
La dépouille d’Anicet Ekane, figure de l’opposition camerounaise décédée en détention au SED il y a trois mois, a enfin été remise à sa famille. Dans une atmosphère de recueillement, le cortège funéraire a quitté Yaoundé ce 3 mars 2026 pour rejoindre Douala, où s’ouvrira une nouvelle étape d’un deuil lourd de questions politiques et judiciaires.
Le long silence imposé par la morgue a enfin pris fin pour les proches d’Anicet Ekane. Ce mardi 3 mars 2026, trois mois après son décès survenu dans les cellules du Secrétariat d’État à la Défense (SED), la dépouille de l’opposant a été officiellement restituée à sa famille. Dans une atmosphère chargée d’émotion et de spiritualité, le convoi funéraire a quitté l’Hôpital central de Yaoundé pour prendre la direction de Douala, sa terre natale.
Un départ sous le signe du recueillement et de la foi
La levée de corps s’est déroulée en présence d’une poignée de militants et de figures politiques de l’opposition, venus saluer une dernière fois la mémoire de l’illustre disparu. Loin des slogans politiques habituels, ce sont des chants religieux et des applaudissements qui ont accompagné la sortie du cercueil.
Walter Epée, patriarche de la famille, a résumé cette douloureuse épreuve par une métaphore puissante, décrivant son parent comme « un fils de l’eau que les montagnes ont avalé et craché », tout en s’en remettant à la justice divine.
Les zones d’ombre d’une détention fatale
Anicet Ekane avait été interpellé à la fin du mois d’octobre 2025, dans un climat de fortes tensions sociales consécutif à la réélection de Paul Biya pour un huitième mandat. Soutien déclaré d’Issa Tchiroma, l’homme politique souffrait déjà de sérieux problèmes de santé au moment de son incarcération.
Son avocat, Maître Meli, a souligné le contraste brutal de cette détention, rappelant que son client était entré « debout » à la gendarmerie pour en ressortir « inerte » trois mois plus tard, une situation qu’il qualifie d’ironie tragique.
Un rapport d’autopsie qui questionne l’opinion
Au cœur de cette procédure judiciaire se trouve désormais un document de 16 pages : le rapport d’autopsie. Selon les conclusions médicales transmises aux conseils de la famille, le décès d’Anicet Ekane serait de « cause naturelle ». Si certains leaders politiques présents, à l’instar d’Akere Muna, ont appelé au recueillement tout en pointant du doigt les défaillances de la gouvernance actuelle, la suite de l’affaire dépend maintenant des ayants droit.
La famille dispose en effet du droit de réclamer une contre-expertise si elle estime que les circonstances de cette mort en détention nécessitent des éclaircissements supplémentaires.
Le transfert de la dépouille vers la capitale économique camerounaise ouvre une nouvelle étape. Alors que les autorités ont semblé jouer la carte de l’apaisement lors de cette restitution, l’arrivée du corps à Douala est scrutée de près.




