Imane Ayissi, styliste d’enfer

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« Le printemps de Satan », la dernière collection Imane Ayissi, a fait exploser les couleurs en éclats. Des imprimés fleuris qui fleurent bon le printemps au rouge fatal qui rappelle Satan, le styliste camerounais s’est amusé ! La collection 2006, parrainée par la princesse Esther Kamatari, est dédiée aux enfants morts dans les incendies d’immeubles parisiens en 2005.

Le dernier défilé d’Imane Ayissi a été une vraie explosion de couleurs. Jeudi soir, dans l’un des très chics salons de l’Hôtel Bristol, il a commencé sur une note très gaie, avec les modèles « La tempête des roses ». Des imprimés fleuris primesautiers, des bustiers roses au goût de printemps, des lunettes de soleil XXL et de grosses fleurs accrochées aux décolletés qui sentaient bon l’été… La première mannequin est entrée en sautillant et en dansant, faisant virevolter sa jupe et balançant avec grâce sa silhouette très années 50. Puis, au fur et à mesure du défilé, une teinte plus sérieuse et plus grave s’est installée, avec un final de femmes fatales en rouge assez impressionnant. Car la collection porte bien son nom : « Le printemps de Satan »…

Des beautés démoniaques donc, coiffées de tulle noir, des formes redoutables, sexy en diable… bref, une collection ensorcelante, une de plus pour Imane, ce magicien de la mode ! Après les roses, il y eut du beige et du taupe très fluides, du gris déstructuré, une magnifique robe bleu-nuit tombant en toge sur le côté gauche… Des manches bouffantes aux épaules ou au coude, qui donnent aux vestes un air rétro, des décolletés, devant ou dans le dos, vertigineux comme Imane les affectionne tant… Une chemise en satin noir ouverte devant et qui se termine en majestueuse cape derrière, portée avec un micro-short imprimé fleuri. Le styliste, d’un coup d’aiguille à coudre magique, a fait un beau travail sur la forme, explorant les laçages, les drapés, les froncés, et a laissé éclater son goût de l’accessoire.

« Les jeunes roses offertes se sont transformées en cendre noire… »

Pour le final, il joue les apprentis sorciers avec le carmin, le déclinant sous toutes ses formes. Et cette fois-ci, de façon logique, la mariée était en rouge, avec du tulle et une traîne en satin. Le rouge de l’enfer et de Satan pour une collection 2006 dédiée aux enfants morts dans les incendies d’immeubles parisiens en 2005. « Les jeunes roses offertes se sont transformées en cendre noire… », explique le sous-titre de la collection. La bonne fée qui s’est penchée sur le défilé n’est autre que la princesse Esther Kamatari, parée pour l’occasion d’une robe de vestale. « Imane Ayissi m’a fait l’amitié et l’honneur d’être la marraine de sa onzième collection si symbolique et qui me touche à double titre, ayant été l’un des premiers tops models que l’on continue à qualifier d’‘ethnique’, ayant aidé sans relâche les orphelins de mon pays le Burundi alors que la guerre civile y apportait ses ravages ».

La princesse explique : « Nous, Africains, sommes en passe de démontrer, même si nous devons le prouver en permanence, que la culture, l’art, la créativité, le talent sont juste culture, art, créativité et talent ! Sans besoin de nous justifier d’origines africaines… Cette diversité permet à chacun d’entre nous de puiser dans ses racines. Imane Ayissi nous le révèle par sa créativité, sa générosité, sa sensibilité… Les tissus sont d’ici, le reste vient de son âme. Cette collection est dédiée aux enfants trop vite disparus, comme des roses que l’on n’a pas eu le temps de voir éclore… Je joins ma voix à celle des mères qui pleurent, depuis que les hôtels refuges ont brûlé leurs enfants. Cela s’est passé dans notre si élégante capitale l’été dernier. Il reste à ces parents à reconstruire leur vie. Il nous reste à construire des immeubles de la dignité. Pour que plus jamais cela ne se reproduise, et qu’on ne dise plus jamais que l’on ne savait pas. »

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