Cadmium dans les pâtes : le phosphate marocain de nouveau en cause


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Cadmium dans les pâtes : l’alerte de 60 Millions de consommateurs
Cadmium dans les pâtes : l’alerte de 60 Millions de consommateurs

Une enquête de 60 Millions de consommateurs a détecté du cadmium dans près de huit paquets de pâtes sur dix testés en France. Aucune référence ne dépasse la limite réglementaire européenne, mais le résultat relance un dossier suivi de près à Rabat. Il s’agit des engrais phosphatés, en grande partie importés du Maroc, dont les gisements comptent parmi les plus chargés en ce métal lourd au monde.

Le numéro de septembre du magazine 60 Millions de consommateurs a fait analyser 36 paquets de pâtes vendus dans les rayons français : 18 références de spaghetti et 18 de penne, mêlant grandes marques et marques de distributeurs. Le cadmium a été détecté dans une large majorité des échantillons, un métal lourd classé cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer et connu pour s’accumuler durablement dans l’organisme, en particulier dans les reins.

La conformité réglementaire ne clôt pas le débat

Les teneurs relevées diffèrent sensiblement d’un paquet à l’autre. Les spaghetti Barilla au blé complet affichent 0,071 milligramme de cadmium par kilogramme, les penne de la même gamme 0,066 mg/kg. Les penne complètes Delverde se situent à l’opposé du classement, avec seulement 0,009 mg/kg. Deux références sans gluten, commercialisées sous les marques Repère et U, ne présentent aucune trace détectable.

Aucun des produits testés ne franchit la limite européenne de 0,18 mg/kg fixée pour le blé dur. Cette conformité ne dit cependant rien de l’exposition cumulée sur la durée. Le cadmium se fixe, en effet, durablement dans l’organisme, et les pâtes ne constituent qu’une source d’exposition parmi d’autres, le pain et les céréales complètes y contribuant aussi. Les autorités sanitaires recommandent depuis plusieurs années de varier les sources de féculents plutôt que de s’en remettre à une seule céréale.

L’origine du problème se trouve dans les engrais

L’enquête relance surtout un débat déjà engagé sur l’origine agricole du cadmium. Ce métal provient en grande partie des engrais phosphatés épandus sur les terres cultivées, qui représentent, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), plus de 80 % des apports de cadmium aux sols agricoles français, les seuls engrais minéraux phosphatés en concentrant 55 %. La France importe environ 95 % de ses phosphates, une dépendance qui pointe directement vers le Maroc, premier fournisseur du pays.

Les gisements marocains, d’origine sédimentaire, titrent généralement entre 38 et 100 mg de cadmium par kg de pentoxyde de phosphore (P2O5), contre moins de 20 mg/kg pour les roches finlandaises ou russes.

L’OCP sous la pression d’une loi française qui ne le nomme pas

L’Assemblée nationale a adopté début juin une proposition de loi portée par le député écologiste Benoît Biteau, abaissant le seuil de cadmium toléré dans les engrais phosphatés de 90 mg/kg aujourd’hui à 40 mg/kg dès janvier 2027, puis à 20 mg/kg en 2030. Le texte, désormais devant le Sénat, ne cite ni le Maroc ni l’OCP, l’Office chérifien des phosphates, qui détient le monopole de l’exploitation des gisements du royaume. L’abaissement des seuils contraint néanmoins la filière à s’orienter vers des phosphates moins chargés ou décadmiés, ce que font déjà la plupart des pays européens qui n’ont pas les mêmes problématiques que la France.

Le groupe affirme avoir anticipé ce mouvement depuis février 2025. Selon l’OCP, l’ensemble de ses engrais destinés à l’Union européenne, son troisième débouché à l’export après l’Asie et les Amériques, contiendrait moins de 20 mg/kg grâce à une technologie de décadmiation. L’Union européenne, dont le plafond actuel s’élève à 60 mg/kg et qu’elle envisage elle-même de réviser, ne dispose pas d’un mécanisme de contrôle systématique de ces importations. Bruxelles ne peut donc pas vérifier les déclarations du groupe marocain de façon indépendante et récemment encore des produits agricoles provenant du Maroc ont été retirés des commerces français en raison de taux de cadmium trop important. L’OCP prévoit par ailleurs la construction d’un centre de stockage terrestre pour 2027, destiné à réduire les rejets de résidus cadmiés actuellement effectués en mer.

Ce qui se joue au Sénat français

L’examen du texte au Sénat, dans les prochains mois, déterminera si la France impose un calendrier contraignant à ses fournisseurs avec des vérifications plus systématiques ou si elle attend d’abord une décision de la Commission européenne sur le plafond commun. Pour l’OCP, l’enjeu dépasse le seul marché français car une partie de sa stratégie commerciale des dix prochaines années se joue dans sa capacité à convaincre ses clients européens que le phosphate marocain peut être propre sans perdre en compétitivité face aux gisements russes ou finlandais.

Zainab Musa
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Zainab Musa est une journaliste collaborant avec afrik.com, spécialisée dans l'actualité politique, économique et sociale du Maghreb et de l'Afrique de l'Ouest. À travers ses enquêtes approfondies et ses analyses percutantes, elle met en lumière des sujets sensibles tels que la corruption, les tensions géopolitiques, les enjeux environnementaux et les défis de la transition énergétique. Ses articles traitent également des évolutions sociétales et culturelles, notamment à travers des reportages sur les figures influentes du Maroc et de l’Algérie. Son approche rigoureuse et son regard critique font d’elle une voix incontournable du journalisme africain francophone.
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