IB/Soro : la rupture

La rupture est consommée entre Guillaume Soro et Ibrahim Coulibaly, dit « IB », depuis que ce dernier a été mis en cause, mercredi dernier, dans un complot censé décapiter le MPCI. Le sergent-chef « IB » se présente depuis Paris comme le président des Forces nouvelles, en lieu et place de Guillaume Soro

« Un point de non retour a été atteint » entre le sergent-chef Ibrahim Coulibaly, dit « IB », et le secrétaire général du Mouvement patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), Guillaume Soro. C’est l’adjudant Antoine Beugré, responsable de la communication du MPCI, qui l’affirme à Afrik. Simple « sympathisant » aux débuts de l’insurrection du 19 septembre 2002, Ibrahim Coulibaly se présente lui-même depuis deux mois comme « le père de la révolte » et le « président des Forces nouvelles » (FN). Remettant en cause le leadership de Guillaume Soro, également ministre de la Communication, sur l’ex mouvement rebelle. Ses interventions publiques répétées depuis la France, qu’il ne peut quitter depuis sa mise en examen en août dernier pour « tentative de déstabilisation » de la Côte d’Ivoire, ont mis à jour les oppositions au sein des FN. Le MPCI a même fait état d’un complot interne, mercredi dernier, visant à remplacer la direction actuelle par une autre, constituée d’Ibrahim Coulibaly et de ses proches. La mort tôt ce lundi du chef militaire de Korhogo, Adama Coulibaly, réputé proche de « IB », ne fait qu’ajouter au trouble qui règne à la tête du MPCI.

Afrik : Comment réagissez-vous aux interventions répétées d’Ibrahim Coulibaly en tant que chef du MPCI ?

Antoine Beugré :
Ibrahim Coulibaly a fait plusieurs déclarations dans ce sens. Nous lui avons notifié qu’il était impossible à ses compagnons d’exil de faire de lui le président des Forces nouvelles. Des appels lui ont été lancés pour rejoindre la rébellion, en septembre 2002, puis en octobre, novembre et décembre de la même année, auxquels il n’a pas répondu. Il expliquait alors dans la presse qu’il était un « sympathisant ». Et maintenant, il voudrait être président. Pour être président d’une association, il faut déjà postuler.

Afrik : Les troupes françaises de l’Opération Licorne auraient déjoué un complot au sein des Forces nouvelles…

Antoine Beugré :
Ce ne sont pas les troupes françaises qui l’ont déjoué. Le complot a été déjoué en interne. Il était prévu que des chefs de guerre proches du sergent « IB » attaquent un certain nombre de points dans Bouaké. Cette attaque devait avoir lieu dans la nuit du mardi 3 au mercredi 4. C’est le sergent Chérif Ousmane qui a fait échec au complot. La presque totalité des correspondants de presse présents à Bouaké, tous ivoiriens, devaient être éliminés. De même que les membres du Secrétariat général du MPCI. Au même moment, au Mali, des personnes complotaient pour mettre à mal le mouvement. Un leader politique malien est impliqué, ainsi qu’un chef religieux ivoirien exilé dans ce pays. Nous avons demandé aux autorités maliennes de surveiller leurs frontières car nous savions que des armes devaient être acheminées depuis l’Algérie vers le nord de la Côte d’Ivoire. C’est pourquoi le sergent Chérif Ousmane et le commandant Issiaka Ouattara se trouvent actuellement au nord du pays, pour sensibiliser les troupes.

Afrik: Dans ces conditions de tensions et de doutes, on ne peut que faire un rapprochement avec la mort d’Adama Coulibaly, réputé être un proche d’« IB » ?

Antoine Beugré :
Nous, qui le connaissions, pouvons dire qu’il ne s’inscrivait pas dans un clan. C’était un fidèle du mouvement.

Afrik : L’accrochage qui avait fait quatre morts, fin janvier, à Korhogo, entre Adama Coulibaly et une chef militaire surnommé « Ben Laden », avait pourtant été interprété comme un résultat de l’opposition « IB »/Soro…

Antoine Beugré :
C’est une interprétation tendancieuse de la presse. Cette nuit là, Soro Guillaume a lui-même dû intervenir directement entre les deux chefs militaires pour les exhorter à se calmer.

Afrik : Quelles mesures ont été prises contre les chefs militaires impliqués dans la conspiration que vous évoquez ?

Antoine Beugré :
Pour nous, il s’agissait de faire avorter le complot. Un appel a été lancé pour que les uns et les autres se reprennent. Il ne s’agit pas pour nous de catégoriser. Même si sur le terrain, lorsque nous appelons des éléments qui s’en prennent à la population à se ressaisir, ils s’imaginent que c’est parce qu’ils sont des proches de « IB »…

Afrik : Les conspirateurs ambitionnaient d’éliminer le secrétariat général du MPCI, des journalistes… et personne n’a été arrêté ?

Antoine Beugré :
Il n’y a pas eu d’arrestations, mais toutes les unités ciblées ont été mises au pas. C’est à dire que nous avons procédé à un désarmement, notamment pour ce qui est des armes lourdes. Nous sommes sous une forme d’Etat d’urgence. Nous avons également installé de nouveaux responsables à la tête des unités.

Afrik : Quelles sont les conséquences de ce complot dans vos rapports avec Ibrahim Coulibaly ?

Antoine Beugré :
Je pense que nous sommes arrivés à une situation de non retour. Lorsque le MPCI a été créé, en 2001, nous avions décidé qu’aucun de ses membres fondateurs militaires ne devait briguer de fonctions politiques. Afin que les événements ne prennent pas une tournure… (hésitant longuement)

Afrik : A la Robert Gueï…

Antoine Beugré :
Exactement. Or, « IB » a annoncé qu’il fallait désormais le considérer comme un homme politique.

Afrik : Est-il considéré comme le responsable du complot ?

Antoine Beugré :
Les personnes interrogées ont dit agir en son nom. Le cerveau en était Doumbia « Major » (Soumaïla Doumbia, ndlr). Il avait envoyé Drigouré Faya sur le terrain afin de retourner les populations en faveur d’« IB ».

Afrik : Lorsque vous dîtes que vous avez atteint un point de non retour avec Ibrahim Coulibaly, est-ce en raison de ce complot ou parce qu’il a choisi de faire de la politique ?

Antoine Beugré :
C’est surtout à cause du complot, puisque s’il avait réussi, il serait aujourd’hui président du MPCI. « IB » avait même demandé à Guillaume Soro de s’associer avec lui pour combattre Alassane Ouattara. Mais Soro a refusé, car il estimait qu’il était trop tôt pour se lancer dans des considérations électorales. Ce qui a dû déplaire à IB, qui voudrait se présenter aux élections et se servir de l’appareil du MPCI pour arriver à ses fins.