
À 55 ans, Kader Attia expose cette année à la Biennale de Venise une installation mêlant Afrique, spiritualité, mémoire et nouvelles technologies. Né en France de parents algériens, l’artiste construit depuis trois décennies un parcours entre plusieurs continents, aujourd’hui l’un des plus visibles de la diaspora artistique algérienne.
Né en 1970 à Dugny, en Seine-Saint-Denis, de parents algériens, Kader Attia vit aujourd’hui entre Paris et Berlin. Il expose cette année à l’Arsenale de Venise son installation Whisper of Traces. Elle s’inscrit dans « In Minor Keys », la 61e Exposition internationale d’art de la Biennale de Venise, dont le concept a été conçu par la curatrice suisso-camerounaise Koyo Kouoh, disparue en 2025 avant l’ouverture. La Biennale a consacré à Attia, le 26 août, une séquence de son podcast officiel, « La Biennale on Air ».
Formé entre Paris et Barcelone, révélé à l’international
Après des études à l’école Duperré et à l’école des arts appliqués La Massana, à Barcelone, Kader Attia est diplômé de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris en 1998. Sa première exposition personnelle a lieu en 1996, en République du Congo, et il expose dès 2003 à la Biennale de Venise.
Afrik.com suivait déjà l’artiste il y a vingt ans, en décembre 2005, alors qu’il exposait à l’occasion d’une exposition de photographes arabes à l’Institut du monde arabe. Kader Attia travaillait alors en noir et blanc sur les cités de Sarcelles et de Garges-lès-Gonesse, où il avait grandi. Nommé, cette année-là, pour le Prix Marcel-Duchamp, il le remportera finalement onze ans plus tard, en 2016.
Entre-temps, il expose à la Documenta 13 de Cassel en 2012, à la Biennale de Lyon, à celle de Shanghai, à celle de Busan et à Dak’Art, avant de revenir à Venise en 2017 puis en 2019. La même année que son Prix Marcel-Duchamp, en 2016, il ouvre à Paris La Colonie, lieu d’expositions et de débats autour des questions postcoloniales. En 2022, il devient commissaire général de la Biennale de Berlin puis en 2025, il anime un cycle de conférences au Louvre. Il vient d’être nommé commissaire de la 7e édition de la Biennale de Kochi-Muziris, en Inde.
Un chaman vietnamien, des statues africaines et l’intelligence artificielle
Whisper of Traces part d’une phrase entendue auprès d’un chaman vietnamien qui disait qu les virus informatiques seraient des entités spirituelles cherchant à échapper à la domination humaine sur le monde virtuel. Attia prend cette idée au sérieux, en « anthropologie métaphysique », et en fait le point de départ d’une installation qui mêle statues rituelles africaines, plantes séchées, miroirs brisés suspendus par des fils de pêche et dispositifs audiovisuels.
L’œuvre interroge la place que les sociétés contemporaines accordent désormais à l’intelligence artificielle, et la tendance à lui prêter des pouvoirs presque religieux. Ce rapprochement entre croyances anciennes et technologies numériques prolonge un travail engagé depuis le début des années 2000 autour de la mémoire, de la blessure et de la réparation. Un travail en lien avec l’histoire coloniale et ses effets, en France, en Algérie et au-delà.
L’Algérie comme point de départ, pas comme frontière

Pour Kader Attia, les sociétés, comme les individus, portent des cicatrices que son travail rend visibles. Cette approche dépasse la seule relation franco-algérienne pour interroger les effets de la colonisation et les rapports de domination dans plusieurs régions du monde, ce qui explique, en partie, la reconnaissance internationale dont bénéficie aujourd’hui son travail.
Depuis les cités de Sarcelles jusqu’à l’Arsenale de Venise, en passant par Berlin et São Paulo, Kader Attia construit une œuvre pour laquelle l’Algérie n’est pas une frontière, mais l’un des points de départ.




