Ilhan Omar perquisitionnée : Trump ressort son refrain contre la Somalie


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Ilhan Omar Kristie Boyd U.S. House Office of Photography.
Ilhan Omar Kristie Boyd U.S. House Office of Photography.

Quelques heures après la perquisition de son domicile à Washington, Ilhan Omar a de nouveau été la cible de Donald Trump. Lundi 12 octobre, le président américain a décrit la Somalie, pays natal de l’élue démocrate arrivée aux États-Unis comme réfugiée, comme un pays « sans lois, sans police, sans armée », une image qu’il martèle depuis 2020.

« Elle vient d’un pays sans lois, sans police, sans armée […] et elle arrive chez nous en disant : “J’ai un droit constitutionnel”. » Lundi soir, au Covelli Centre de Youngstown, dans l’Ohio, Donald Trump s’en est pris une nouvelle fois à Ilhan Omar, élue démocrate du Minnesota, lors d’un meeting de campagne pour les élections de mi-mandat. La foule a réclamé son expulsion aux cris de « Deport ! ». Le président américain a également qualifié la Somalie de « l’un des pires pays de la planète ».

Le matin même, des agents de Homeland Security Investigations (HSI), le service d’enquête du ministère de la Sécurité intérieure, avaient perquisitionné le domicile de la représentante à Washington. Le ministère de la Justice a confirmé l’exécution d’un mandat dans le cadre d’une enquête en cours, sans en préciser la nature. Selon une source citée par Reuters, l’enquête porte sur une fraude présumée à l’immigration, liée notamment à des documents remplis par son père, aujourd’hui décédé, lorsqu’elle était enfant. En septembre, le secrétaire à la Sécurité intérieure, Markwayne Mullin, avait prévenu qu’« il va se passer quelque chose » et évoqué une possible expulsion de l’élue s’il était établi qu’elle n’aurait pas dû se trouver dans le pays.

Ilhan Omar a toujours démenti les accusations de fraude portées contre elle par ses adversaires conservateurs. Elle a dénoncé une tentative de « cibler des ennemis politiques » et d’instrumentaliser les forces de l’ordre, en assurant qu’elle ne se laisserait pas « réduire au silence ». À Minneapolis, ses soutiens se sont rassemblés dès lundi, et la branche du Minnesota du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR) a dénoncé une persécution politique. Le procureur général de l’État, Keith Ellison, voit dans l’attitude du président le prolongement de ses « attaques racistes contre les Somalo-Américains ».

À Mogadiscio, cette attaque a suscité cette réaction d’un diplomate joint par afrik :« En attaquant Ilhan Omar à travers ses origines, Donald Trump transforme l’identité somalienne en accusation. La Somalie a traversé des épreuves considérables, mais elle ne se résume pas à ses crises. Le parcours d’Ilhan Omar rappelle aussi que les personnes contraintes à l’exil peuvent contribuer pleinement à la vie politique de leur pays d’accueil. »

De Mogadiscio à Minneapolis, un parcours d’exil

Ilhan Omar est née en 1982 à Mogadiscio. Elle a huit ans lorsque la guerre civile éclate en Somalie, au début des années 1990. Avec sa famille, elle fuit le pays et passe quatre ans dans un camp de réfugiés au Kenya. La famille arrive aux États-Unis en 1995, puis s’installe à Minneapolis, dans le Minnesota, en 1997. Ilhan Omar obtient la nationalité américaine en 2000.

Élue à la Chambre des représentants du Minnesota en 2016, elle entre au Congrès fédéral en 2019. Elle est la première réfugiée africaine à y siéger et l’une des deux premières femmes musulmanes élues à la Chambre.

À Minneapolis, elle représente une circonscription où vit une importante communauté somalo-américaine. Le Minnesota abrite la plus grande diaspora somalienne des États-Unis, quelque 80 000 personnes.

La Somalie, cible récurrente de Donald Trump

Les attaques actuelles s’inscrivent dans une longue série de déclarations hostiles. En janvier 2018, Donald Trump avait suscité un tollé en parlant de « pays de merde » à propos de l’immigration en provenance d’Haïti, du Salvador et des pays africains. En juin 2020, lors d’un meeting à Tulsa, dans l’Oklahoma, il décrivait déjà la Somalie comme un pays « sans gouvernement, sans sécurité, sans police ».

Depuis la fin de l’année 2025, le président américain s’en prend aussi à la communauté somalienne du Minnesota, qu’il présente comme une menace pour l’État. Il invoque notamment l’affaire Feeding Our Future, une fraude d’environ 250 millions de dollars à un programme fédéral de repas pour enfants, dans laquelle de nombreux prévenus d’origine somalienne ont été mis en cause. Mais Aimee Bock, dirigeante de l’association au centre du dossier et condamnée en mai à plus de 41 ans de prison, n’est pas somalienne.

La Somalie reste marquée par des décennies de conflit et d’instabilité. Elle dispose pourtant d’un gouvernement fédéral, d’un Parlement, d’une armée et d’une police, engagés contre les shebabs. La décrire comme un pays « sans lois » fait peser cette image sur tous ceux qui en sont originaires, y compris une élue arrivée enfant aux États-Unis comme réfugiée et devenue membre du Congrès.

Une perquisition à trois semaines des élections de mi-mandat

La perquisition est intervenue à trois semaines des élections du 3 novembre, alors que le ministère de la Justice évite traditionnellement toute démarche d’enquête publique visant un candidat dans les soixante jours qui précèdent un scrutin. Ilhan Omar y brigue un cinquième mandat dans la 5e circonscription du Minnesota, face à la républicaine Dalia al-Aqidi, ancienne journaliste née en Irak, qu’elle affrontait déjà en 2024.

Les dirigeants démocrates du Congrès, dont Hakeem Jeffries, ont dénoncé un abus de pouvoir. Donald Trump a assuré n’avoir « rien à voir » avec l’opération, qui relève selon lui du ministère de la Justice.

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