

De notre correspondant à Kinshasa

Une année s’est terminée, jalonnée de nombreux espoirs déçus. Une autre commence avec les mêmes incertitudes. Même si les Congolais semblent avoir résolument opté pour un optimisme, fût-il prudent. Cet optimisme persistant, en dépit de la longue et atroce guerre opposant des intérêts étrangers qui a tué plus de 3 millions de Congolais, fait leur force. En fait, rien ne peut inciter à l’optimisme. Le pays vit une partition de fait. Le pillage de ses richesses naturelles a été officiellement établi par les Nations-Unies et les négociations politiques internes pour le retour à la paix marquent le pas. Mais quelques signes clairs montrent que la situation ne durera plus très longtemps.

Dans son message à la nation du 31 décembre dernier, le chef de l’Etat congolais, au pouvoir depuis une année depuis l’assassinat de son père, Laurent Désiré Kabila, le 16 janvier 2001, a annoncé le retour possible à la paix au cours de cette année 2002. Le fait que personne ne l’ait contredit, ni dans la rébellion, ni dans l’opposition interne dite non armée est interprété comme un signe. Tout le monde est fatigué, aussi bien de la guerre que de l’imbroglio politique qui a succédé au régime Mobutu.

Kabila le rassembleur

Joseph Kabila, dont la légitimité du pouvoir a été souvent contestée au cours de l’année écoulée à cause de la manière dont il a accédé au pouvoir semble avoir bien passé son baptême du feu. Berci, un institut congolais de sondage d’opinions, le place même au hit-parade des hommes politiques. 62% de Congolais se disent prêts à voter pour lui en cas d’élection présidentielle. Le jeune président tient cette popularité de sa gestion des affaires qui s’est révélée moins opaque que celle de son père.

Et si, aujourd’hui, on peut encore parler de processus de paix ou de dialogue intercongolais, c’est bien parce qu’il en aura permis le redémarrage en replaçant sur orbite le facilitateur du dialogue intercongolais, le Botswanais Ketumile Masire, et en permettant le déploiement de troupes de l’Onu sur toute l’étendue du territoire. On retient également à son actif, une politique plus souple de collaboration avec la communauté internationale. Conséquence, la république démocratique du Congo est redevenue un pays fréquentable au point que la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire Internationale ont réouvert leur bureau à Kinshasa.

Dialoguer pour la paix

Il est probable qu’en ce début 2002, l’Union Européenne reprendra également sa coopération structurelle avec la RDC, en dépit du fait qu’elle la conditionne à la reprise effective du dialogue intercongolais. Celui-ci a connu beaucoup de ratés mais les Congolais n’ont pas perdu tout espoir. Après la panne d’Addis-Abeba, au mois d’octobre dernier, le dialogue a de meilleures chances de se tenir en Afrique du Sud. Dans l’intervalle, les organisateurs s’attèlent a réunir toutes les conditions de sa réussite. En plus d’une grande campagne de recouvrement des finances, différentes rencontres politiques se tiennent afin de polir les aspérités qui avaient empêché le dialogue de se tenir dans les conditions appropriées.

Après une rencontre entre forces belligérantes qui a consacré à Abuja, Nigeria, en décembre 2001, le caractère inclusif du dialogue intercongolais, une autre est prévue à Bruxelles, mi-janvier 2002, à l’initiative du ministre belge des Affaires Etrangères, Louis Michel. Elle a pour but d’harmoniser les positions au sein de l’opposition congolaise non armée. Les parties à la crise congolaise ainsi que leurs alliés doivent encore se rencontrer à Blantyre, au Malawi, dans le cadre de la SADC, la communauté économique et de développement des Etats de l’Afrique Australe. Bien que n’en faisant pas partie, le Rwanda et l’Ouganda ont été invités à y participer. Le Rwanda, qui craint une certaine marginalisation diplomatique consécutive à sa présence trop marquée sur le territoire de la RDC, a sollicité l’appui de l’Angola pour sa candidature au sein de la SADC.

Enfin, dernier succès diplomatique en date, la signature, à Kinshasa, d’un accord de non-belligérance entre le Burundi et la république démocratique du Congo, le 7 janvier dernier. Après l’Ouganda, en mai 2001, le Burundi négocie la reprise des relations diplomatiques normales avec la RDC.

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